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Tesla HW4 : un propriétaire réussit la mise à niveau seul, alors pourquoi Tesla ne le fait pas ?

Michael Ptaszek

Des millions de Tesla circulent aujourd’hui avec une promesse non tenue : celle de conduire seules, de façon totalement autonome. Cette promesse, faite il y a près de dix ans, commence à peser lourd — juridiquement, commercialement et moralement. Et un propriétaire polonais vient de montrer que la solution technique est peut-être moins complexe que Tesla ne veut bien l’admettre.

Une promesse d’autonomie totale vieille de dix ans, toujours pas honorée

En fin d’année 2016, Tesla publiait un article sur son blog officiel avec un titre sans ambiguïté : “Toutes les Tesla produites maintenant sont équipées du matériel pour la conduite autonome complète.” Ce billet a depuis été supprimé, mais la promesse, elle, est restée gravée dans la mémoire de milliers d’acheteurs qui ont payé — parfois jusqu’à 15 000 dollars — pour un système FSD (Full Self-Driving) censé permettre une autonomie totale de niveau 5.

La réalité a rattrapé les ambitions. Le hardware d’origine, HW1, s’est révélé insuffisant. Tesla a donc sorti HW2, puis HW3. Pour les propriétaires ayant acheté la licence FSD, l’entreprise a proposé des mises à niveau gratuites vers HW3 — bien que certains aient quand même été facturés 1 000 dollars pour un matériel qu’ils avaient théoriquement déjà payé. Ce remplacement était alors relativement simple : extraire l’ancienne unité, en glisser une nouvelle. La procédure prenait peu de temps en atelier. Mais HW3 s’est lui aussi montré incapable de faire rouler les voitures de manière véritablement autonome.

HW4, AI4, AI5… la valse des générations de hardware Tesla

Aujourd’hui, Tesla en est à HW4 — rebaptisé AI4 pour surfer sur la vague de l’intelligence artificielle — ainsi qu’une variante renforcée HW4+. L’entreprise assure que cette génération est enfin suffisante pour la conduite autonome complète. Mais elle promet déjà une AI5 et une AI6 pour l’avenir, ce qui laisse planer un doute légitime sur la durée de vie de ces garanties.

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Le passage de HW3 à HW4 est présenté par Tesla comme bien plus complexe que la transition précédente, notamment parce qu’il implique un remplacement des caméras embarquées. Avec des millions de véhicules équipés de HW2 ou HW3 sur les routes mondiales, cela représente effectivement un chantier logistique considérable. En avril dernier, Elon Musk avait évoqué la création de “microfactories” dans les grandes villes pour effectuer ces mises à niveau à grande échelle. Depuis, silence radio.

En attendant, Tesla a bricolé des versions allégées du logiciel FSD compatibles avec HW3, mais l’écart d’expérience entre les propriétaires de l’ancienne et de la nouvelle génération de matériel se creuse mois après mois. Le niveau 5 d’autonomie, celui qui permettrait à une voiture de se conduire seule dans n’importe quelle condition sans intervention humaine, n’est toujours livré dans aucun véhicule, quel que soit le hardware embarqué.

Un propriétaire polonais prouve que la mise à niveau HW4 est faisable en DIY

C’est dans ce contexte que Michal Gapinski, un propriétaire d’une Tesla Model 3 de 2022 basé en Pologne, a décidé de prendre les choses en main. Fondateur de Tesla Android, une entreprise spécialisée dans l’intégration de fonctionnalités Android sur les Tesla, il se définit lui-même comme un “bricoleur dans l’âme”. Il a entrepris de remplacer lui-même le HW3 de sa voiture par un HW4.

Son retour d’expérience, partagé sur les réseaux sociaux, est sans détour : la migration est “moins compliquée qu’il n’y paraît”, nécessite un “léger hacking de l’ECU”, et le travail physique repose essentiellement sur de l’époxy et des colliers de serrage. Il précise que Tesla “aurait pu faire ça il y a longtemps”. Le projet n’est pas encore totalement finalisé — il reste quelques éléments à régler pour activer l’ensemble des fonctionnalités — mais les photos publiées en cours de route montrent une progression concrète.

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Si un seul individu, sans moyens industriels, parvient à réaliser cette opération dans son garage, on est en droit de se demander ce qu’une entreprise de l’envergure de Tesla, avec ses ateliers, ses ingénieurs et ses ressources, serait capable d’accomplir en termes de volume et de rapidité d’exécution.

Pourquoi Tesla tarde-t-il à agir, et quelles sont les conséquences juridiques ?

Plusieurs raisons expliquent l’inaction apparente de Tesla. D’abord, une logique commerciale : l’entreprise a progressivement abandonné la vente de la licence FSD en paiement unique au profit d’un abonnement mensuel. Ce modèle lui permet de commercialiser le système sur ses capacités actuelles, et non sur des promesses futures — réduisant ainsi son exposition légale pour les nouveaux clients. L’ancienne possibilité de transférer une licence FSD achetée vers un nouveau véhicule a également été supprimée, malgré l’absence de livraison du produit promis.

Ensuite, une logique d’usure : au fil du temps, les Tesla équipées de HW3 disparaissent progressivement du parc automobile — accidents, reventes, mises à la retraite. Plus Tesla attend, moins il y a de véhicules à mettre à niveau, et moins l’opération est coûteuse. C’est un calcul froid, mais cohérent du point de vue de la trésorerie.

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Ce calcul se heurte néanmoins à une réalité judiciaire croissante :

  • Des actions en justice individuelles (small claims) se multiplient dans plusieurs pays, avec des jugements donnant souvent raison aux propriétaires lésés.
  • Des recours collectifs (class actions) d’envergure nationale, voire internationale, sont en cours et pourraient coûter à Tesla des dizaines de milliards de dollars.
  • La réponse officielle de Tesla à ces procédures a été de demander aux propriétaires d’être “patients” — une posture difficile à défendre devant un tribunal.

La frustration des propriétaires les plus fidèles à la marque, longtemps disposés à excuser les retards, atteint aujourd’hui un niveau inédit. Et pour cause : pendant que ces acheteurs attendent leur produit, Tesla rémunère son PDG à hauteur de 2,5 millions de fois le salaire moyen d’un employé de la société.

Ce que Tesla devrait faire concrètement pour ses propriétaires FSD

La question n’est plus vraiment de savoir si la mise à niveau est techniquement réalisable — Michal Gapinski vient d’en apporter la preuve par l’exemple. La vraie question est celle de la volonté et des obligations contractuelles de Tesla envers ses clients. Voici ce que les propriétaires ayant acheté une licence FSD seraient en droit d’attendre :

  • Une mise à niveau gratuite vers HW4 pour tout acheteur d’une licence FSD, quelle que soit la génération de hardware actuellement installée dans son véhicule.
  • La possibilité de transférer la licence FSD sur un nouveau véhicule, ou à défaut, un remboursement intégral de la somme versée.
  • La livraison effective d’une autonomie de niveau 5, seule condition qui permettrait à Tesla de considérer sa promesse comme honorée.

Tesla se trouve aujourd’hui dans une position délicate de sa propre fabrication. La stratégie actuelle semble miser sur le temps et l’érosion naturelle du parc HW3, mais les recours juridiques, eux, ne s’érodent pas aussi facilement. Chaque nouveau jugement défavorable crée un précédent, chaque class action gagnée ouvre la voie à d’autres. Et l’expérience de Michal Gapinski rappelle une vérité simple : quand un bricoleur solitaire peut faire ce qu’une multinationale prétend impossible, la crédibilité de cette multinationale en prend un sacré coup.

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