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Xiaomi accusé de plagiat pour sa voiture électrique

Michael Ptaszek

La marque chinoise Xiaomi fait parler d’elle depuis le lancement de sa première berline électrique, la SU7. Si vous suivez l’actualité automobile, vous avez probablement remarqué les débats autour de son design, souvent rapproché de celui de la Porsche Taycan. Xiaomi n’a d’ailleurs jamais caché cette influence. Mais voilà que le constructeur se retrouve aujourd’hui face à une action en justice inattendue. Le plaignant n’est ni Porsche ni un grand nom de l’industrie automobile mondiale. Il s’agit de Shandong Yanlu New Energy Vehicle, un fabricant chinois de voitures sans permis que peu de gens connaissent en dehors de son marché local.

Un procès pour violation de brevets sur le design

Shandong Yanlu New Energy Vehicle accuse Xiaomi de violation de trois brevets portant sur des éléments de design précis. Ces brevets concernent le dessin des boucliers avant et arrière ainsi que celui des phares. L’entreprise affirme détenir ces droits de propriété intellectuelle avant même que la SU7 ne soit commercialisée. La berline électrique de Xiaomi est pourtant devenue en peu de temps la voiture électrique la plus vendue en Chine, ce qui accentue l’enjeu financier de ce litige.

Le plaignant soutient que les ressemblances entre son modèle et la SU7 sont flagrantes. Les lignes des boucliers, l’architecture des optiques et plusieurs détails stylistiques seraient directement repris. Pour un observateur extérieur, cette affaire peut sembler surprenante. Comment un petit fabricant de quadricycles électriques peut-il prétendre qu’un géant technologique comme Xiaomi a copié ses designs ? La réponse se trouve dans les dates de dépôt des brevets et dans l’antériorité juridique que revendique Shandong Yanlu.

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Les constructeurs chinois et les accusations de plagiat

Le secteur automobile chinois n’en est pas à sa première polémique de ce genre. Malgré des progrès dans l’originalité du style et une montée en gamme indéniable, certaines marques chinoises continuent d’être pointées du doigt pour des similitudes trop évidentes avec des modèles étrangers. La Porsche Taycan et le Range Rover figurent parmi les véhicules les plus copiés ces dernières années. Xiaomi a justement été comparé à Porsche dès la présentation de la SU7, sans que le constructeur allemand ne réagisse officiellement.

Xpeng, un autre acteur chinois de la mobilité électrique, a également lancé récemment un modèle dont l’esthétique rappelle fortement le Range Rover. Ces pratiques alimentent les débats sur la protection de la propriété intellectuelle dans l’industrie automobile. Si les grands constructeurs européens semblent tolérer ces inspirations, les petits acteurs locaux chinois sont apparemment moins patients.

Un dossier juridique complexe et des zones d’ombre

La défense de Xiaomi repose sur une contre-attaque juridique intéressante. Le constructeur conteste la validité même des brevets déposés par Shandong Yanlu. Selon Xiaomi, ces brevets seraient eux-mêmes largement inspirés par des designs existants de marques reconnues. Le dossier cite plusieurs exemples :

  • Des éléments de style empruntés à Porsche
  • Des lignes rappelant certains modèles de Nissan
  • Des détails provenant de Audi, Toyota ou encore Changan
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Cette stratégie juridique soulève une question fondamentale : peut-on breveter un design qui s’inspire lui-même d’autres créations ? Le secteur des quadricycles électriques en Chine est connu pour recourir massivement à la copie. Les petits fabricants reproduisent souvent des éléments visuels de voitures haut de gamme pour donner une image premium à leurs produits à bas prix. Shandong Yanlu n’échappe pas à cette tendance, ce qui affaiblit potentiellement sa position.

Des similitudes troublantes ou une stratégie marketing ?

Un élément du dossier intrigue particulièrement les observateurs. Après le lancement de la SU7, le fabricant de voitures sans permis a adopté pour ses propres véhicules une teinte bleue identique à celle utilisée par Xiaomi dans sa communication. Le dessin des feux arrière a également été modifié pour ressembler davantage à la berline électrique. Cette démarche pourrait être interprétée comme une tentative de profiter de la notoriété de la SU7 pour générer de l’intérêt autour de ses propres produits.

Plusieurs scénarios sont envisageables. Xiaomi a-t-il réellement copié un petit constructeur local ? Le design de la SU7 aurait-il pu fuiter avant son lancement officiel et être exploité par d’autres ? Ou bien Shandong Yanlu a-t-il déposé des brevets opportunistes en anticipant les tendances stylistiques du marché ? Les tribunaux chinois devront démêler cet écheveau pour rendre leur verdict.

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L’impact sur l’image de Xiaomi

Cette affaire juridique arrive à un moment charnière pour Xiaomi. La marque cherche à s’imposer comme un acteur crédible sur le marché automobile, après avoir dominé le secteur des smartphones pendant des années. La SU7 représente un investissement considérable et un pari stratégique pour diversifier les activités du groupe. Une condamnation pour plagiat, même face à un petit concurrent, pourrait ternir l’image d’innovation que Xiaomi souhaite véhiculer.

Le constructeur mise sur la technologie de batterie avancée, l’autonomie et les performances pour séduire les acheteurs chinois. Les chiffres de vente démontrent que la stratégie fonctionne. La SU7 s’écoule en grandes quantités et les délais de livraison s’allongent. Mais dans un marché aussi concurrentiel que celui des véhicules électriques en Chine, la réputation compte autant que les caractéristiques techniques. Xiaomi devra gérer cette crise juridique avec soin pour ne pas compromettre son avenir dans l’automobile.

Le procès n’en est qu’à ses débuts et les arguments des deux parties devront être examinés en profondeur. Quelle que soit l’issue, cette affaire illustre les tensions qui traversent l’industrie automobile chinoise, partagée entre une volonté d’affirmation créative et des pratiques parfois discutables en matière de propriété intellectuelle. Pour Xiaomi, l’enjeu dépasse le simple aspect financier : il s’agit de prouver que sa première voiture est bien le fruit d’un travail de conception original, et non une copie opportuniste.

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