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Les batteries au sodium de CATL sont déjà là en 2026

Michael Ptaszek

Annoncée depuis plusieurs années comme une alternative sérieuse au lithium, la batterie sodium-ion de CATL passe enfin du stade expérimental à la production industrielle. Lors du Equipment Powerhouse Forum 2026 le 30 mai, Wu Kai, le scientifique en chef de CATL, a officialisé la résolution des derniers obstacles techniques qui bloquaient le passage en grande série : contrôle de l’humidité, dégazage du carbone dur, adhérence de l’aluminium et formation des anodes. Ce n’est pas une révolution annoncée, mais une étape industrielle concrète que l’on attendait depuis un moment.

Pourquoi CATL mise sur le sodium plutôt que sur le lithium

La logique derrière ce choix est d’abord économique et stratégique. Le sodium est extrait du sel de table, disponible en quantités pratiquement illimitées sur toute la planète, contrairement au lithium, au cobalt ou au nickel dont les chaînes d’approvisionnement sont soumises à des tensions géopolitiques récurrentes. Ces dernières années, la volatilité des prix du lithium a mis plus d’un constructeur et équipementier dans une position inconfortable, avec des coûts de cellules difficiles à planifier sur le long terme.

Pour CATL, développer une filière sodium-ion, c’est se doter d’une ligne de production structurellement moins dépendante de ces aléas. Les segments visés en priorité sont les véhicules d’entrée de gamme, les utilitaires légers et surtout le stockage stationnaire d’énergie. D’ailleurs, le contrat signé en avril 2026 avec HyperStrong est parlant : 60 GWh sur trois ans, présentés comme la plus grande commande mondiale en sodium-ion à ce jour — et ces volumes sont entièrement destinés au stockage fixe, pas à des voitures.

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Les avantages réels des batteries sodium-ion face au lithium

La technologie sodium-ion présente plusieurs caractéristiques concrètes qui la distinguent des chimies lithium classiques, et pas seulement sur le plan du coût :

  • Meilleure tolérance au froid : les pertes d’autonomie en hiver sont moins prononcées que sur les batteries LFP ou NMC, ce qui représente un avantage réel dans les pays à climat froid.
  • Décharge complète sans dégradation : contrairement aux cellules lithium, une batterie sodium-ion peut être amenée à zéro % de charge sans risque pour l’intégrité des cellules, ce qui simplifie la logistique et le transport.
  • Durabilité des cycles : dans certaines configurations, la résistance aux cycles de charge-décharge répétés est supérieure à celle observée sur des chimies lithium comparables.
  • Coût de fabrication structurellement plus bas : l’absence de lithium, de cobalt et de nickel dans la formulation allège considérablement la facture des matières premières.

Ces atouts font du sodium-ion un candidat logique pour les segments de volume, là où le prix au kWh compte plus que la densité énergétique maximale. C’est exactement le positionnement que CATL assume pleinement dans ses communications.

Les limites techniques qui freinent encore son déploiement

La densité énergétique reste le point faible de la technologie. Aujourd’hui, les batteries sodium-ion affichent une densité inférieure d’environ 10 à 20 % à celle des batteries LFP, selon les configurations. En pratique, cela signifie qu’à autonomie équivalente, un pack sodium sera plus lourd ou plus encombrant qu’un pack lithium-fer-phosphate. Pour des véhicules familiaux visant plus de 500 km d’autonomie, la technologie n’est pas encore au niveau requis sans compromis notables sur le poids ou le volume du bloc.

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La maturité industrielle de la filière est aussi un facteur limitant. Les fournisseurs de matériaux spécifiques, les procédés de recyclage et les chaînes de production dédiées sont encore en cours de structuration, là où le lithium bénéficie de plus de vingt ans d’optimisation continue. L’objectif de 600 km d’autonomie en sodium-ion, régulièrement évoqué dans les communications de CATL, correspond à des configurations haute densité encore en développement, pas aux premières versions qui entreront en production cette année.

La Changan Nevo A06 : premier test grandeur nature sur route

Pour valider sa chaîne industrielle avant de la déployer à grande échelle, CATL s’appuie sur un partenariat concret avec Changan. La Changan Nevo A06, dévoilée en février 2026, est présentée comme la première berline grand public équipée d’une batterie sodium-ion en série, avec une commercialisation annoncée à la mi-2026 en Chine. Ce n’est pas un concept ou un prototype de salon : c’est un véhicule de série destiné à un marché de masse, ce qui fait de lui un banc d’essai industriel grandeur nature.

Si ce galop d’essai se passe comme prévu, CATL a déjà identifié d’autres marques pour étendre l’utilisation de ses cellules sodium-ion : AVATR, Deepal, Qiyuan et UNI sont dans la boucle. En parallèle, les ingénieurs du groupe travaillent également sur le lithium-air, une technologie à plus long terme qui utilise le lithium métallique comme électrode négative et l’oxygène de l’air comme réactif positif. La densité énergétique théorique est bien supérieure aux systèmes actuels, mais on reste sur une perspective de recherche, pas de production imminente.

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La position dominante de CATL et ses investissements dans le sodium

Pour comprendre comment CATL peut se permettre d’investir simultanément dans plusieurs technologies encore immatures, il faut regarder ses chiffres de production actuels. En avril 2026 en Chine seulement, le groupe a livré 29 GWh de batteries pour véhicules électriques en un seul mois, représentant près de 47 % du marché national chinois. C’est une position qui lui donne une capacité d’investissement que ses concurrents directs n’ont tout simplement pas.

Concrètement, CATL a engagé 5 milliards de yuans (environ 735 millions de dollars) pour ajouter 40 GWh de capacité annuelle dédiée au sodium-ion sur son site de Fuding, dont la capacité totale doit atteindre 149 GWh à terme. Le sodium-ion ne remplace pas le LFP ou le NMC dans sa gamme : il s’y ajoute comme une ligne de production supplémentaire, positionnée sur des segments de prix où le lithium peine à être compétitif. C’est une stratégie de portefeuille, pas un pari tout ou rien sur une seule chimie.

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