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ProLogium lance la production de masse de sa batterie solide

Alexandra Dujonc

Les batteries à électrolyte solide font parler d’elles depuis des années, souvent présentées comme l’avenir inévitable des voitures électriques, sans jamais vraiment franchir le cap industriel. ProLogium Technology, entreprise taïwanaise soutenue par Mercedes-Benz, vient de franchir une étape que beaucoup attendaient : la production en masse de sa batterie céramique lithium de génération 3.5, dite Gen 3.5 LCB (Lithium Ceramic Battery), dans son usine Giga de Taiwan. Ce n’est plus du laboratoire, ce n’est plus du pilote — c’est de la fabrication à grande échelle.

Une densité d’énergie certifiée par des organismes indépendants

Les chiffres annoncés par ProLogium ont été validés par le TÜV, organisme de certification allemand reconnu internationalement. La cellule grand format de 185,4 Ah affiche une densité énergétique gravimétrique de 381 Wh/kg et une densité volumétrique de 903 Wh/L. Pour vous donner un point de comparaison concret, les meilleures cellules lithium-ion cylindriques ou prismatiques actuellement utilisées dans les voitures électriques plafonnent généralement entre 250 et 300 Wh/kg. Le bond est significatif.

Ces niveaux de densité signifient concrètement qu’à poids égal, une batterie ProLogium Gen 3.5 embarque davantage d’énergie utilisable. Pour les constructeurs automobiles, cela ouvre deux voies : soit augmenter l’autonomie sans alourdir le véhicule, soit maintenir une autonomie comparable en réduisant le poids de la batterie — et donc améliorer les performances dynamiques et la consommation. Une troisième voie, plus commerciale, consiste à réduire la taille du pack pour baisser les coûts. Les trois options sont sur la table.

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La classification “tout solide” prouvée par des tests normalisés

La dénomination “tout solide” est souvent utilisée de façon approximative dans l’industrie, ce qui crée de la confusion. ProLogium a soumis sa cellule Gen 3.5 à des tests réalisés par UL Solutions, selon la méthodologie chinoise GB/T 43568-2026, elle-même soumise à la Commission Électrotechnique Internationale (CEI) comme base pour une future normalisation internationale. Le protocole consiste à placer la cellule sous vide pendant six heures à 120 degrés Celsius et à mesurer la perte de masse.

Résultat : la cellule affiche une perte de masse inférieure à 0,05 %, bien en deçà du seuil de 0,5 % requis pour la classification tout solide. Ce point est important à comprendre : il ne s’agit pas d’une simple affirmation marketing, mais d’une mesure standardisée, réalisée par un tiers, selon un protocole qui cherche à devenir une référence mondiale. À mesure que d’autres acteurs avanceront des revendications similaires, disposer d’un cadre de test commun sera essentiel pour faire le tri entre les vraies avancées et les effets d’annonce.

Une architecture Logithium pensée pour évoluer sans tout reconstruire

L’un des aspects les plus concrets de la stratégie de ProLogium réside dans la conception même de son architecture cellulaire, baptisée Logithium. Développée en 2012, elle combine un séparateur céramique avec une structure de cadre périphérique propriétaire. Cette bordure joue un rôle fonctionnel : elle isole les potentielles bavures sur les bords des électrodes, assure l’étanchéité et renforce l’isolation électrique. Ce n’est pas un détail — c’est ce qui permet à la cellule d’évoluer en chimie sans exiger une refonte totale de la ligne de production.

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Le parcours industriel de ProLogium suit une logique de montée en puissance progressive :

  • 2013 : démarrage de la production commerciale avec une ligne feuille par feuille
  • 2017 : passage à un procédé rouleau à rouleau plus automatisé
  • 2024 : mise en service de la plateforme de production Giga de troisième génération
  • Aujourd’hui : production en masse de la Gen 3.5 LCB sur cette même plateforme

Ce cheminement a généré plus de 2,4 millions de cellules livrées à des clients dans le secteur grand public, spécialisé et automobile. Ces volumes ne sont pas anecdotiques : ils ont permis d’accumuler des données de fabrication, de contrôle qualité et de comportement en conditions réelles, ce que les laboratoires seuls ne peuvent pas reproduire.

La Gen 4 en vue, avec seulement 10 % de l’outil de production à modifier

ProLogium ne s’arrête pas à la Gen 3.5. La prochaine génération, dite Gen 4 LCB, intégrera un électrolyte entièrement inorganique superfluidisé, tout en conservant l’architecture Logithium et les processus de fabrication existants. L’entreprise estime que seulement 10 % de la ligne Giga actuelle devra être modifié pour produire ces nouvelles cellules. C’est un avantage industriel non négligeable : la plupart des transitions technologiques dans ce secteur impliquent des investissements colossaux en nouveaux équipements.

La Gen 4 visera également à améliorer les performances à basse température — un point faible bien connu des batteries lithium-ion en conditions hivernales — et à réduire les coûts matière et de fabrication. ProLogium intègre aussi à sa conception un mécanisme de sécurité active (ASM) destiné à stabiliser les matériaux actifs de l’électrode en cas de montée en température et à prévenir l’emballement thermique, l’un des scénarios les plus redoutés dans la gestion des batteries haute densité.

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Des applications au-delà de l’automobile, et une stratégie de déploiement mondiale

Si l’application automobile reste la vitrine la plus visible, ProLogium cible un spectre bien plus large :

  • Drones et systèmes non habités, où la réduction de masse de la batterie se traduit directement en capacité d’emport et en endurance
  • Aérospatial et aviation électrique, domaines où les contraintes de poids sont encore plus critiques
  • Centres de données IA, pour lesquels la densité et la stabilité thermique deviennent des arguments sérieux
  • Applications maritimes

Sur le plan géographique, ProLogium prévoit une organisation tripolaire : Taiwan comme base de développement et de validation industrielle, la France pour la montée en production à l’échelle, et l’Amérique du Nord pour une capacité locale progressive. Le modèle envisagé consiste à produire les “Inlays” — l’unité monocouche de base de la cellule LCB — en France, à les expédier aux États-Unis où des partenaires locaux réaliseraient l’assemblage en cellules pouch, puis l’intégration en modules et en packs. À terme, une production d’Inlays pourrait s’implanter directement aux États-Unis si la demande le justifie.

Pour les constructeurs automobiles qui surveillent ce dossier, la question ne sera pas seulement de savoir si une cellule atteint 381 Wh/kg en laboratoire, mais si ces performances se maintiennent sur des centaines de milliers de cycles, dans des conditions réelles, à un coût industriellement viable. ProLogium dispose aujourd’hui d’arguments solides sur le premier point. Les prochaines années diront si l’équation économique et la durabilité sont au rendez-vous — et c’est précisément là que se jouera l’intégration réelle de cette technologie dans vos futures voitures électriques.

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