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L’Iran menace Tesla et 17 autres entreprises américaines dans le Golfe persique

Philippe Moureau

Le Corps des Gardiens de la révolution islamique iranien (CGRI) vient de publier une liste de 18 entreprises américaines dont les installations au Moyen-Orient sont menacées d’attaques en représailles aux frappes ayant coûté la vie à plusieurs responsables militaires iraniens. Tesla figure parmi ces cibles désignées, aux côtés de géants technologiques comme Apple, Microsoft ou Google. La menace n’est pas anodine : elle s’accompagne d’une échéance précise fixée au 1er avril à 20h, heure de Téhéran.

Cette annonce survient alors que Tesla a considérablement développé sa présence dans la région du Golfe au cours de l’année écoulée. Le constructeur californien exploite désormais des showrooms, des centres de service et plus de 30 stations Superchargeur réparties entre les Émirats arabes unis, l’Arabie saoudite et le Qatar. Autant de sites qui se retrouvent directement dans la ligne de mire.

La nature de la menace émise par le CGRI

Dans un communiqué diffusé via Sepah News, son organe officiel, le CGRI a déclaré que « pour chaque assassinat, une entreprise américaine sera détruite ». L’organisation a prévenu que ces 18 firmes devaient « s’attendre à la destruction de leurs unités respectives » dès mercredi soir. La liste complète comprend des acteurs majeurs de la tech et de l’industrie :

  • Cisco, HP, Intel, Oracle, Microsoft, Apple, Google, Meta, IBM et Dell
  • Palantir et Nvidia pour l’intelligence artificielle
  • JPMorgan Chase dans la finance
  • Tesla, General Electric, Boeing et Spire Solutions
  • G42, société d’IA basée aux Émirats

Le CGRI justifie ces menaces en affirmant que ces entreprises technologiques jouent un rôle direct dans « la planification et le repérage de cibles » pour les frappes militaires américano-israéliennes contre l’Iran. Cette déclaration fait suite à l’élimination présumée du général de brigade Jamshid Eshaghi, responsable du budget et des affaires financières de l’état-major iranien, lors d’une frappe conjointe.

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Le communiqué va au-delà d’un simple avertissement. Le CGRI a exhorté les employés de ces sociétés à quitter immédiatement leurs lieux de travail et a conseillé aux résidents vivant dans un rayon d’un kilomètre autour des installations concernées d’évacuer vers des zones plus sûres. Cette précision géographique souligne le caractère sérieux de la menace et les risques potentiels pour les populations civiles.

L’implantation de Tesla dans les pays du Golfe

Contrairement à la plupart des entreprises technologiques figurant sur cette liste — qui exploitent principalement des centres de données, des bureaux et des infrastructures cloud dans la région — Tesla dispose d’une présence physique visible et distribuée à travers les États du Golfe. Cette particularité rend ses installations d’autant plus vulnérables.

Aux Émirats arabes unis, Tesla gère des showrooms et des centres de service à Dubaï (Sheikh Zayed Road), avec une présence supplémentaire à Abu Dhabi et Sharjah. Le constructeur a installé des stations Superchargeur dans des lieux à fort trafic comme le Dubai Mall, le Mall of the Emirates, le Yas Mall et Al Maryah Island, sans oublier plusieurs axes routiers interurbains.

En Arabie saoudite, Tesla a mené une expansion agressive depuis son lancement dans le royaume début 2025. L’entreprise exploite désormais un Tesla Centre complet à Riyad, un deuxième centre inauguré la semaine dernière à Djeddah au Jeddah Auto Mall, et un point de vente temporaire à Dammam. Son réseau Superchargeur s’étend sur 48 bornes réparties dans quatre villes saoudiennes, avec des emplacements au Mall of Arabia, U Walk et Al Nakheel Mall.

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Au Qatar, Tesla a étendu ses ventes de Cybertruck l’année dernière et exploite des infrastructures de recharge à Doha. Au total, le réseau de Tesla dans le Golfe comprend des showrooms, des centres de service et plus de 30 stations Superchargeur à travers ces trois pays — tous des lieux accessibles au public et orientés vers la clientèle.

Les mesures d’urgence déjà mises en place par Tesla

Cette menace intervient alors que Tesla gère déjà les conséquences du conflit régional sur ses opérations dans le Golfe. Plus tôt ce mois-ci, le constructeur a activé la recharge gratuite sur l’ensemble de ses 30+ stations aux Émirats arabes unis, en Arabie saoudite et au Qatar. Cette mesure de crise rappelle les initiatives similaires déployées par l’entreprise lors de catastrophes naturelles aux États-Unis.

La décision est intervenue après qu’un propriétaire émirati de Tesla ait publiquement sollicité le soutien de l’entreprise, alors que des frappes iraniennes visaient des zones civiles et des infrastructures à travers les États du Golfe. Elon Musk a précédemment déclaré que Tesla activait la recharge gratuite durant les périodes difficiles pour soutenir les communautés affectées.

Tesla avait introduit le Cybertruck au Moyen-Orient quelques semaines seulement avant l’escalade du conflit, organisant un événement de livraison massive de 63 unités dans le désert d’Al Marmoom à Dubaï en janvier dernier. Le timing n’aura finalement pas été favorable pour cette offensive commerciale.

Pourquoi Tesla se démarque sur cette liste de cibles

La liste du CGRI est massivement composée d’entreprises technologiques et de défense — des sociétés comme Palantir, Microsoft et Google qui ont des contrats de défense connus et des capacités d’intelligence artificielle militaire. Boeing et General Electric ont des liens évidents avec le complexe militaro-industriel américain.

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L’inclusion de Tesla est remarquable car l’entreprise n’a aucun contrat de défense ni d’opération militaire. La présence du constructeur dans le Golfe est entièrement commerciale : véhicules électriques, Superchargeurs et produits énergétiques. Les actifs physiques de Tesla sont néanmoins parmi les plus visibles et accessibles de toutes les entreprises listées. Une station Superchargeur ou un showroom n’est pas un centre de données sécurisé ou une installation militaire — il s’agit d’un lieu ouvert et orienté client.

La proximité entre Elon Musk et le président Trump pourrait expliquer cette inclusion. Le PDG de Tesla est étroitement lié à l’administration Trump, largement perçue comme ayant initié cette guerre contre l’Iran. Musk a financé l’élection de Trump avec plus de 200 millions de dollars en dons. Le dirigeant du constructeur automobile est resté largement silencieux sur l’effort de guerre, pourtant massivement impopulaire aux États-Unis.

L’avertissement d’évacuation dans un rayon d’un kilomètre émis par le CGRI souligne la nature préoccupante de la menace. Plusieurs stations Superchargeur de Tesla dans le Golfe se trouvent dans de grands centres commerciaux — précisément le type de zones civiles densément peuplées où toute attaque provoquerait des dommages collatéraux importants. Les installations Tesla, contrairement aux data centers discrets d’autres entreprises visées, attirent quotidiennement des centaines de visiteurs, rendant tout incident potentiel d’autant plus grave pour la population locale.

Reste à voir comment Tesla et les autres entreprises ciblées réagiront dans les heures précédant l’échéance fixée par le CGRI. La question de la sécurité des employés et des clients dans ces installations devient prioritaire, alors que la tension continue de monter dans une région déjà fragilisée par les conflits.

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