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Les chiffres de mai 2026 viennent de tomber, et ils marquent un tournant que beaucoup attendaient sans trop savoir quand il arriverait vraiment : pour la première fois en France, les véhicules 100 % électriques se sont imposés comme la motorisation numéro un dans les flottes d’entreprise, devançant le diesel, les hybrides et l’essence sur un mois complet. Ce n’est pas un effet d’annonce ou un artefact statistique. C’est une réalité de marché, chiffrée et documentée, qui traduit une transformation profonde des usages professionnels.
Selon les données communiquées par Arval Mobility, 16 255 véhicules électriques ont été immatriculés en mai 2026 chez les professionnels, toutes catégories confondues (VP et VUL). C’est une progression de +120,98 % par rapport à mai 2025, un bond considérable qui ne doit rien au hasard. En termes de parts de marché, l’électrique atteint désormais 32,51 % de l’ensemble des immatriculations professionnelles, et même plus de 42 % sur le seul segment des voitures particulières. Des niveaux qui auraient semblé utopiques il y a encore trois ans.
Ce qui rend cette performance encore plus parlante, c’est le contexte dans lequel elle s’inscrit. Le marché des flottes d’entreprise est globalement en recul : seulement 50 003 immatriculations enregistrées en mai, soit -2,6 % sur un an. Le segment des utilitaires légers accuse une baisse encore plus marquée à -7,98 %, contre -1,08 % pour les VP. Dans un marché qui se contracte, l’électrique progresse seul. C’est là que réside toute la singularité de ce mois de mai.
Pendant que l’électrique s’envole, les motorisations thermiques et hybrides s’effacent progressivement. Les chiffres sont sans équivoque :
Le tableau d’ensemble est limpide : le diesel reste encore le deuxième choix en volume avec 14 269 unités, mais l’écart avec l’électrique se creuse désormais en faveur de ce dernier. L’essence, quant à elle, est en quasi-déroute dans les flottes professionnelles françaises. Et la tendance ne semble pas conjoncturelle : sur les cinq premiers mois de l’année, la part cumulée de l’électrique atteint 29,59 %, quasiment au même niveau que les hybrides (30 %) et le diesel (30,58 %). Le rééquilibrage est amorcé, et il se fait à grande vitesse.
| Énergie | Mai 2026 – Part de marché (VP + VUL) | Cumul janvier-mai 2026 (VP + VUL) |
|---|---|---|
| 100 % électrique | 32,51 % | 29,59 % |
| Diesel | 28,54 % | 30,58 % |
| Hybrides total | 28,86 % | 30,00 % |
| Micro-hybrides | 10,89 % | 12,32 % |
| Hybrides simples | 12,84 % | 12,71 % |
| Hybrides rechargeables | 5,12 % | 4,97 % |
| Essence | 9,75 % | 9,24 % |
Si vous vous demandez pourquoi les entreprises françaises se tournent si massivement vers l’électrique alors que le marché global recule, la réponse tient en grande partie à la réglementation et à la fiscalité. Le cadre légal joue un rôle structurant que l’on ne peut pas ignorer. La loi LOM (Loi d’Orientation des Mobilités) impose un durcissement progressif des obligations d’électrification des flottes des entreprises, avec des seuils de plus en plus contraignants d’année en année. À cela s’ajoutent les nouvelles règles de calcul de l’avantage en nature pour les véhicules de fonction, la taxe annuelle sur les émissions de CO₂ qui pèse lourd sur les véhicules thermiques, et les aides issues des Certificats d’Économies d’Énergie (CEE), récemment renforcées.
Ce millefeuille de mesures incitatives et contraignantes produit un effet combiné très concret : le coût total de possession (TCO) d’un véhicule électrique devient de plus en plus compétitif face au diesel ou à l’hybride rechargeable, surtout lorsqu’on intègre les économies sur la fiscalité. Et ce mécanisme devrait encore s’amplifier dans les prochains mois, notamment sur le segment des utilitaires légers électriques, où les nouvelles primes CEE modifient sensiblement les calculs financiers des gestionnaires de flotte. Un levier que les constructeurs, qui proposent désormais une gamme de VUL électriques bien plus étoffée qu’en 2024, ont parfaitement compris.
Le léger recul global des immatriculations professionnelles en mai s’explique en partie par des raisons calendaires — deux jours ouvrés de moins que l’année précédente — mais aussi par un attentisme persistant des entreprises dans un environnement économique qui reste incertain. Des décisions d’investissement qui se décalent, des appels d’offres qui prennent plus de temps : ce type de phénomène est classique en période de tension économique et ne remet pas en cause la direction prise.
Ce qui est frappant, c’est précisément que malgré cet attentisme général, les commandes de voitures électriques n’ont pas ralenti. Cela indique que le choix de l’électrification n’est plus perçu comme un pari risqué par les décideurs de flotte, mais bien comme une évidence opérationnelle et financière. La diversification de l’offre y contribue fortement : les professionnels disposent aujourd’hui d’un catalogue bien plus large, des petits utilitaires aux berlines de représentation, ce qui facilite la prise de décision. Reste à voir si juin et les mois suivants consolideront cette position dominante de l’électrique — mais pour l’instant, tous les indicateurs pointent dans la même direction.
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