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Renault supprime sa filiale électrique après seulement trois ans d’existence

Philippe Moureau

L’aventure Ampere touche à sa fin chez Renault. Après seulement trois années d’existence, cette filiale spécialisée dans les voitures électriques va être dissoute par le nouveau directeur général François Provost. Une décision qui illustre parfaitement les bouleversements stratégiques que traverse le constructeur français depuis l’arrivée de son nouveau patron en juillet 2025.

Cette restructuration majeure s’inscrit dans une volonté plus large de simplification organisationnelle. François Provost, qui a déjà supprimé la division Mobilize dédiée aux nouvelles mobilités, poursuit son grand nettoyage stratégique. Vous assistez là à un véritable changement de cap pour le losange, qui abandonne la vision de son prédécesseur Luca de Meo au profit d’une approche plus pragmatique.

L’histoire mouvementée d’Ampere depuis sa création fin 2022

Ampere avait vu le jour officiellement fin 2022 avec des ambitions considérables. Cette filiale regroupait les activités liées aux véhicules électriques et aux logiciels, rassemblant ainsi plus de 10 000 salariés. Sa mission principale consistait à concevoir les nouveaux modèles électriques de Renault tout en développant l’expertise logicielle du groupe.

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Le projet phare de Luca de Meo s’inspirait directement du modèle Tesla et des valorisations exceptionnelles des nouveaux constructeurs électriques. L’objectif était clair : lever des fonds via une introduction en Bourse et attirer de nouveaux investisseurs pour financer la transition électrique. Une stratégie qui semblait logique à une époque où les marques traditionnelles subissaient une décote importante sur les marchés financiers.

L’échec de la stratégie financière qui précipite la chute

Le rêve boursier d’Ampere s’est rapidement transformé en cauchemar. L’introduction en Bourse a été purement et simplement annulée face à une valorisation jugée insuffisante. Renault a rapidement compris que les investisseurs n’étaient plus aussi enthousiastes qu’espéré concernant les pure players de l’électrique.

Les partenaires de l’Alliance ont également fait machine arrière. Nissan et Mitsubishi ont renoncé à leur investissement dans la filiale, privant Ampere d’un soutien financier crucial. Cette défection des alliés historiques a sonné le glas des ambitions initiales du projet, laissant Renault avec une structure complexe mais sans les moyens financiers escomptés.

Les complications administratives qui ont plombé l’efficacité opérationnelle

Au-delà des échecs financiers, Ampere a généré des complications internes majeures. La structure parallèle a créé une complexification administrative considérable, particulièrement visible dans les systèmes de facturation entre les deux entités. Cette bureaucratie supplémentaire fait perdre un temps précieux aux équipes, un paradoxe quand on sait que Luca de Meo prônait l’accélération des calendriers de développement.

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Les témoignages internes relayés par Le Figaro décrivent un véritable casse-tête organisationnel. Les ingénieurs et les équipes de développement naviguaient constamment entre les deux structures, multipliant les interfaces et ralentissant les processus de décision. François Provost avait d’ailleurs tenté de corriger le tir dès septembre en nommant un responsable unique pour les ingénieries des deux entités.

La nouvelle organisation : simplification et recentrage sur l’essentiel

Selon les informations des Échos, Ampere SAS va disparaître mais pas complètement. Le démantèlement s’accompagne d’une réorganisation ciblée qui préserve les activités stratégiques. Le pôle de production ÉlectriCity, qui regroupe les usines du Nord de la France, sera directement rattaché à Renault sans intermédiaire.

Deux entités subsisteront sous la bannière Ampere :

  • Ampere Energy : dédiée aux batteries et à l’électronique de puissance
  • Ampere Software Technology : spécialisée dans le développement logiciel

Cette restructuration permet de conserver l’expertise technique tout en éliminant la complexité organisationnelle. Les deux divisions restantes travailleront en lien direct avec Renault, sans structure intermédiaire pour freiner les échanges et les prises de décision.

Les implications pour l’avenir électrique de Renault

Cette dissolution ne remet pas en question l’engagement de Renault dans l’électrique. Au contraire, elle témoigne d’une approche plus mature et moins spectaculaire de cette transition. Les modèles comme la Mégane E-Tech continueront leur développement, mais dans un cadre organisationnel simplifié.

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François Provost mise sur l’efficacité opérationnelle plutôt que sur les effets d’annonce. Cette philosophie pragmatique pourrait bien s’avérer plus payante que les grandes manœuvres financières de son prédécesseur. Le marché des voitures électriques ayant atteint une certaine maturité, les constructeurs traditionnels peuvent désormais jouer leurs atouts historiques sans complexe face aux nouveaux entrants.

La disparition d’Ampere marque ainsi la fin d’une époque chez Renault, celle des structures parallèles et des stratégies financières complexes. Place maintenant à une approche plus directe de l’électrification, intégrée au cœur même de l’organisation historique du constructeur français.

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