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Ce constructeur de voitures électriques s’associe au co-fondateur de Tesla pour recycler ses batteries

Alexandra Dujonc

Rivian vient d’annoncer un partenariat stratégique avec Redwood Materials, l’entreprise fondée par JB Straubel, ancien directeur technique de Tesla. L’objectif ? Installer un système de stockage d’énergie par batteries de seconde vie directement au sein de son usine de Normal, dans l’Illinois. Cette collaboration marque une étape intéressante dans la gestion du cycle de vie des batteries de véhicules électriques, un enjeu qui commence sérieusement à se poser pour l’ensemble des constructeurs automobiles.

Le projet initial prévoit l’utilisation de plus de 100 batteries Rivian usagées assemblées en un système de 10 MWh. Cette installation permettra de réinjecter de l’électricité dans l’usine lors des pics de demande énergétique. Vous comprenez l’intérêt : réduire les coûts liés aux charges de pointe facturées par le fournisseur d’électricité local, tout en apportant une solution concrète au devenir des batteries qui ne sont plus assez performantes pour rester dans les véhicules, mais qui conservent encore suffisamment de cycles de charge pour d’autres usages.

Un système de stockage inédit dans une usine automobile américaine

Selon les deux entreprises, il s’agit du premier système de stockage d’énergie utilisant des batteries reconditionnées déployé dans une usine de fabrication automobile aux États-Unis. Rivian fournit les packs de batteries, tandis que Redwood Materials se charge de les intégrer dans son système Redwood Energy. La particularité de cette solution réside dans son logiciel propriétaire, le Redwood Pack Manager, capable de gérer simultanément des batteries de chimies et d’états de santé différents comme un seul actif dispatchable sur le réseau.

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Cette capacité de 10 MWh reste modeste comparée au projet phare de Redwood : un microréseau de 12 MW et 63 MWh construit à partir de 792 batteries de seconde vie sur son site de Sparks, dans le Nevada, destiné à alimenter un centre de données dédié à l’intelligence artificielle. Mais c’est la première fois que Redwood connecte son produit de stockage d’énergie directement à une chaîne de production automobile, ce qui change la donne en termes d’applications industrielles.

Pourquoi Rivian mise sur le stockage d’énergie dans son usine

L’usine de Normal traverse actuellement une phase de montée en cadence importante. Rivian se prépare à lancer la production en volume du R2 cette année, aux côtés des R1S et R1T. Avec cette expansion, les besoins énergétiques de l’usine vont mécaniquement augmenter. Disposer d’un tampon énergétique permet à Rivian de lisser les pics de consommation et d’éviter de solliciter le réseau électrique aux moments les plus critiques, quand les tarifs sont les plus élevés.

RJ Scaringe, fondateur et PDG de Rivian, résume bien la logique : “Les véhicules électriques représentent une ressource énergétique massive, distribuée et hautement compétitive. Notre partenariat avec Redwood nous permet d’utiliser les batteries de nos véhicules au-delà de leur vie dans le véhicule et de contribuer à la santé du réseau électrique.” Au-delà de l’aspect économique, ce partenariat règle un problème logistique auquel tous les constructeurs devront faire face : que faire des batteries issues des retours sous garantie, des prototypes d’ingénierie ou des premiers véhicules accumulant un kilométrage élevé ? Au lieu d’être directement recyclées, ces batteries trouvent désormais une seconde utilité rémunératrice chez Redwood.

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Redwood Materials multiplie les accords avec les constructeurs

JB Straubel a passé 15 ans chez Tesla en tant que directeur technique avant de partir en 2019 pour se consacrer à Redwood Materials, qu’il avait fondé deux ans plus tôt comme entreprise de recyclage de batteries. Depuis un an, Redwood a opéré un virage stratégique en se repositionnant comme acteur du stockage d’énergie. La division Redwood Energy a été lancée mi-2025, et l’entreprise a levé 350 millions de dollars supplémentaires en octobre pour accélérer son développement.

“La demande en électricité augmente plus vite que le réseau ne peut s’étendre, ce qui représente une contrainte pour la croissance industrielle”, explique Straubel. “Dans le même temps, la quantité massive de batteries déjà présentes sur le marché américain représente une ressource énergétique stratégique.” Le discours est clair : plutôt que d’attendre la production de nouvelles cellules stationnaires, autant valoriser les centaines de gigawattheures de capacité déjà disponibles dans les véhicules en circulation ou en fin de vie.

L’annonce avec Rivian s’ajoute à une liste croissante de partenariats avec des constructeurs. L’été dernier, Redwood avait signé un protocole d’accord avec General Motors pour reconvertir les batteries de ses véhicules électriques en stockage à échelle du réseau. Avec le projet Crusoe au Nevada, Redwood dispose maintenant d’un avantage rare sur le marché américain du stockage d’énergie : un approvisionnement en batteries domestiques et plusieurs clients de référence prêts à intégrer ses solutions.

Un marché du stockage d’énergie en pleine expansion

Les deux entreprises soulignent l’ampleur du défi à venir. Les États-Unis auront besoin de plus de 600 GWh de stockage d’ici 2030 pour gérer les pics de demande et la montée en charge liée à l’intelligence artificielle. Redwood compare ce besoin à faire fonctionner le barrage Hoover à pleine capacité pendant deux mois consécutifs. L’enjeu est colossal, et la fenêtre pour déployer ces capacités est étroite.

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Ce partenariat présente des bénéfices concrets pour les deux parties. Rivian obtient une électricité moins chère et plus prévisible à Normal au moment où l’usine augmente sa production du R2, tout en trouvant un débouché pour ses batteries vieillissantes sans avoir à supporter les coûts de recyclage immédiat. De son côté, Redwood gagne un client de référence dans le secteur automobile, une vitrine bien plus complexe à obtenir qu’un centre de données, et un flux régulier de batteries provenant d’une flotte maintenant suffisamment mature pour générer des volumes significatifs de seconde vie.

Les véhicules électriques comme source de batteries pour le réseau

La question la plus intéressante porte sur l’avenir du marché du stockage d’énergie. L’argument de Straubel repose sur une réalité simple : le réseau électrique ne peut pas attendre cinq ans pour disposer de nouvelles cellules stationnaires. Il existe déjà des centaines de gigawattheures de capacité de batteries dans les voitures en circulation ou en sortie de flotte, et ces ressources peuvent être mobilisées en quelques mois plutôt qu’en années. Si cette vision se confirme, et le projet Crusoe constitue une preuve solide, les entreprises disposant d’un carnet d’adresses dans l’automobile et d’un logiciel de gestion de batteries vont capter une part disproportionnée du déploiement à court terme.

Tesla domine le marché du stockage avec ses Megapack utilisant des cellules neuves. Redwood construit discrètement un marché parallèle sur la seconde vie des batteries, en entraînant Rivian et GM dans son sillage. Le déploiement de 10 MWh à Normal reste un projet pilote. La vraie question sera de voir à quelle vitesse cette capacité va évoluer dans les mois et années à venir, et si d’autres constructeurs suivront cette voie pour valoriser leurs batteries usagées tout en renforçant leur autonomie énergétique.

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