Finalement, Volkswagen mise sur la normalité pour sa première Golf 100 % électrique
Volkswagen prépare la neuvième génération de sa Golf, et cette fois, l’icône allemande passera à l’électrique. Une première esquisse a […]
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Vous vous souvenez peut-être de cette annonce retentissante de Tesla en juin 2025 : la première livraison 100% autonome d’un véhicule électrique directement depuis l’usine jusqu’au domicile d’un client. Une Model Y qui parcourt seule une trentaine de kilomètres à travers parkings, autoroutes et rues urbaines. Les médias du monde entier ont relayé l’information, l’action en bourse a grimpé, et Elon Musk s’est félicité d’avoir respecté son propre calendrier avec un jour d’avance. Huit mois plus tard, force est de constater que cette prouesse technique ne s’est jamais reproduite. Pas une seule fois.
Le 27 juin 2025, Tesla publie une vidéo montrant une Model Y coloris Quicksilver se déplaçant sans conducteur depuis la Gigafactory du Texas jusqu’à son propriétaire dans la région d’Austin. Ashok Elluswamy, responsable de l’intelligence artificielle chez Tesla, précise que le véhicule a atteint 115 km/h et que le client a été choisi de manière aléatoire parmi les commandes locales. L’opération marketing est parfaitement orchestrée et génère un pic d’attention médiatique immédiat.
Depuis cette date, aucun autre acheteur n’a bénéficié de ce service. Tous les clients texans qui achètent une Model Y continuent de récupérer leur voiture de manière traditionnelle, en se rendant physiquement au point de livraison. Si Tesla avait réellement maîtrisé cette technologie et qu’elle représentait un avantage économique significatif en termes de logistique, pourquoi ne pas l’avoir généralisée ? Les économies potentielles se chiffreraient en millions de dollars. L’absence de suite concrète en dit long sur la maturité réelle de cette capacité technique.
Cette séquence s’inscrit dans un schéma répétitif que Tesla maîtrise parfaitement. Le constructeur réalise une démonstration spectaculaire unique, laisse les médias et les réseaux sociaux amplifier le message, puis passe à autre chose avant que les questions ne deviennent trop insistantes. La fameuse vidéo “Paint It Black” de 2016, censée montrer les capacités autonomes d’une Tesla et dont on a appris plus tard qu’elle avait été mise en scène, représente la version primitive de cette approche. La livraison autonome de juin 2025 en constitue l’exécution la plus aboutie.
Le même scénario s’est reproduit en janvier 2026 lorsque Musk a annoncé des trajets en Robotaxi “sans supervision” à Austin, juste avant la publication des résultats trimestriels. L’action a bondi de 4%. Ces trajets prétendument non supervisés ont disparu en moins d’une semaine. Lorsqu’ils existaient brièvement, Tesla avait simplement déplacé les superviseurs de sécurité dans des véhicules d’accompagnement suivant les Robotaxis. Aujourd’hui encore, le service de Robotaxi de Tesla reste confiné à une petite zone d’Austin.
Ces opérations ne fonctionnent pas sans relais. Tesla a développé un réseau d’influenceurs en ligne qui amplifient systématiquement chaque annonce du constructeur. Omar Qazi, qui gère le compte Whole Mars Catalog sur X et que le Wall Street Journal identifie comme l’utilisateur auquel Musk répond le plus fréquemment, incarne cette dynamique. Lors de la publication de la vidéo de livraison autonome, il avait interpellé publiquement les journalistes sceptiques en les accusant de voir des “mirages” là où Tesla démontrait ses avancées.
Huit mois plus tard, les faits parlent d’eux-mêmes : il s’agissait effectivement d’une simple démonstration, pas d’une capacité déployable à l’échelle industrielle. Ces comptes alignés sur Tesla remplissent une fonction précise : présenter chaque annonce comme une percée majeure, attaquer ceux qui questionnent le discours officiel, et maintenir la conviction chez les investisseurs particuliers que Tesla possède une avance technologique de plusieurs années sur la conduite autonome. Que ces personnes y croient sincèrement ou jouent un rôle importe peu, l’effet sur la perception publique reste identique.
Le contraste avec les entreprises réellement actives dans l’autonomie devient saisissant. Waymo assure désormais plus de 450 000 trajets payants par semaine dans six villes américaines (Phoenix, San Francisco, Los Angeles, Austin, Atlanta et Miami), avec une expansion prévue dans plus de 20 villes supplémentaires en 2026, dont Tokyo et Londres. L’entreprise a accumulé plus de 320 millions de kilomètres en conduite totalement autonome sur routes ouvertes et vient de lever 16 milliards de dollars avec une valorisation de 126 milliards.
Tesla dispose quant à elle d’environ 42 Robotaxis à Austin avec un taux de disponibilité de 19% et un taux d’accidents près de quatre fois supérieur à celui des conducteurs humains : 14 accidents recensés pour environ 1,3 million de kilomètres parcourus, presque toujours avec des superviseurs humains à bord. Le service s’interrompt dès qu’il pleut. Musk avait promis 500 véhicules à Austin, une couverture de la moitié de la population américaine et une expansion dans 8 à 10 villes d’ici fin 2025. Rien de tout cela ne s’est concrétisé.
En décembre dernier, un juge californien a statué que Tesla avait menti dans sa communication marketing concernant le FSD (Full Self-Driving). Le constructeur a modifié la signification même de cette appellation pour abandonner sa promesse initiale d’autonomie complète. Musk lui-même a admis que Tesla nécessite 16 milliards de kilomètres de données pour garantir une conduite autonome sûre sans supervision, un seuil que la flotte n’atteindra pas avant mi-2026 au mieux. Paradoxalement, Tesla vient d’achever le premier Cybercab dépourvu de volant, pariant tout sur un logiciel qui n’est pas encore opérationnel.
La stratégie consistant à déplacer les superviseurs du siège conducteur vers le siège passager, ou dans des véhicules suiveurs, démontre que l’approche de Tesla privilégie l’apparence plutôt que la sécurité. Si le système était réellement fiable, les superviseurs resteraient aux commandes jusqu’à ce que Tesla puisse prouver de manière irréfutable qu’ils sont devenus superflus.
Le problème fondamental réside dans l’efficacité de cette approche. La valorisation boursière de Tesla continue de bénéficier d’anticipations sur l’autonomie qui ne correspondent pas aux capacités réelles de l’entreprise. Les sociétés véritablement avancées dans ce domaine assurent des centaines de milliers de trajets chaque semaine pendant que Tesla multiplie les démonstrations ponctuelles en laissant ses relais numériques faire le reste du travail. L’écart entre la communication de Tesla sur l’autonomie et sa réalité opérationnelle n’a jamais été aussi large.
Dans un marché fonctionnant de manière optimale, la transparence et la sécurité seraient valorisées davantage que les apparences. La livraison autonome de juin 2025 restera comme l’exemple le plus flagrant de cette stratégie : orchestrer une démonstration soigneusement contrôlée, capitaliser sur la couverture médiatique et la hausse boursière associée, puis ne jamais la répéter. Vous attendez toujours votre Model Y livrée de manière autonome ? Vous risquez d’attendre longtemps.
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