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En voulant sauver le moteur thermique, l’Europe sacrifie son avenir

Philippe Moureau

L’Union européenne vient de proposer un assouplissement significatif de son objectif de 100% de véhicules électriques d’ici 2035. La nouvelle approche mise sur une réduction de 90% des émissions de CO₂ des flottes constructeurs, une décision qui pourrait paradoxalement affaiblir la compétitivité européenne face à la Chine. Cette volte-face intervient après des mois de lobbying intensif des constructeurs automobiles, qui semblent ignorer que ce recul pourrait les handicaper davantage dans la course mondiale à l’électrification.

Le contexte européen face à la montée chinoise

Depuis l’annonce initiale en 2021 de l’interdiction des véhicules thermiques neufs en 2035, le paysage automobile européen a considérablement évolué. L’Europe affiche actuellement une part de marché électrique oscillant entre 20 et 25%, largement devant les États-Unis qui stagnent autour de 10%. Mais cette performance respectable masque une réalité plus préoccupante : l’accélération fulgurante des constructeurs chinois.

Les importations de véhicules électriques chinois ont doublé en un an sur le marché européen, malgré l’instauration de droits de douane censés protéger l’industrie locale. Cette progression s’explique par la capacité des marques chinoises à proposer des véhicules électriques à la fois abordables et technologiquement avancés, une équation que les constructeurs européens peinent encore à maîtriser. BYD, Nio ou MG Motor gagnent du terrain en proposant des modèles compétitifs tant sur le prix que sur l’autonomie et l’équipement.

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Une réponse industrielle contre-productive

La stratégie adoptée par de nombreux constructeurs européens face à cette concurrence chinoise relève du paradoxe. Au lieu d’accélérer leur transition électrique pour rattraper leur retard technologique, ils ont préféré faire pression sur Bruxelles pour obtenir un assouplissement des règles. Cette approche semble ignorer une réalité fondamentale : ralentir face à un concurrent plus rapide ne constitue pas une stratégie gagnante.

Quelques voix industrielles ont pourtant tenté de faire entendre raison. Volvo et Polestar, propriétés du géant chinois Geely, ont plaidé pour le maintien des objectifs initiaux. Michael Lohscheller, PDG de Polestar, a ainsi déclaré que “passer d’un objectif clair de 100% d’émissions zéro à 90% peut sembler mineur, mais si nous reculons maintenant, nous ne nuirons pas seulement au climat, nous nuirons à la capacité de l’Europe à être compétitive”.

  • Maintien de la compétitivité technologique européenne
  • Préservation de l’avance acquise sur les États-Unis
  • Réponse adaptée à l’offensive commerciale chinoise
  • Respect des engagements climatiques de Paris

Les détails de la nouvelle proposition

Le nouveau cadre réglementaire proposé par la Commission européenne maintient une ambition environnementale significative tout en introduisant plusieurs assouplissements. L’objectif de réduction de 90% des émissions d’ici 2035 nécessitera encore une adoption massive des véhicules électriques, mais laisse une marge de manœuvre pour les véhicules thermiques “propres”.

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Ces véhicules restants devront utiliser de l’acier vert produit en Europe et fonctionner aux biocarburants ou aux carburants de synthèse. Les e-carburants, créés à partir d’électricité renouvelable, permettront théoriquement de maintenir une neutralité carbone. Cette solution présente néanmoins un coût énergétique considérable et nécessitera la construction d’infrastructures de production inexistantes à l’heure actuelle.

ObjectifVersion initiale (2021)Nouvelle proposition (2025)
Réduction CO₂ 2035100%90%
Objectif 203055% en 203055% en 2032
Véhicules commerciaux50% de réduction40% de réduction

Les risques d’un signal politique ambigu

Au-delà des chiffres, cette révision pose une question de crédibilité réglementaire. Lorsqu’un objectif fixé pour 14 ans est modifié après seulement 4 années, cela envoie un message problématique aux industriels et aux investisseurs. Cette instabilité réglementaire peut paradoxalement freiner les investissements dans l’électrification, les acteurs économiques doutant de la fermeté des engagements politiques futurs.

L’exemple norvégien démontre pourtant l’efficacité d’une approche ferme. Le pays a maintenu son objectif de 100% de ventes électriques en 2025 et l’a atteint, dépassant même 90% de part de marché trois ans avant l’échéance. Cette réussite s’appuie sur une politique cohérente maintenue dans la durée, sans les atermoiements observés côté européen.

Les conséquences géopolitiques et économiques

Cette décision intervient dans un contexte géopolitique particulièrement sensible. La guerre en Ukraine, désormais dans sa troisième année, rappelle cruellement la dépendance européenne aux énergies fossiles russes. Bien que l’Europe ait drastiquement réduit ses importations de pétrole russe, maintenir une demande élevée en hydrocarbures continue indirectement de financer l’effort de guerre russe via les cours mondiaux.

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Économiquement, ce recul pourrait profiter aux start-ups électriques et aux constructeurs chinois, qui continueront d’investir massivement dans cette technologie d’avenir. Les constructeurs européens traditionnels qui persistent dans l’attentisme risquent de perdre définitivement des clients au profit de marques plus volontaristes. Cette dynamique s’observe déjà avec la progression constante des ventes électriques mondiales, tandis que les ventes de véhicules thermiques stagnent depuis leur pic de 2017.

La proposition européenne, bien qu’assouplie, pourrait encore évoluer lors des négociations avec les gouvernements membres et le Parlement européen. Elle s’inscrit dans une série de reculs réglementaires qui interrogent sur la capacité de l’Europe à tenir ses engagements climatiques tout en préservant sa compétitivité industrielle face à des concurrents déterminés comme la Chine.

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