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La plus grande batterie à flux de vanadium d’Europe vient d’être installée : mais qu’est-ce que c’est ?

Michael Ptaszek

Quand on parle de stockage d’énergie à grande échelle, les batteries lithium-ion monopolisent souvent la conversation. Pourtant, une technologie plus discrète mais tout aussi sérieuse est en train de s’imposer sur le vieux continent : la batterie à flux de vanadium. Et c’est au Royaume-Uni que vient de se concrétiser la plus grande installation de ce type en Europe, portée par la société Invinity Energy Systems, cotée à la Bourse de Londres.

Le projet Copwood : 20,7 MWh de stockage à flux de vanadium dans l’East Sussex

Invinity Energy Systems a livré 20,7 mégawattheures de batteries à flux de vanadium sur le site baptisé Copwood VFB Energy Hub, situé dans le comté d’East Sussex, en Angleterre. Le déploiement porte sur 90 batteries à flux de vanadium couplées à un parc solaire de 3 mégawatts. La mise en service est attendue dans le courant de l’année 2026, et une fois opérationnel, le site revendiquera le titre de la plus grande installation de ce type sur le sol européen.

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Le principe est simple dans sa logique : les panneaux solaires produisent de l’électricité en journée, souvent en quantité supérieure à la demande immédiate. Les batteries stockent cet excédent, puis le restituent au réseau le soir, la nuit, ou lors des pics de consommation. Invinity indique que le système est capable de couvrir les besoins électriques journaliers d’environ 3 000 foyers. Ce n’est pas anodin dans un contexte où la gestion des pointes de consommation représente un véritable casse-tête pour les gestionnaires de réseau.

Ce qui distingue concrètement les batteries à flux de vanadium

La technologie à flux de vanadium repose sur l’utilisation d’ions de vanadium en solution dans un électrolyte liquide. L’énergie est stockée dans cet électrolyte, que l’on fait circuler à travers une cellule électrochimique pour produire ou absorber du courant. Contrairement aux batteries lithium-ion classiques, les batteries à flux de vanadium sont dimensionnées pour des durées de décharge longues, typiquement de plusieurs heures. C’est précisément ce que l’on appelle le “décalage énergétique” ou energy shifting : valoriser l’électricité renouvelable bon marché produite en journée pour la revendre ou la réinjecter aux heures où les prix sont plus élevés.

Cette technologie présente un profil technique spécifique, avec des avantages et des contraintes bien réels :

  • Zéro risque d’incendie : l’électrolyte est à base d’eau, ce qui élimine les risques thermiques associés aux batteries lithium-ion, un argument de plus en plus décisif lors des procédures d’autorisation de projets à grande échelle.
  • Durée de vie exceptionnelle : conçues pour des cycles intensifs sur plusieurs décennies, ces batteries sont particulièrement adaptées aux infrastructures de réseau destinées à fonctionner sur le long terme.
  • Faible densité énergétique : en contrepartie, elles nécessitent des volumes et des emprises au sol importants, ce qui les oriente naturellement vers des installations fixes de grande taille plutôt que vers des applications mobiles.
  • Électrolyte réutilisable : le vanadium contenu dans la solution peut être récupéré et reconditionné en fin de vie, ce qui leur confère un avantage non négligeable en termes d’impact environnemental sur l’ensemble du cycle de vie.
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Un contexte britannique favorable au stockage longue durée

Le projet Copwood arrive à un moment charnière pour le secteur du stockage d’énergie au Royaume-Uni. Le régulateur de l’énergie britannique, Ofgem, doit prochainement rendre ses décisions dans le cadre du dispositif dit “Cap and Floor”, un mécanisme de soutien conçu pour encourager l’investissement dans des projets de stockage de grande capacité en garantissant une fourchette de revenus aux opérateurs. Invinity indique que sa technologie à flux de vanadium a déjà été retenue dans plusieurs dossiers de candidature soumis à ce programme.

Le financement du projet Copwood illustre d’ailleurs l’implication directe des pouvoirs publics : le site a bénéficié de fonds issus du programme de démonstration pour le stockage d’énergie longue durée, piloté par le Department for Energy Security and Net Zero, ainsi que d’un investissement du National Wealth Fund britannique, qui est actionnaire d’Invinity. Cette combinaison de soutien public et privé témoigne de la maturité grandissante du secteur.

Une fabrication ancrée en Écosse, avec des ambitions industrielles à la clé

Invinity assemble ses batteries dans ses usines de Motherwell et Bathgate, en Écosse, où sont également conduits la recherche et développement, le développement produit et le support client. La société estime qu’un déploiement plus large de sa technologie à l’échelle nationale pourrait soutenir jusqu’à 1 000 emplois dans le secteur industriel britannique, à mesure que les capacités de production sont étendues.

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Jonathan Marren, directeur général d’Invinity Energy Systems, résume la philosophie du projet sans détour : “Si nous voulons vraiment construire un système électrique dominé par les énergies renouvelables, nous devons cesser de gaspiller l’énergie que nous produisons avec tant d’efforts. Le stockage longue durée est le chaînon manquant qui transforme l’éolien et le solaire intermittents en une puissance fiable et disponible à la demande.” Une formulation directe qui dit bien où se situe l’enjeu réel : non pas produire plus d’électricité verte, mais ne plus en perdre faute de pouvoir la stocker suffisamment longtemps.

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