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Vélos électriques ou voitures : qui met vraiment nos rues en danger ?

Philippe Moureau

Les vélos électriques inquiètent. Ils roulent presque aussi vite qu’une voiture en stationnement, ils sont silencieux comme des murmures, et le pire dans tout ça : les adolescents s’en emparent massivement. Vous avez certainement vu les titres dans la presse. Les municipalités européennes durcissent la réglementation, les parlementaires organisent des auditions d’urgence, les parents réclament des interdictions. “Il faut agir”, s’écrient-ils dans les conseils municipaux avant de repartir au volant de leurs SUV de 2,5 tonnes.

Certains utilisateurs de vélos électriques ne respectent effectivement pas le code de la route. Certains roulent trop vite, d’autres manquent d’expérience. Ces problèmes méritent des solutions concrètes. Mais si vous pensez que les vélos électriques représentent la plus grande menace sur nos routes, attendez de découvrir les statistiques sur ces véhicules légèrement plus répandus, légèrement plus mortels, que nous tolérons silencieusement depuis un siècle.

L’automobile, un fléau statistiquement démontré en Europe

Ils s’appellent automobiles. Et contrairement aux vélos électriques, ils tuent réellement. Beaucoup. En France, plus de 3 200 personnes meurent chaque année dans des accidents de voiture selon l’Observatoire national interministériel de la sécurité routière. À l’échelle européenne, ce chiffre dépasse les 20 000 décès annuels. Des milliers d’autres restent handicapées à vie. Des quartiers entiers sont défigurés par le trafic à haute vitesse. Les enfants ne peuvent plus se rendre à l’école à pied en sécurité.

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Mais ne vous inquiétez pas : quelqu’un a vu un adolescent griller un stop sur son vélo électrique, donc la vraie crise doit forcément venir de ces batteries sur deux roues. Il est fascinant de voir à quel point nous nous énervons pour quelques dizaines d’accidents de vélos électriques quand beaucoup d’entre nous passent devant des mémoriaux d’accidents de voiture sur le chemin de l’épicerie.

Des priorités complètement inversées face aux risques réels

Nous avons été si profondément conditionnés à accepter la violence automobile comme partie intégrante de la vie moderne que l’idée de mieux les réguler semble impensable. Mais réglementer les vélos électriques ? Là, c’est urgent. Prenons l’exemple de Paris, qui concentre l’usage de vélos électriques le plus important de France. Les accidents impliquant des piétons et des vélos électriques représentent moins de 2% des accidents mortels de la capitale, contre plus de 70% pour les automobiles.

Cette disproportion se retrouve dans toutes les grandes villes européennes. À Amsterdam, malgré une utilisation massive du vélo électrique, les décès de piétons causés par ces véhicules restent marginaux comparés aux 180 morts annuels impliquant des voitures aux Pays-Bas. Et pourtant, c’est le cycliste électrique qui reçoit les regards réprobateurs.

  • Poids moyen d’un vélo électrique : 25 kg
  • Vitesse maximale autorisée : 25 km/h
  • Puissance du moteur : 250 watts
  • Poids moyen d’une voiture européenne : 1 400 kg
  • Vitesse maximale courante : 200 km/h et plus
  • Puissance moyenne : 120 chevaux
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Quand l’automobile devient une arme par destination

Nous sommes devenus insensibles à la destruction quotidienne causée par l’automobile. Conduite en état d’ivresse ? Conduite distraite ? Excès de vitesse dans les zones résidentielles ? C’est du bruit de fond. Mais dès qu’une personne sur un vélo électrique grille un stop à 25 km/h, c’est la une des journaux et une urgence municipale.

Voici une idée : si nous voulons des rues plus sûres, commençons par nous attaquer aux machines qui pèsent deux tonnes et demie et peuvent atteindre 180 km/h, pas à celles qui plafonnent à 25 km/h avec un moteur d’un tiers de cheval-vapeur. Mais nous ne le faisons pas. Parce que les voitures sont familières, “normales”. Les voitures constituent la base de notre aménagement urbain depuis des décennies.

L’infrastructure européenne, un modèle à développer

Contrairement aux États-Unis, l’Europe dispose d’atouts considérables pour une cohabitation réussie. Les Pays-Bas et le Danemark ont démontré qu’avec des pistes cyclables protégées et une planification urbaine adaptée, les vélos électriques deviennent un complément naturel à la mobilité. Copenhague compte plus de 400 kilomètres de pistes cyclables dédiées, et les accidents impliquant des vélos électriques y restent marginaux.

La France rattrape progressivement son retard avec le plan vélo gouvernemental qui prévoit 350 millions d’euros d’investissement. Les métropoles comme Lyon, Strasbourg ou Bordeaux multiplient les aménagements cyclables sécurisés. Cette infrastructure dédiée résout naturellement la plupart des conflits d’usage entre piétons, cyclistes et automobilistes.

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Ville européenneKm de pistes cyclablesPart modale du véloAccidents vélos électriques/an
Amsterdam50038%12
Copenhague40041%8
Paris20015%24
Lyon12012%6

Vers une approche équilibrée de la sécurité routière

Les vélos électriques ne constituent pas la menace. Ils représentent une solution. Ils offrent un des rares espoirs dans un système de transport étouffé par la pollution, les embouteillages et les tragédies quotidiennes. Ils rendent la mobilité moins chère, plus propre et plus accessible. Pourtant, nous les traitons comme une espèce envahissante parce qu’ils perturbent la domination automobile.

Il faut cesser de prétendre protéger le public d’une pseudo-urgence liée aux vélos électriques. La vraie urgence, c’est que nous avons accepté que les voitures tuent des gens comme prix à payer pour arriver au supermarché cinq minutes plus tôt. Oui, rendons l’usage du vélo électrique plus sûr. Éduquons les utilisateurs, construisons de meilleures infrastructures cyclables, appliquons équitablement le code de la route. Mais arrêtons de prétendre que les vélos électriques sont le problème quand ils ne sont qu’un symptôme d’un dysfonctionnement bien plus grave.

Si vous vous inquiétez vraiment des dangers de nos rues, ne cherchez pas l’adolescent sur son vélo électrique. Cherchez le conducteur derrière lui, son café à la main, qui roule à 30 km/h au-dessus de la vitesse autorisée. Voilà le vrai fléau.

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