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Tesla est obligé de renommer sa conduite autonome en Europe

Michael Ptaszek

Sur le site allemand de Tesla, le nom « Full Self-Driving » a disparu. L’ancienne adresse redirige désormais vers une page baptisée « Tesla Assisted Driving ». Ce changement fait suite à une prise de position du ministère fédéral des Transports (BMV), publiée le 6 octobre 2026, qui juge l’ancienne appellation trompeuse. Le système ne prend pas en charge l’intégralité de la conduite, et le conducteur reste pleinement responsable de son véhicule.

Le renommage s’inscrit dans un accord plus large : Berlin se dit prêt à soutenir la demande de Tesla pour une homologation à l’échelle de l’Union européenne. Ce soutien a un prix, et il porte autant sur la vitesse que sur le vocabulaire.

Un nom abandonné en échange du soutien de Berlin

D’après le ministère, c’est Tesla qui a proposé « Tesla Assisted Driving » lors de discussions avec le ministre des Transports Steffen Bilger, en septembre. Pour le BMV, l’ancien intitulé, « FSD – Full Self-Driving Supervised », se contredisait lui-même : un système qui exige une attention permanente ne peut pas être présenté comme une conduite entièrement autonome. Le ministre affirme vouloir que les conducteurs de Tesla puissent utiliser le système dans toute l’UE le plus vite possible, et Elon Musk l’a remercié sur X d’un « Danke schön ».

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L’accord comprend un second volet, plus contraignant pour le constructeur : la vitesse. L’Allemagne indique que le système pourra dépasser la limite de 10 % maximum, et défendra cette position pendant la procédure d’homologation européenne. Tesla devra donc modifier son logiciel, qui s’autorise aujourd’hui des écarts bien supérieurs. Selon Reuters, la version validée aux Pays-Bas tolère jusqu’à 50 % au-dessus de la limite détectée.

Limite détectéeMarge de 10 % (position allemande)Marge de 50 % (version néerlandaise)
50 km/h55 km/h75 km/h
90 km/h99 km/h135 km/h
130 km/h143 km/h195 km/h

Ce tableau montre l’écart entre les deux approches. Sur route départementale limitée à 90 km/h, 50 % de marge donnerait 135 km/h, un niveau difficilement défendable pour une aide à la conduite supposée assister un humain.

Même promesse commerciale, nouvelle étiquette

Le changement reste largement cosmétique. La nouvelle page allemande reprend la page américaine, avec le nom du produit remplacé. Elle affirme toujours que la voiture vous conduit « presque partout » sous votre supervision active, avec une intervention minimale. Elle met aussi en avant un système « 7 fois plus sûr » qu’un conducteur humain, alors que la note de bas de page de Tesla précise que la comparaison porte sur la moyenne américaine estimée. La page se termine encore par une section intitulée « Die Zukunft ist autonom », consacrée au Robotaxi et au Cybercab.

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Aux États-Unis, rien ne bouge : tesla.com/fsd continue de proposer « Full Self-Driving (Supervised) » à 99 dollars par mois. En Europe, la liste officielle des pays où le système est approuvé compte huit noms :

  • les Pays-Bas, la Lituanie et l’Estonie ;
  • le Danemark et la Belgique ;
  • la Slovénie, la Tchéquie et la Croatie.

Ni l’Allemagne ni la France n’y figurent. Pour une validation à l’échelle du continent, il faut réunir 15 États membres sur 27, représentant 65 % de la population de l’UE. Le vote ne devrait pas avoir lieu avant décembre, et la France comme la Suède ont déjà exprimé des inquiétudes sur les dépassements de vitesse.

Dix ans de promesses : pourquoi l’appellation posait problème

En octobre 2016, Tesla assurait que toutes ses voitures en production embarquaient le matériel nécessaire à une conduite entièrement autonome. En avril 2019, lors de son Autonomy Day, Elon Musk annonçait un système « complet » avant la fin de l’année et plus d’un million de robotaxis sur les routes en 2020. Ces objectifs n’ont jamais été atteints. Tesla a depuis reconnu que les véhicules vendus comme compatibles avec l’autonomie complète entre 2016 et 2023 ne disposent pas du matériel requis.

À ce stade, le nom ne relevait plus de l’ambition mais de l’affirmation inexacte. En décembre dernier, un juge californien a qualifié l’appellation de « catégoriquement fausse et contraire aux faits ». Le suffixe « Supervised », ajouté ensuite, ne réglait rien : il accolait en quatre mots une autonomie complète et l’obligation de surveiller la route. Le retrait du nom en Europe, au moment précis où Tesla avait besoin d’un régulateur, montre que le constructeur sait faire évoluer son discours quand l’enjeu commercial le justifie.

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Le changement de nom est cohérent, mais il corrige l’étiquette plus que le produit. Le vrai sujet reste la limitation de vitesse à 10 %, qui pèsera sur l’usage réel du système. Pour la France, qui n’a pas encore tranché, c’est un argument de poids avant le vote européen de décembre.

L’avis de Rouleur électrique

Ce que cela change pour les conducteurs français

Dans l’immédiat, rien : le système n’est pas approuvé en France, et il s’agit d’une aide à la conduite de niveau 2, qui exige vos mains sur le volant et votre attention en continu. Si vous achetez ou louez une Tesla, vérifiez ce que le contrat et la configuration mentionnent précisément. Un abonnement ou une option payante doit décrire des fonctions réelles, pas une promesse d’autonomie future.

Le vote de décembre sera à suivre de près. Si la règle des 10 % de dépassement devient la référence européenne, les conducteurs de Tesla pourraient voir arriver un système plus bridé que sa version néerlandaise, mais aussi plus cohérent avec le Code de la route. Les autres constructeurs, qui commercialisent déjà des aides sous des noms plus sobres, seront jugés sur la même grille.

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