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Tesla Roadster : le designer le promet, c’est pour “très bientôt”

Albert Lecoq

Franz von Holzhausen, directeur du design chez Tesla depuis près de 18 ans, a lâché deux mots qui ont immédiatement fait réagir la communauté automobile mondiale : “very soon”. C’était lors d’un épisode du célèbre talk-show Jay Leno’s Garage, début août 2026. Un échange bref, sans date, sans fiche technique, sans aucun détail concret. Juste deux mots et un sourire sceptique de Jay Leno en retour. Pour comprendre pourquoi cette réponse fait autant de bruit, il faut revenir sur l’histoire de l’une des voitures les plus attendues — et les plus retardées — de l’histoire automobile récente.

Un designer en vitrine, mais pas pour Tesla

L’ironie de la situation n’a pas échappé aux observateurs. Von Holzhausen n’était pas sur le plateau de Jay Leno pour parler de Tesla ou de son futur Roadster. Il était venu présenter sa Pontiac Solstice préparée avec un V8 de 400 chevaux, une voiture à moteur thermique qu’il avait lui-même conçue chez GM il y a une vingtaine d’années. “Je suis un homme Tesla, mais ce son est plutôt bien”, a-t-il confié à Leno. Une sortie qui, au passage, rappelle que les passionnés de design automobiles ont souvent un rapport complexe avec la nostalgie de l’ère thermique.

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C’est vers la fin de l’émission que Leno a abordé le sujet du Roadster. Il a dit attendre “avec impatience” l’arrivée du nouveau modèle. Von Holzhausen a répondu “très bientôt”. Leno a insisté. Même réponse. Pas un mot de plus. Le présentateur a alors simplement rappelé la chronologie : “Dix ans… presque dix ans.” Le silence qui a suivi valait tous les discours.

L’historique des reports : une saga qui dure depuis 2017

Le Tesla Roadster nouvelle génération a été dévoilé en novembre 2017 sous la forme d’un prototype. À l’époque, Tesla promettait une production pour 2020. Depuis, les reports se sont enchaînés avec une régularité presque mécanique :

  • 2017 : présentation du prototype, production annoncée pour 2020
  • 2021-2022 : Tesla évoque “12 à 18 mois” supplémentaires
  • 2023 : nouvelle promesse de lancement, non tenue
  • Février 2024 : Elon Musk s’engage sur une présentation de production avant fin 2024, avec des livraisons début 2025
  • Novembre 2025 : Musk fixe une démonstration au 1er avril 2026 — le jour des poissons d’avril — en admettant lui-même que la date lui offre une “plausible deniability”
  • Printemps 2026 : la date glisse à “fin avril”, puis à “dans un mois environ”, puis à août 2026
  • Août 2026 : toujours rien, et Franz von Holzhausen dit “très bientôt” à la télévision
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On compte officiellement au moins huit reports depuis l’annonce initiale. Et même si une présentation avait lieu dans les semaines à venir, il ne s’agirait que d’une démonstration — la deuxième en près d’une décennie. La production réelle ne pourrait raisonnablement être envisagée qu’entre 2027 et 2028, au mieux.

Les propulseurs SpaceX : le point de blocage actuel

Selon les informations disponibles, le principal obstacle au lancement du Roadster serait le système de propulseurs à gaz froid développé en collaboration avec SpaceX, un package désigné en interne sous le code “A71”. Elon Musk en parle depuis des années comme d’un élément différenciant majeur : ces petits thrusters positionnés dans la carrosserie devaient permettre des performances d’accélération hors normes et une adhérence au sol augmentée, à la manière d’un effet de sol actif.

Fin avril 2026, Tesla et SpaceX ont présenté à Musk un prototype de ce système. Le résultat n’était visiblement pas assez abouti pour une présentation publique, ce qui a encore une fois repoussé l’échéance à août. Nous sommes en août, et la démonstration n’a toujours pas eu lieu. La question se pose donc légitimement : ce package est-il réellement intégrable dans un véhicule de série à un tarif viable ? Rien ne permet de l’affirmer aujourd’hui.

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Des promesses de performance qui font toujours rêver… sur le papier

Il faut admettre que les chiffres annoncés pour ce Roadster restent impressionnants, même neuf ans après leur divulgation. Le cahier des charges initial prévoyait :

  • 0 à 100 km/h en 2,0 secondes (annoncé à 1,9 seconde sur le 0-60 mph)
  • Une vitesse de pointe de 400 km/h
  • Une autonomie de 1 000 km
  • Un prix de départ affiché à 200 000 dollars

Les premiers réservateurs de la “Founders Series” ont, eux, déposé 250 000 dollars il y a près d’une décennie. Ils attendent toujours. Sans intérêts, sans compensation, sans nouvelle date ferme. C’est peut-être l’aspect le plus problématique de toute cette histoire : derrière les effets d’annonce, il y a des centaines de clients fidèles, souvent parmi les premiers soutiens de la marque, qui ont immobilisé une somme colossale sans visibilité aucune.

Franz von Holzhausen n’est pas le responsable des délais de production, et il serait injuste de lui en faire le reproche. Son rôle est de concevoir des voitures, pas d’établir des calendriers industriels. Mais “très bientôt” prononcé à la télévision en 2026, après huit reports successifs, sonne creux même avec toute la bonne volonté du monde. Jay Leno n’a pas eu besoin de se moquer : il a simplement répété la chronologie à voix haute, et ça suffisait. Le Roadster finira probablement par exister sous une forme ou une autre, mais il y a fort à parier que sa présentation servira surtout à gagner encore quelques années avant de parler sérieusement de production.

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