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Volkswagen traverse peut-être la période la plus turbulente de son histoire. Selon un rapport publié par le magazine économique allemand Manager Magazin, le PDG Oliver Blume préparerait une restructuration d’une ampleur inédite pour le constructeur de Wolfsburg : jusqu’à 100 000 suppressions d’emplois dans le monde et la fermeture programmée de quatre usines en Allemagne. Des informations que Reuters et plusieurs autres médias internationaux ont depuis confirmées dans leurs grandes lignes, même si Volkswagen n’a, à ce jour, officiellement rien validé.
Pour comprendre l’ampleur de ce qui se joue, il faut replacer cette annonce dans le contexte d’une marque sous pression depuis plusieurs années. Ce n’est pas tant une surprise qu’un aveu : le modèle économique actuel du groupe ne tient plus la route pour l’ensemble de ses marques.
Selon le rapport de Manager Magazin, la production serait progressivement arrêtée dans quatre sites industriels majeurs une fois les programmes de véhicules en cours achevés. Les usines visées sont les suivantes :
Ce qui frappe immédiatement, c’est que deux des sites concernés — Zwickau et Emden — sont directement au cœur de la stratégie électrique de Volkswagen. Zwickau est notamment l’usine emblématique dédiée à la production de véhicules électriques, reconvertie à grands frais depuis 2019. La fermeture éventuelle de ces sites ne signifierait pas pour autant un abandon de l’électrique, mais plutôt une consolidation de la production sur un nombre réduit de sites, dans une logique de rentabilité à tout prix.
Ce qui distingue ce nouveau plan des mesures déjà annoncées par Volkswagen, c’est son ampleur. Le groupe avait déjà acté la suppression d’environ 35 000 à 50 000 postes d’ici 2030 dans le cadre d’un accord signé avec les syndicats fin 2024. Cet accord prévoyait explicitement l’absence de fermetures d’usines en Allemagne durant cette décennie. Si le plan décrit par Manager Magazin se concrétise, il viendrait donc remettre en cause des engagements pris il y a moins de deux ans, ce qui promet des négociations sociales particulièrement tendues avec les syndicats allemands, historiquement très puissants au sein du groupe.
Le plan inclurait également une réduction de l’enveloppe d’investissement sur cinq ans d’environ 15 %, ramenant le budget prévu à un peu plus de 130 milliards d’euros. Le groupe réfléchirait par ailleurs à une séparation juridique de la marque Volkswagen passenger cars et de sa branche pièces détachées en entités autonomes, une restructuration organisationnelle qui, si elle aboutit, changerait profondément la gouvernance du groupe.
Les raisons de cette crise sont multiples et se sont accumulées sur plusieurs années. Le cours de l’action Volkswagen a perdu près de 60 % de sa valeur depuis qu’Oliver Blume a pris les rênes du groupe il y a presque quatre ans. Ce chiffre dit beaucoup sur la défiance des investisseurs. La transition vers l’électrique a coûté très cher, sans que les volumes de ventes suivent les ambitions initiales. La montée en puissance fulgurante des constructeurs chinois — qui pratiquent des prix agressifs sur le segment électrique — a rogné les marges sur les marchés européen et mondial. À cela s’ajoutent les effets des droits de douane dans des marchés clés comme les États-Unis et la Chine, qui compliquent encore davantage l’équation financière.
Un porte-parole de Volkswagen a déclaré au Manager Magazin : « Les faits pertinents seront discutés et approuvés par les instances compétentes. Nous n’anticipons pas ce processus. Le conseil d’administration du groupe a à plusieurs reprises souligné que notre modèle économique actuel ne fonctionne plus pour toutes les marques sous sa forme actuelle. » Une formulation qui, sans confirmer les chiffres avancés, ne les dément pas non plus.
Pour les acheteurs et les observateurs du marché automobile, la question centrale est de savoir si cette restructuration fragilise la feuille de route électrique de Volkswagen. À court terme, les modèles comme l’ID.4, l’ID.7 ou la future ID.2 ne semblent pas remis en cause dans leur commercialisation. La production serait simplement rationalisée sur un nombre de sites plus restreint, avec des économies d’échelle à la clé.
Sur le fond, Volkswagen se retrouve dans une position que d’autres constructeurs traditionnels connaissent bien : celui d’un géant qui a massivement investi dans l’électrique sans encore en récolter les fruits commerciaux escomptés, coincé entre des coûts de production élevés en Europe et une concurrence low-cost venue d’Asie. Le conseil de surveillance du groupe devrait examiner ces propositions dans les prochaines semaines. D’ici là, rien n’est acté, mais les syndicats, les élus locaux et les 300 000 salariés du groupe en Allemagne suivent l’évolution de la situation avec une attention toute particulière.
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