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Nissan abandonne un autre modèle électrique : un choix risqué ou raisonné ?

Michael Ptaszek

Le Qashqai est la voiture la plus vendue de Nissan en Europe. En 2025, il représentait plus de 147 200 unités écoulées, soit environ 42 % des ventes totales de la marque sur le continent. Autant dire que ce SUV compact est le pilier commercial sur lequel repose une bonne partie de la stratégie européenne du constructeur japonais. Or, selon des informations rapportées par Reuters en juin 2026, citant six sources proches du dossier, Nissan aurait discrètement mis fin au développement d’une version 100 % électrique du Qashqai, et ce dès le début de l’année 2025. Voici ce que cela signifie concrètement pour vous, que vous soyez acheteur potentiel ou simplement curieux de comprendre où va l’industrie automobile.

Un projet enterré discrètement, malgré les annonces de 2023

En 2023, Nissan avait annoncé en grande pompe que trois nouveaux véhicules électriques seraient assemblés dans son usine de Sunderland, au Royaume-Uni : le nouveau LEAF, la version électrique du Juke, et donc le Qashqai électrique. Trois ans plus tard, le tableau est nettement moins reluisant. Le nouveau LEAF a bien démarré sa production à Sunderland en décembre 2025, et le Juke électrique a été confirmé pour une commercialisation au printemps 2027. Mais le Qashqai électrique, lui, ne verra pas le jour dans un avenir proche.

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Contacté par Reuters, Nissan n’a ni confirmé ni infirmé l’arrêt du programme, se contentant d’indiquer que la marque restait engagée dans le développement de son offre “électrifiée”, hybrides inclus. La nuance est de taille : “électrifié” ne veut pas dire “électrique”. Derrière cette formulation volontairement floue se cache un virage stratégique assumé vers les motorisations hybrides, au détriment du tout-électrique. Si le programme Qashqai EV devait un jour reprendre, deux sources citées par Reuters estiment que cela n’interviendrait pas avant 2030.

La pression financière et la concurrence chinoise au cœur de la décision

Pour comprendre ce choix, il faut replacer Nissan dans son contexte actuel. Le constructeur traverse l’une des périodes les plus difficiles de son histoire récente. Son plan de redressement, baptisé “Re:Nissan”, prévoit la suppression de 20 000 postes, soit environ 15 % de ses effectifs mondiaux. Plusieurs usines ferment leurs portes, et un projet d’usine de batteries au Japon a été purement et simplement abandonné. Aux États-Unis, Nissan a également renoncé à produire deux nouveaux SUV électriques dans son usine de Canton, dans le Mississippi, pour se concentrer sur les hybrides.

Face à des marques chinoises comme BYD, qui proposent des véhicules électriques compétitifs à des prix que les constructeurs historiques peinent à égaler, Nissan choisit de freiner ses investissements dans l’électrique plutôt que de risquer de lancer un produit dont les marges seraient trop compressées. La marque évoque une “volatilité significative” de la demande en voitures électriques en Europe pour justifier une stratégie désormais qualifiée d'”équilibrée”.

  • Suppression de 20 000 emplois dans le cadre du plan Re:Nissan
  • Abandon du projet d’usine de batteries au Japon
  • Renoncement à deux SUV électriques prévus à Canton, Mississippi
  • Arrêt du développement du Qashqai électrique dès début 2025
  • Lancement du Juke EV maintenu pour le printemps 2027
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Ce que cela change pour les acheteurs européens

Si vous envisagiez de passer à l’électrique avec un Qashqai dans les prochaines années, il va falloir revoir vos plans. Le Qashqai continuera d’exister sous forme hybride et hybride rechargeable, mais une version entièrement électrique n’est clairement plus d’actualité. Pour un SUV familial compact avec la fiabilité d’une marque établie et un réseau de distribution solide, les alternatives ne manquent pas : le Volkswagen ID.4, le Renault Scenic E-Tech, ou encore certains modèles Kia et Hyundai occupent ce segment avec des offres matures et des autonomies qui ont nettement progressé.

Ce qui est notable dans la décision de Nissan, c’est qu’elle intervient dans un segment — les SUV compacts — qui est précisément l’un des plus disputés par les marques chinoises en Europe. Des modèles comme le BYD Atto 3 ou le Leapmotor C10 ciblent exactement ce créneau avec des prix agressifs et des dotations généreuses. En renonçant au Qashqai électrique, Nissan laisse de l’espace à ses concurrents dans une catégorie où il était pourtant leader.

L’usine de Sunderland, un avenir encore incertain

Derrière les décisions produit, il y a aussi une dimension industrielle et politique non négligeable. Nissan est actuellement en négociation avec le gouvernement britannique pour obtenir un soutien financier en faveur de son site de Sunderland. L’usine, qui emploie plusieurs milliers de personnes au nord-est de l’Angleterre, est au cœur des discussions depuis le Brexit, et son avenir à long terme dépend en partie des engagements que Nissan sera prêt à prendre — et de ceux que Londres sera disposé à financer.

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Le LEAF et le Juke électrique y seront bien produits, ce qui assure une certaine activité à court terme. Mais l’absence du Qashqai électrique dans la feuille de route pèse sur les perspectives de volume pour l’usine. Plus de détails sont attendus dans les prochains mois, à mesure que les négociations avancent.

En misant sur les hybrides comme solution transitoire, Nissan gagne du temps sur le plan budgétaire, mais prend le risque de se retrouver à contre-courant au moment où les réglementations européennes continueront de resserrer les contraintes sur les émissions. Les motorisations hybrides ne constituent pas une destination finale, et les constructeurs qui auront investi tôt dans des plateformes électriques solides seront mieux armés pour la suite. Pour Nissan, le compte à rebours est lancé.

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