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La promesse d’une industrie européenne des batteries autonome vient de subir un coup fatal. Northvolt, l’entreprise suédoise qui incarnait les espoirs de l’Europe face à la domination asiatique dans ce secteur stratégique, a officiellement déposé le bilan. Ce dépôt de bilan survient malgré une restructuration en cours et représente un tournant majeur dans l’écosystème des véhicules électriques européens.
La société mère Northvolt AB ainsi que plusieurs de ses filiales (Northvolt Ett AB, Northvolt Labs AB, Northvolt Revolt AB et Northvolt Systems AB) ont entamé une procédure collective devant les tribunaux suédois. Après avoir tenté une procédure de restructuration aux États-Unis via le Chapitre 11, l’entreprise a finalement jeté l’éponge, reconnaissant son incapacité à garantir “les conditions financières nécessaires pour continuer sous sa forme actuelle”.
Ce dépôt de bilan marque une rupture brutale dans la trajectoire de l’entreprise qui avait levé plus de 8 milliards d’euros auprès d’investisseurs prestigieux comme Volkswagen, BMW et Goldman Sachs. Northvolt était valorisée à plus de 12 milliards d’euros lors de sa dernière levée de fonds en 2023, une chute vertigineuse pour cette licorne technologique européenne.
Plusieurs facteurs ont contribué à la déroute de Northvolt, reflétant les défis auxquels l’ensemble du secteur fait face :
La réalité économique a rattrapé les ambitions industrielles européennes. Malgré des progrès techniques et une augmentation des volumes de production ces derniers mois, Northvolt n’a pas réussi à attirer suffisamment d’investisseurs pour assurer sa survie à court terme. L’écart de compétitivité avec les fabricants asiatiques, qui produisent des batteries à des coûts significativement inférieurs, s’est avéré impossible à combler dans les délais impartis.
Cette faillite aura des répercussions considérables sur la stratégie européenne d’électrification des transports. Les constructeurs automobiles qui avaient misé sur Northvolt pour sécuriser leur approvisionnement en batteries doivent désormais revoir leurs plans. Volkswagen, BMW et Volvo figurent parmi les clients majeurs qui avaient signé des contrats pluriannuels d’une valeur de plus de 50 milliards d’euros.
Le tableau ci-dessous illustre la dépendance de certains constructeurs envers Northvolt :
| Constructeur | Volume de batteries commandé (GWh) | Valeur estimée (milliards €) |
|---|---|---|
| Volkswagen | 60 | 14 |
| BMW | 40 | 10 |
| Volvo/Polestar | 30 | 7 |
Pour ces constructeurs, trouver des alternatives rapidement représente un défi majeur, d’autant que les fabricants asiatiques fonctionnent déjà à pleine capacité et que les délais de mise en place de nouvelles usines se comptent en années plutôt qu’en mois.
Le dépôt de bilan ne signifie pas nécessairement la fin définitive de Northvolt. Un administrateur judiciaire va désormais superviser le processus de restructuration ou de cession des actifs. Les installations de production, notamment la méga-usine de Skellefteå en Suède d’une capacité théorique de 60 GWh, représentent des actifs stratégiques qui pourraient intéresser de nombreux acteurs.
Plusieurs scénarios sont envisageables :
Les 1 800 employés de l’entreprise se retrouvent dans une situation précaire, attendant de connaître leur sort. La région de Skellefteå, qui avait misé sur Northvolt pour son développement économique, doit également faire face aux conséquences sociales de cet échec industriel.
Cette faillite pose des questions fondamentales sur la viabilité d’une production européenne de batteries à grande échelle. L’écart de compétitivité avec les fabricants asiatiques semble difficile à combler sans une politique industrielle extrêmement volontariste.
Les autres projets européens de gigafactories comme ACC (Automotive Cells Company), coentreprise entre Stellantis, Mercedes-Benz et TotalEnergies, seront scrutés avec encore plus d’attention. Leur modèle économique, différent de celui de Northvolt qui partait de zéro, repose sur le soutien direct de grands constructeurs automobiles et bénéficie d’un important soutien public.
La transition vers la mobilité électrique en Europe reste plus que jamais dépendante des importations pour un composant critique : la batterie représente jusqu’à 40% du coût d’un véhicule électrique. Cette dépendance expose les constructeurs européens aux fluctuations des prix des matières premières et aux stratégies des fournisseurs asiatiques.
Face à cette réalité, les autorités européennes devront probablement revoir leur approche. La simple volonté politique ne suffit pas à créer une industrie compétitive face à des acteurs bénéficiant d’avantages économiques structurels et d’une avance technologique considérable. Le défi reste entier pour l’Europe : comment développer une souveraineté industrielle dans ce secteur stratégique sans sacrifier la compétitivité de ses véhicules électriques ?
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