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Depuis l’annonce du projet Terafab en mars dernier, Tesla et SpaceX promettaient une usine de semi-conducteurs hors norme sur le campus nord de Giga Texas. Les déclarations d’Elon Musk chiffrant l’investissement en dizaines de milliards de dollars avaient suscité autant de scepticisme que d’intérêt. Un mois après le dépôt du S-1 de SpaceX, Tesla vient de réaliser son premier recrutement senior connu pour ce projet : Gary Jiang, un cadre ayant passé près de dix-huit ans chez Intel. Un signal concret, même si loin d’être suffisant pour lever toutes les interrogations.
Gary Jiang a rejoint Tesla en juin 2026 au poste de Director, Tera Fab, basé sur site à Austin, Texas. Son profil LinkedIn vérifié — repéré par Electrek — détaille une carrière de 17 ans et 9 mois chez Intel, dont une récente fonction de Factory Manager depuis décembre 2024. Dans ce rôle, il était responsable du transfert technologique du procédé Intel 18A, de l’installation des équipements et du démarrage industriel jusqu’à la certification produit et la montée en volume. Ce n’est pas un profil de designer de puces ni un théoricien de la lithographie : c’est précisément quelqu’un qui sait faire tourner une usine de semi-conducteurs à grande échelle.
Ses années précédentes chez Intel s’étaient déroulées sur le campus d’Ocotillo à Chandler, en Arizona, où il avait occupé des postes de management dans les usines Fab 32 et Fab 12, sur les nœuds de production 14 nm et 22 nm en volume. Ses compétences déclarées — transfert technologique, démarrage de fab, planification stratégique, réduction des coûts, amélioration du rendement — correspondent trait pour trait à ce qu’exige la construction d’une usine de puces partant de zéro. C’est exactement ce que Tesla n’a pas en interne.
Annoncé conjointement par Tesla et SpaceX en mars 2026, Terafab ambitionne de regrouper sous un même toit la conception de puces, la lithographie, la fabrication, la mémoire, le packaging avancé et les tests. Elon Musk a présenté l’installation comme un prototype à 20 milliards de dollars visant le nœud Intel 14A, avec un objectif de départ à 100 000 wafer starts par mois, pouvant évoluer vers un million. Depuis, les chiffres ont considérablement gonflé : le S-1 déposé par SpaceX en mai 2026 évoque une mise de fonds initiale de 55 milliards de dollars et un investissement total pouvant atteindre 119 milliards sur l’ensemble des phases.
Intel a officiellement rejoint le projet en avril 2026, ce qui éclaire la logique du recrutement de Jiang. Le géant des semi-conducteurs apporte la technologie de procédé, la maîtrise des équipements et les solutions de packaging sans lesquels une fab reste une coquille vide. Embaucher directement un manager Intel 18A pour diriger Terafab s’inscrit dans cette même logique : Tesla rachète une par une les compétences qu’elle n’a pas construites. Car concevoir ses propres puces — ce que Tesla fait depuis plusieurs années avec ses processeurs FSD — est un exercice très différent de les fabriquer à l’échelle industrielle.
Tesla avait commencé à publier des offres d’emploi pour Terafab au début du mois de juin, recherchant notamment des chefs de projet ayant supervisé plus de 100 millions de dollars de dépenses d’investissement et capables de piloter la conception et la construction d’une usine de A à Z. Jiang est le premier nom connu à avoir rejoint l’équipe. Cela dit, un directeur, même excellent, ne comble pas à lui seul un retard institutionnel. Intel a mis des décennies et des dizaines de milliards à accumuler le savoir-faire que cet homme représente — et Intel lui-même a connu des difficultés sérieuses sur ses nœuds avancés ces dernières années.
Il faut aussi rappeler ce que précise le S-1 de SpaceX : Terafab et le projet “Macrohard” qui lui est associé sont encore à des stades très préliminaires, sans engagements contractuels finalisés, sans droits de propriété intellectuelle arrêtés et sans conditions financières définitives. Un recrutement senior est un signal réel d’intention, mais c’est aussi la partie la moins difficile. L’histoire de l’industrie des semi-conducteurs est jalonnée de projets bien financés qui n’ont jamais atteint des rendements de production viables. La vraie question n’est pas de savoir si Tesla est capable de recruter des talents chez Intel ou TSMC — elle est de savoir si l’entreprise peut assembler suffisamment de cette expertise pour faire fonctionner une fab à grande échelle, dans les délais et les budgets annoncés.
Le rythme auquel de nouveaux noms issus d’Intel, de TSMC ou d’autres fabricants de semi-conducteurs apparaîtront dans l’organigramme de Terafab dira beaucoup sur la réalité du projet. Un ou deux recrutements isolés restent anecdotiques. Une vague de profils spécialisés en lithographie EUV, en gestion de rendement ou en intégration back-end serait, elle, beaucoup plus révélatrice.
Pour les observateurs du secteur automobile et technologique, ce dossier dépasse largement la question des voitures électriques Tesla. Si Terafab aboutit, il pourrait permettre à l’entreprise de maîtriser toute la chaîne de valeur de ses processeurs, de l’IA embarquée aux serveurs de ses flottes robotisées. Si le projet patine, les sommes engagées — et les talents mobilisés — représenteront un coût d’opportunité considérable. Jiang arrive avec les bonnes références. Reste à voir combien d’autres suivront, et à quelle cadence.
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