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La transformation de BMW illustre parfaitement les enjeux actuels de l’industrie automobile. Le constructeur bavarois, riche d’une histoire centenaire dans la production de véhicules sportifs emblématiques, réinvente aujourd’hui son identité pour embrasser pleinement la révolution électrique. Ce défi titanesque implique non seulement de repenser ses produits, mais aussi de transformer radicalement ses usines, ses chaînes d’approvisionnement et ses compétences techniques.
Au cœur de Munich, l’usine historique de BMW subit actuellement une métamorphose spectaculaire. Ce bâtiment centenaire fait l’objet d’un investissement colossal de 650 millions d’euros pour être entièrement réaménagé tout en maintenant sa production quotidienne de 1000 véhicules. L’exploit logistique est d’autant plus impressionnant que la ligne de production n’a jamais cessé de fonctionner malgré les travaux qui touchent la totalité des 4,3 millions de mètres carrés du site.
À Landshut, à une heure au nord-ouest de Munich, une autre usine BMW est en pleine mutation. Ce site, traditionnellement spécialisé dans les matériaux légers pour groupes motopropulseurs, produit désormais les boîtiers en aluminium des nouveaux moteurs synchrones et à excitation électrique qui équiperont la future gamme Neue Klasse. Plus crucial encore, cette usine fabriquera tous les contrôleurs “Energy Master” destinés aux batteries des véhicules BMW dans le monde entier.
Pour la production de ces composants électroniques sensibles, BMW a adopté des techniques issues de l’industrie technologique. Les contrôleurs “Energy Master” sont assemblés dans une salle blanche, principalement par des robots KUKA, pour éviter toute contamination par la poussière. La marque expérimente également de petits robots capables de manipuler délicatement les faisceaux de câbles, une tâche jusqu’alors réservée aux humains.
À Parsdorf, près de Munich, BMW a construit un Centre de Compétence pour la Fabrication de Cellules s’étendant sur plus de 16 000 mètres carrés. Ce centre met en application les recherches du Centre de Compétence sur les Cellules de Batterie pour produire en séries limitées des batteries cylindriques comme les formats 4695 et 46120 qui équiperont la future plateforme Neue Klasse.
Ces batteries innovantes sont fabriquées à partir d’une pâte appliquée sur une fine feuille de cuivre, puis enroulée en cylindre, fermée et remplie d’électrolyte. Le processus de développement implique une collaboration étroite avec des universitaires du monde entier pour créer et tester de nouvelles technologies de batteries adaptées aux futurs véhicules électriques.
BMW a également créé un Centre de Compétence pour le Recyclage des Cellules. Cette installation utilise diverses techniques, dont l’hydrométallurgie et la pyrométallurgie, pour séparer les batteries usagées en leurs éléments constitutifs qui pourront être réutilisés dans de nouvelles batteries. L’objectif est de créer un système de production et de recyclage de batteries totalement circulaire.
Malgré ces investissements considérables dans la technologie des batteries, BMW ne prévoit pas de devenir un fabricant de batteries pour d’autres industries. La marque a même décliné des opportunités de collaboration avec le secteur aérospatial.
Les perturbations des chaînes d’approvisionnement pendant la pandémie ont profondément marqué l’industrie automobile. BMW, comme d’autres constructeurs, a tiré les leçons de cette période pour créer des chaînes d’approvisionnement locales plus résilientes.
En Caroline du Sud, BMW construit actuellement l’usine de batteries “Plant Woodruff”, représentant un investissement de 700 millions de dollars. Cette nouvelle installation, située à proximité de l’usine de Spartanburg qui produit et exporte le plus grand nombre de X3 au monde, s’inscrit dans la stratégie “local-for-local” du groupe.
Cette approche vise à contrer les risques liés à la régionalisation croissante des marchés, comme les tarifs douaniers proposés sur les importations étrangères. Comme l’explique Joachim Post, membre du conseil d’administration de BMW : “Notre philosophie est que la production suit les marchés, et la chaîne d’approvisionnement suit la production. Nous avons une présence importante aux États-Unis. Nous sommes le plus grand exportateur en valeur depuis les États-Unis et l’Allemagne, et parfois les gens oublient ces choses.”
La transition vers la production de véhicules électriques nécessite une requalification massive des milliers d’employés de BMW dans le monde entier. Pour former son personnel sans perturber les lignes de production, la marque utilise des technologies innovantes, notamment des plateformes de jeux vidéo.
Pendant les vacances, l’usine de Spartanburg, qui a commencé à produire des X3 électrifiés sur la même ligne que les modèles thermiques, a utilisé des moteurs de jeu comme Unreal Engine et la réalité virtuelle pour former son personnel. Les associés ont développé un programme de formation en réalité virtuelle unique, permettant aux employés d’apprendre les nouveaux processus d’assemblage des véhicules électriques sans interrompre la production.
Cette approche novatrice de la formation reflète la transformation globale de BMW, qui s’adapte aux nouvelles technologies tout en maintenant sa production traditionnelle.
Face aux vents contraires que rencontrent les véhicules électriques aux États-Unis, notamment avec la remise en question des initiatives en faveur de l’électrification, BMW maintient fermement son cap. La marque a investi plus de 112 milliards de dollars dans divers projets d’électrification aux États-Unis, grâce en grande partie à la loi sur les infrastructures du président Biden et à l’Inflation Reduction Act (IRA).
Cette stratégie repose sur une approche flexible qui permet à BMW de s’adapter aux différentes préférences des clients et aux réglementations régionales. Comme le souligne Joachim Post : “C’est un marché en croissance, et nous y participons très bien grâce au large portefeuille que nous avons dans chaque segment pertinent pour nous, avec au moins un véhicule électrique à batterie. Je pense que c’est un avantage clair, et cela va de pair avec notre approche technologique ouverte, car les marchés et les clients décident quelle technologie ils veulent.”
| Site de production | Spécialisation | Investissement |
|---|---|---|
| Usine de Munich | Production mixte ICE/Électrique | 650 millions d’euros |
| Landshut | Contrôleurs “Energy Master” et boîtiers moteurs | Non communiqué |
| Parsdorf | Centre de Compétence pour les Batteries | Non communiqué |
| Plant Woodruff (SC, USA) | Production de batteries | 700 millions de dollars |
La transition de BMW vers l’électrification n’a pas commencé avec la Neue Klasse. La marque s’appuie sur le succès et les enseignements tirés de ses premiers véhicules électriques comme l’i3 et l’i8, tous deux largement disponibles pour les clients bien avant que d’autres constructeurs grand public, hormis Tesla, ne se lancent dans l’aventure électrique.
Ces modèles pionniers ont permis à BMW d’acquérir une expérience précieuse dans la conception, la production et la commercialisation de véhicules électriques. Cette expertise est maintenant mise à profit pour développer la nouvelle génération de véhicules électriques BMW, qui débutera par un SUV et une berline sportive de la taille d’une Série 3 destinés au marché américain.
Bien que ces véhicules soient d’abord produits et livrés en Europe (à partir de cet été), les clients américains devront attendre au moins jusqu’en 2026 pour mettre la main sur ces nouveaux modèles. Ce délai témoigne de la complexité logistique et réglementaire qu’implique le lancement mondial de nouveaux véhicules électriques.
La Neue Klasse représente bien plus qu’une simple évolution : c’est une refonte totale de l’approche de BMW en matière de mobilité électrique. À travers cette plateforme, BMW réaffirme son engagement envers l’électrification tout en préservant les valeurs de performance et d’innovation qui ont fait sa réputation pendant plus d’un siècle.
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