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Tesla Model 3 Plaid : c’est possible, mais à quelques conditions

Philippe Moureau

Depuis que Tesla a discrètement mis fin à la commercialisation des Model S et Model X, une question revient régulièrement dans les forums et les discussions d’amateurs de voitures électriques : que va devenir la technologie Plaid ? La motorisation tri-moteur qui propulsait la berline de luxe de Tesla en moins de 2 secondes de 0 à 100 km/h n’a pas disparu, elle attend simplement sa prochaine application. Et si cette application était une Model 3 ? Lars Moravy, vice-président de l’ingénierie véhicule chez Tesla, a récemment apporté quelques éléments de réponse, sans vraiment trancher.

Ce que le patron de l’ingénierie Tesla dit vraiment sur une Model 3 Plaid

Lors d’une apparition sur le podcast Ride The Lightning, Lars Moravy a déclaré penser à une Model 3 à motorisation tri-moteur “tout le temps”. Ce qui retient l’attention ici, c’est que Moravy n’est pas un responsable marketing. En tant que vice-président de l’ingénierie, il est l’une des rares personnes chez Tesla à pouvoir parler avec crédibilité de ce qu’on envisage réellement en interne, et pas uniquement pour faire plaisir à un animateur de podcast.

Ses propos vont d’ailleurs assez loin dans le détail technique : il évoque les rotors à manchon en fibre de carbone et les moteurs à aimants permanents, une référence directe aux groupes motopropulseurs Plaid. Ce type de rotor, enroulé dans une gaine de fibre de carbone à haute tension, permet d’atteindre des régimes moteur exceptionnellement élevés, ce qui est précisément ce qui confère à la technologie Plaid ses performances hors norme. Ce n’est pas le genre de détail qu’on balance sans y avoir réfléchi.

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Pourquoi le Roadster passe en priorité absolue

Moravy prend soin de recadrer rapidement la discussion vers le Roadster, qu’il décrit comme le premier véhicule Tesla pensé pour intégrer une motorisation 100 % orientée performance, sans compromis d’efficience ou d’usage quotidien. Selon lui, c’est là que les moteurs les plus avancés et les plus puissants de Tesla ont vocation à atterrir en premier. Le Roadster représente en quelque sorte le terrain d’essai idéal pour pousser la technologie Plaid dans ses derniers retranchements.

Il faut rappeler le contexte historique : Moravy révèle que la motorisation Plaid avait été développée à l’origine pour le prototype de Roadster de 2017, avant d’être redirigée vers la Model S après que Porsche ait établi un temps de référence au Nürburgring avec la Taycan. C’est cet enchaînement qui a conduit à la naissance de la Model S Plaid, et non une stratégie initialement planifiée pour la berline de luxe. Autrement dit, le Plaid a toujours été pensé pour quelque chose de plus radical que ce qu’il a finalement équipé.

Les défis concrets d’une Model 3 aux performances Plaid

Une Model 3 Plaid ne consisterait pas simplement à ajouter un troisième moteur sur la plateforme existante. Moravy lui-même parle d’un calcul “travail contre récompense” : est-ce que l’investissement en ingénierie et en coûts de développement est justifié ? Cette formulation dit beaucoup sur l’état d’esprit actuel chez Tesla. La faisabilité technique n’est pas le problème principal, c’est la pertinence commerciale qui reste à démontrer.

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Les freins — au sens littéral — sont un bon exemple des adaptations nécessaires. Moravy évoque lui-même les premiers tests de la Model S Plaid, où un prototype a vu ses freins céramique carbone prendre feu après un seul tour de circuit suivi d’un freinage appuyé. La Model S Plaid est d’ailleurs arrivée sur le marché sans freins carbone-céramique, une lacune vite exposée par les premiers utilisateurs en piste. Tesla a finalement proposé un kit freinage amélioré pour la Model S Plaid, incluant des freins céramique carbone facturés 20 000 dollars, ce qui donnait une indication claire de l’ampleur des adaptations nécessaires.

Une Model 3 Plaid bénéficierait d’un avantage non négligeable : elle serait considérablement plus légère que la berline de luxe, ce qui réduit mécaniquement les contraintes sur le système de freinage. Voici ce qu’implique concrètement un tel programme de développement :

  • Refonte complète du système de freinage : disques plus grands, étriers renforcés, potentiellement des freins carbone-céramique en option
  • Gestion thermique repensée : la dissipation de chaleur générée par trois moteurs en usage intensif nécessite un circuit de refroidissement bien plus dimensionné
  • Renforcement structurel : la caisse et les trains roulants doivent être adaptés à des niveaux de couple et d’accélération sans commune mesure avec la version Performance actuelle
  • Homologation et validation : des milliers de kilomètres de tests supplémentaires, un coût en temps et en ressources humaines difficile à ignorer

La Model 3 Performance actuelle : déjà un très bon niveau de base

Pour contextualiser l’écart entre ce qui existe et ce qu’une version Plaid représenterait, il convient de s’arrêter sur les chiffres de la Model 3 Performance actuelle. Cette version annonce un 0 à 100 km/h en environ 3,1 secondes, ce qui la place déjà parmi les berlines les plus rapides du segment. La version européenne, légèrement moins puissante, affiche un chrono comparable. C’est rapide. Très rapide, même.

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Mais la Model S Plaid, elle, abattait le 0 à 100 km/h en moins de 2,2 secondes — un registre d’accélération qui reste encore aujourd’hui quasiment imbattable, y compris face à des hypercars récentes. Pour la petite anecdote, la Model S Plaid s’est révélée plus rapide que la nouvelle Ferrari Luce à quatre moteurs, dont le tarif dépasse les 600 000 dollars. Transposer ce niveau de performance dans une plateforme plus compacte et plus légère comme la Model 3 aurait de quoi faire réfléchir plus d’un constructeur.

Model 3 Plaid, Model Y Plaid : une demande réelle, une décision suspendue

Si Moravy reconnaît que l’idée le tente sur le plan de l’ingénierie, il reste mesuré sur la probabilité d’une mise en production. Tesla dispose du badge, des moteurs et d’une plateforme qui s’y prêterait bien, mais les priorités de l’entreprise pointent ailleurs pour l’instant. Le Roadster concentre les ressources les plus avancées, et relancer une gamme Plaid demande un investissement que Tesla n’a pas encore signalé vouloir consentir à court terme.

L’intérêt potentiel ne se limite pas à la Model 3. Une Model Y Plaid ferait probablement saliver un public encore plus large, compte tenu du volume de ventes du SUV compact. Mais là encore, rien n’indique qu’un tel projet soit en cours de finalisation. Ce que les propos de Moravy nous apprennent surtout, c’est que ces réflexions existent bien au sein de Tesla — elles ne sont pas le fruit de spéculations externes — mais que le chemin entre “y penser tout le temps” et lancer une production en série reste long et semé de décisions qui ne sont pas que techniques.

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