La recharge rapide, l’ennemi silencieux des batteries de voitures électriques
Les bornes de recharge ultra-rapides se multiplient à travers l’Hexagone et l’Europe, promettant des sessions de charge éclair pour les […]
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Le temps de recharge reste l’un des principaux freins à l’adoption massive des véhicules électriques. Alors que les constructeurs chinois BYD et Zeekr maîtrisent déjà la recharge ultra-rapide en moins de 10 minutes, une start-up britannique propose une solution qui pourrait démocratiser cette technologie auprès de tous les constructeurs européens.
Hydrohertz, entreprise fondée en décembre 2020, vient de dévoiler son système Dectravalve qui promet de faire passer le temps de charge de 10 à 80 % en 10 minutes au lieu des 30 minutes habituelles. Cette approche innovante du refroidissement des batteries pourrait bien redistribuer les cartes dans la course à la recharge rapide.
Le cœur de l’innovation Dectravalve réside dans sa capacité à gérer la température de manière indépendante sur quatre zones distinctes de la batterie, et ce à partir d’une seule source d’alimentation. Martyn Talbot, fondateur et directeur technique d’Hydrohertz, précise que cette technologie permet “un chauffage ou un refroidissement ciblé de modules individuels au sein de la batterie”, contrairement aux systèmes classiques qui traitent l’ensemble du pack uniformément.
Le principe technique s’avère relativement simple : le liquide de refroidissement circule en boucles distinctes pour chaque zone, évitant ainsi que le liquide chaud des sections surchauffées ne vienne réchauffer les zones déjà froides. Cette segmentation thermique permet un contrôle précis de la température dans chaque module de la batterie.
Les tests menés par l’entreprise sur une batterie LFP de 100 kWh démontrent l’efficacité du système : la cellule la plus chaude n’a jamais dépassé 44,5°C, alors que les batteries conventionnelles commencent à réduire leur puissance de charge dès 56°C. Cette gestion thermique optimisée permettrait aussi d’augmenter l’autonomie de 25 % par temps froid et d’allonger significativement la durée de vie des cellules.

Si les performances annoncées par Hydrohertz impressionnent, plusieurs constructeurs asiatiques proposent déjà des résultats équivalents, voire supérieurs. Zeekr a franchi un cap en octobre 2025 avec sa berline 001 équipée d’une batterie de 95 kWh, capable d’effectuer une recharge de 10 à 80 % en seulement 7 minutes. Cette prouesse technique repose sur une batterie supportant une charge à 12C, soit plus de 1 140 kW de puissance.
BYD n’est pas en reste avec sa plateforme Super e-Platform dévoilée en mars 2025. Son système Megawatt Flash offre 400 kilomètres d’autonomie en 5 minutes et réalise également le 10 à 80 % en 7 minutes à plus de 1 000 kW de puissance. Ces performances résultent d’une combinaison optimale entre infrastructure de charge ultra-puissante, chimie de batterie avancée et gestion thermique sophistiquée.
| Constructeur | Temps 10-80% | Puissance max | Autonomie récupérée |
|---|---|---|---|
| Hydrohertz Dectravalve | 10 minutes | Non communiqué | 70% (batterie 100 kWh) |
| Zeekr 001 | 7 minutes | 1 140 kW | 70% (batterie 95 kWh) |
| BYD Megawatt Flash | 7 minutes | 1 000+ kW | 400 km en 5 minutes |
Tesla utilise depuis plusieurs années des systèmes de valves sophistiqués, comme l’Octovalve, qui dirigent le flux de refroidissement vers différentes zones du véhicule. D’autres constructeurs explorent les systèmes de refroidissement par immersion, qui plongent directement les cellules dans un fluide diélectrique pour atteindre des recharges ultra-rapides.
L’atout principal du Dectravalve ne réside pas tant dans son caractère révolutionnaire que dans sa simplicité d’implémentation. Le système se présente comme “une unité unique contrôlée numériquement qui peut gérer quatre zones de refroidissement ou plus séparément”, selon Martyn Talbot. Cette approche rationalisée pourrait séduire les constructeurs qui ne disposent pas des moyens de recherche et développement des géants Tesla, BYD ou Zeekr.
La crédibilité technique d’Hydrohertz s’appuie sur l’expertise de Paul Arkesden, ingénieur automobile reconnu ayant œuvré chez McLaren Automotive, Jaguar et Rolls-Royce. Sa participation au développement de la McLaren P1 témoigne de son expérience dans les systèmes haute performance, un atout qui pourrait faciliter l’adoption du Dectravalve par des constructeurs cherchant à améliorer leurs performances de recharge sans tout redévelopper.
Les avantages du système s’articulent autour de plusieurs points clés :
Malgré les promesses techniques, plusieurs questions demeurent concernant l’implémentation pratique du Dectravalve. La compatibilité avec les infrastructures de recharge actuelles constitue un enjeu majeur. Les bornes de recharge publiques européennes plafonnent généralement à 350 kW, bien loin des puissances nécessaires pour atteindre les 10 minutes de recharge annoncées.
Le coût d’intégration représente un autre facteur déterminant. Les constructeurs devront évaluer si l’investissement dans cette technologie se justifie face aux solutions déjà éprouvées ou aux développements internes. La question du retour sur investissement devient cruciale dans un marché où les marges s’amenuisent et la concurrence s’intensifie.
L’efficacité réelle en conditions d’utilisation variées reste également à prouver. Les tests en laboratoire d’Hydrohertz devront être confirmés par des essais en situation, avec des températures extérieures fluctuantes, des cycles de charge répétés et des batteries à différents niveaux de vieillissement.
Le succès du Dectravalve dépendra ultimately de sa capacité à convaincre les constructeurs automobiles de l’adopter massivement. Avec BYD et Zeekr qui dominent déjà le segment de la recharge ultra-rapide, Hydrohertz devra démontrer que sa solution apporte une valeur ajoutée suffisante pour justifier un changement de stratégie chez les fabricants européens et américains. Les prochains mois seront décisifs pour déterminer si cette innovation britannique parviendra à s’imposer face à la concurrence asiatique déjà bien établie.
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