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Ford s’associe à un constructeur chinois pour produire des SUV électriques en Europe

François Zhang-Ming

Ford traverse une période de repositionnement stratégique majeur sur le Vieux Continent. Face à une concurrence accrue, notamment celle des constructeurs chinois, et à des réglementations de plus en plus strictes sur les émissions, l’ovale bleu multiplie les alliances pour rester dans la course. Après un accord signé avec Renault — qui doit déboucher sur deux petits modèles électriques — c’est désormais avec le géant chinois Geely que Ford noue un partenariat de poids, centré sur son usine espagnole de Valence.

Une usine de Valence sous-exploitée qui reprend du service

L’usine Ford de Valence est emblématique, mais elle tourne depuis plusieurs années bien en deçà de ses capacités. Aujourd’hui, elle n’assemble plus qu’un seul modèle, le Ford Kuga, ce qui représente une situation économiquement difficile à tenir sur le long terme pour le constructeur américain. L’accord avec Geely vient changer la donne : deux SUV électriques de la marque chinoise seront produits sur ce même site, aux côtés de deux nouveaux modèles Ford.

Au total, quatre véhicules seront donc assemblés à Valence dans les prochaines années. Le Kuga poursuit sa carrière, mais il sera rejoint par un Ford Bronco spécialement développé pour le marché européen — un modèle très attendu sur le Vieux Continent — ainsi que par un nouveau crossover dont les contours restent encore flous. Cette montée en puissance du site espagnol répond à une logique industrielle claire : amortir les coûts fixes sur un plus grand volume de production, tout en préservant des emplois locaux.

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Geely contourne les surtaxes européennes sur les véhicules chinois

Du côté de Geely, l’intérêt de cet accord est tout aussi évident. Depuis l’instauration de droits de douane supplémentaires sur les véhicules électriques fabriqués en Chine, les constructeurs de l’Empire du Milieu cherchent activement des solutions pour assembler leurs modèles en Europe. En produisant ses SUV directement en Espagne, Geely échappe à ces surtaxes et peut, selon les marchés, prétendre à certaines aides à l’achat qui excluent explicitement les voitures assemblées hors du territoire européen. C’est notamment le cas en France, où le bonus écologique est conditionné à un score environnemental favorisant les véhicules produits à proximité.

Ford, de son côté, est clair dans son analyse du contexte. Dans son communiqué officiel, il décrit le marché européen comme « le théâtre d’une des batailles commerciales les plus féroces de l’industrie automobile mondiale », en pointant notamment le durcissement réglementaire, les coûts d’exploitation élevés et l’arrivée massive de nouveaux acteurs globaux. S’allier à un acteur chinois disposant de technologies de rupture sur le segment électrique, c’est aussi une manière pragmatique d’accéder à des savoir-faire que Ford ne maîtrise pas encore pleinement à cette échelle.

Le nouveau crossover Ford-Geely : une plateforme encore mystérieuse

C’est sans doute le point le plus intrigant de cet accord. Le nouveau crossover annoncé par Ford sera co-développé avec Geely, ce qui laisse ouverte la question de la plateforme technique retenue. Le Bronco pour l’Europe s’appuiera sur la base existante du Kuga, une architecture connue et maîtrisée. Pour le crossover, aucune information officielle n’a été communiquée à ce stade, ce qui alimente l’hypothèse d’une base technique d’origine chinoise.

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Ce modèle sera multi-énergies, avec des déclinaisons hybrides et entièrement électriques. Ford ne le confirme pas explicitement, mais le positionnement et le calendrier laissent penser que ce crossover est destiné à succéder au Kuga à terme. Les caractéristiques techniques précises — autonomie, capacité de batterie, puissance — ne sont pas encore communiquées, mais la co-conception avec Geely suggère que l’on pourrait retrouver des technologies issues de l’écosystème chinois, reconnu pour sa maîtrise des batteries et de l’électronique embarquée.

Calendrier et structure de la coentreprise

Voici ce que l’on sait sur le calendrier et la répartition du capital de cette coentreprise, sous réserve des approbations réglementaires attendues :

  • Premier semestre 2027 : lancement officiel des activités de la coentreprise
  • 2028 : début de l’assemblage des deux SUV électriques Geely à Valence, ainsi que du Ford Bronco destiné au marché européen
  • 2029 : arrivée prévue du nouveau crossover co-développé avec Geely
  • Répartition du capital : Ford détiendra 66 % de la coentreprise, Geely en détiendra 34 %

Cette structure majoritaire laisse à Ford le contrôle opérationnel de l’entité tout en permettant à Geely d’accéder au marché européen via un partenaire local établi. Pour les consommateurs européens, cela signifie concrètement que les prochains SUV Geely vendus sur leurs marchés seront bel et bien fabriqués en Europe, avec tout ce que cela implique en termes d’éligibilité aux aides à l’achat et de réduction de l’empreinte carbone liée au transport.

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Ce partenariat illustre une tendance de fond dans l’industrie automobile : les constructeurs traditionnels occidentaux, confrontés au retard accumulé sur la transition électrique, cherchent des solutions hybrides — dans tous les sens du terme — pour maintenir leur compétitivité. Ford ne réinvente pas le genre, mais il joue avec pragmatisme une carte qui pourrait s’avérer décisive pour l’avenir de ses activités en Europe.

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