Actu voiture électrique

L’hydrogène plus propre que l’électrique ? Voici la réponse de la science

Albert Lecoq

Vous vous demandez si les voitures à hydrogène représentent une alternative plus écologique aux véhicules électriques à batterie ? Une récente étude du Conseil International pour des Transports Propres (ICCT) apporte des éléments de réponse qui risquent de bousculer vos idées reçues. Contrairement à ce que l’on pourrait penser, les véhicules à pile à combustible ne sont pas forcément plus vertueux que leurs homologues électriques.

L’analyse européenne révèle que la production d’hydrogène constitue le maillon faible de cette technologie. Alors que les constructeurs comme Toyota avec le Mirai, Hyundai avec le Nexo ou Honda avec son CR-V FCEV continuent d’investir massivement dans cette filière, les chiffres montrent une réalité plus nuancée qu’il n’y paraît.

Émissions de CO2 : l’hydrogène face à la réalité des chiffres

L’étude de l’ICCT, qui analyse le cycle de vie complet des véhicules sur une période de 20 ans en Europe, livre des résultats parlants. Un véhicule à pile à combustible vendu en 2025 émettra environ 175 grammes de CO2 par kilomètre, soit une réduction de 26% par rapport aux voitures essence ou diesel. À première vue, c’est encourageant.

A lire également :  Norvège : le pays où 100% des voitures neuves sont désormais électriques

Mais voici où le bât blesse : les voitures électriques à batterie affichent des performances bien supérieures avec seulement 63 grammes de CO2 par kilomètre, soit 73% de moins que les véhicules thermiques. Cette différence notable place les véhicules à hydrogène au même niveau que les hybrides classiques et les hybrides rechargeables en termes d’impact environnemental.

Type de véhiculeÉmissions CO2 (g/km)Réduction vs thermique
Véhicule thermique237
Véhicule à hydrogène17526%
Véhicule électrique6373%

La production d’hydrogène : le talon d’Achille écologique

Si les voitures à hydrogène ne rejettent que de l’eau à l’échappement et utilisent des moteurs électriques comme les véhicules électriques classiques, leur bilan carbone se dégrade ailleurs. La fabrication du réservoir à hydrogène contribue aux émissions, mais dans une moindre mesure que la production des batteries lithium-ion.

Le véritable problème réside dans la méthode de production de l’hydrogène. Actuellement, 90% de l’hydrogène mondial provient du gaz naturel via un processus appelé reformage vapeur. Cette technique génère du dioxyde de carbone comme sous-produit, plombant ainsi le bilan environnemental global du véhicule.

  • Reformage vapeur : transformation du méthane en hydrogène à haute température
  • Production massive de CO2 comme déchet du processus
  • Dépendance aux énergies fossiles pour la matière première
  • Infrastructure de production peu développée pour l’hydrogène vert
A lire également :  Toyota refait la même promesse depuis 10 ans, et ça commence à agacer

L’hydrogène vert : une promesse d’avenir encore lointaine

L’hydrogène vert, produit par électrolyse de l’eau avec de l’électricité renouvelable, change complètement la donne. Avec cette méthode, les véhicules à hydrogène n’émettraient que 50 grammes de CO2 par kilomètre, dépassant même les performances des voitures électriques à batterie. Ce chiffre les placerait également devant un véhicule électrique alimenté exclusivement par des sources renouvelables.

Malheureusement, cette technologie prometteuse reste marginale. En 2023, moins de 0,4% de l’hydrogène mondial était produit par électrolyse. Aux États-Unis, la situation est similaire avec 95% de l’hydrogène issu du reformage du gaz naturel. Cette réalité industrielle explique pourquoi les véhicules à hydrogène peinent à rivaliser avec les voitures électriques en termes d’impact environnemental.

Mix énergétique : l’avantage des voitures électriques

L’Union of Concerned Scientists a développé une approche originale pour illustrer l’impact du mix énergétique sur les émissions des véhicules électriques. Dans l’État de New York, où l’électricité provient principalement du nucléaire et de l’hydroélectricité, conduire une voiture électrique équivaut à rouler avec un véhicule thermique consommant 1,5 litre aux 100 kilomètres.

Au Texas, où plus de la moitié de l’électricité provient du charbon et du gaz naturel, cette performance chute à l’équivalent d’un véhicule consommant 3,5 litres aux 100 kilomètres. Malgré ces variations, 97% de la population américaine vit dans une zone où conduire une voiture électrique génère moins d’émissions qu’un véhicule thermique très économe.

A lire également :  Nissan va doubler l'autonomie de ses voitures électriques grâce à une avancée majeure

Perspectives d’avenir pour l’hydrogène dans les transports

Malgré ces défis environnementaux, les véhicules à hydrogène conservent certains atouts. Le temps de ravitaillement de quelques minutes reste un avantage face aux temps de charge des batteries. Cette caractéristique pourrait s’avérer décisive pour le transport routier longue distance ou les flottes nécessitant une utilisation intensive.

Les constructeurs comme BMW, Honda, Hyundai et Toyota maintiennent leurs investissements dans cette technologie, pariant sur une évolution du mix de production d’hydrogène. Ils anticipent une montée en puissance de l’hydrogène vert qui pourrait redistribuer les cartes du marché automobile zéro émission. L’infrastructure de ravitaillement reste néanmoins un frein majeur, avec seulement une poignée de stations aux États-Unis, concentrées en Californie.

La bataille entre hydrogène et électrique n’est pas terminée, mais les chiffres actuels donnent un avantage net aux véhicules à batterie. Tout dépendra de la capacité de l’industrie à développer une production d’hydrogène véritablement propre à grande échelle.

Réagissez à l'article
guest

16 Commentaires
Le plus ancien
Le plus récent Le plus populaire
Commentaires en ligne
Afficher tous les commentaires