Lithium : la France bientôt n°2 mondial, au prix d’un désastre écologique

ParPhilippe Moureau 31 janvier 2024 à 17h49

La course à l’innovation automobile et à la transition énergétique place désormais le Massif central français sous les projecteurs. La région, riche en lithium, attire l’attention de l’industrie des voitures électriques, notamment avec le projet d’Imerys dans l’Allier. Cependant, ce développement prometteur soulève des questions environnementales cruciales.

L’essor économique du lithium en France : un enjeu majeur

L’Allier, au cœur du Massif central, s’apprête à devenir un acteur clé dans le secteur du lithium, essentiel pour les batteries de voitures électriques. La préfète Pascale Trimbach voit en ce projet un levier de développement économique, prévoyant de créer environ 1 000 emplois. Ce projet ne se limite pas à l’échelle locale : il représente un enjeu stratégique pour la France en termes de réindustrialisation et d’autonomie énergétique.

Imerys, à travers le projet Emili, envisage d’exploiter un gisement de 118 millions de tonnes de minerai lithiumifère près d’Echassières pour en faire la 2ème plus grosse exploitation mondiale. Ce site, résultat de phénomènes géologiques anciens, pourrait positionner la France sur l’échiquier mondial de la production de lithium. À partir de 2028, les projections d’Imerys s’élèvent à fournir assez de lithium pour équiper annuellement 700 000 voitures électriques.

Extraction du lithium : une préoccupation environnementale

Mais cette médaille a son revers. L’activité d’extraction intensive inquiète les habitants et les défenseurs de l’environnement. Jacques Morisot, de l’association Préservons la forêt des Colettes, exprime ses craintes quant à l’impact sur la nappe phréatique et les écosystèmes locaux. L’équilibre délicat entre l’industrialisation et la préservation des activités agricoles et touristiques est un défi de taille.

À Beauvoir, la teneur en lithium dans le minerai est estimée entre 0,9 et 1 %. Ainsi, l’extraction d’une tonne de lithium nécessite de traiter environ 100 tonnes de roche. Cette réalité soulève une préoccupation écologique majeure : l’exploitation totale du gisement impliquerait l’extraction de 100 millions de tonnes de roches, entraînant des conséquences irréversibles sur l’environnement. Cela comprendrait non seulement une dégradation significative des paysages naturels, mais aussi une pollution substantielle du sol et de l’air, ainsi qu’une utilisation excessive de l’eau comme l’explique cet article de l’Humanité.

Face à ces préoccupations, Imerys a annoncé des études pour évaluer l’impact sur les nappes phréatiques et adapter le projet en conséquence. Christopher Heymann, directeur du site, assure qu’aucun forage ne sera effectué sous la forêt et que le transport du lithium se fera de manière respectueuse de l’environnement. Hélas, le mythe de la mine propre est surtout issu d’une opération de communication. Quels seront les réels effets sur l’environnement immédiat ?

EMILI : un projet minier exemplaire pour l’Europe

Le projet Beauvoir d’Imerys, situé à Echassières, est une initiative pionnière dans l’industrie du lithium en Europe. Ce projet EMILI (Exploitation de MIca Lithinifère par Imerys) ne se contente pas d’apporter une solution locale à un besoin critique de matériaux pour les batteries de voitures électriques ; il s’inscrit également dans une démarche de transition énergétique et d’indépendance économique européenne.

Envisagé pour répondre aux objectifs de décarbonation de l’Europe, EMILI vise à établir un nouveau standard en matière d’exploitation minière responsable. Imerys s’engage à respecter le référentiel IRMA, norme internationale pour une extraction minière responsable, et à travailler en concertation avec toutes les parties prenantes.

Le projet Imerys

Des chiffres qui parlent

  • Le site de Beauvoir, actif depuis le milieu du 19e siècle, s’apprête à inaugurer sa production de lithium en 2028.
  • Le projet permettra d’équiper 700 000 voitures électriques chaque année, contribuant ainsi significativement à l’industrie des batteries en Europe.

Le ministre de l’Économie, Bruno Le Maire, a salué cette initiative, la qualifiant de projet exemplaire dans la démarche de réduction de l’empreinte carbone de la France. Ce projet soutient l’objectif présidentiel de produire 2 millions de voitures électriques en France d’ici 2030 et bénéficie du soutien gouvernemental.

Le Massif central se trouve à la croisée des chemins. D’un côté, il offre un potentiel économique et stratégique considérable pour la France et l’Europe dans le domaine des voitures électriques. De l’autre, il pose des défis environnementaux non négligeables. L’équilibre entre ces deux aspects sera déterminant pour l’avenir de cette région et pour la transition énergétique globale. Pour en savoir plus sur ce projet et sur l’impact écologique, rendez-vous sur le site du projet EMILI.

Par Philippe Moureau

Quadragénaire passionné de voitures électriques. Je m'intéresse à la transition énergétique et à la lutte contre les émissions de gaz à effet de serre. Je suis un véritable passionné de voitures électriques et un défenseur de l'environnement.

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