Actu voiture électrique

Les batteries sont beaucoup moins chères, alors pourquoi les voitures ne le sont pas ?

Michael Ptaszek

Entre 2020 et 2025, le coût des batteries pour voitures électriques a chuté de 37 % en termes réels. Dans le même temps, le prix moyen affiché en concession pour un modèle électrique en Allemagne est passé de 37 000 à 53 000 euros. À première lecture, cela ressemble à une contradiction flagrante. Une étude menée par l’ICCT (International Council on Clean Transportation) sur plus de 100 000 véhicules commercialisés sur le marché allemand permet d’y voir plus clair — et les conclusions sont bien plus nuancées qu’elles n’y paraissent.

Des prix qui baissent vraiment, mais que les chiffres bruts masquent

L’Allemagne est le premier marché automobile d’Europe, et à ce titre, elle constitue un baromètre fiable de l’évolution du secteur sur le Vieux continent. Lorsqu’on regarde l’évolution du prix catalogue moyen d’une voiture électrique dans ce pays, la tendance semble défavorable au consommateur : +16 000 euros en cinq ans, c’est difficile à ignorer. Pourtant, cette moyenne est trompeuse, car elle ne compare pas des véhicules équivalents.

Le marché électrique allemand s’est profondément transformé dans sa composition. En 2020, les modèles compacts et accessibles dominaient encore l’offre. En 2025, 73 % des modèles électriques disponibles appartiennent aux segments intermédiaires et supérieurs — des voitures plus grandes, mieux équipées, plus puissantes et naturellement plus chères. En corrigeant ces biais de composition et en tenant compte de l’inflation, les chercheurs de l’ICCT arrivent à une réalité bien différente : à caractéristiques similaires, le prix réel d’une voiture électrique a reculé de 18 % en cinq ans. Sur la même période, les modèles thermiques, eux, ont vu leur prix grimper d’environ 2 % en termes réels.

A lire également :  Ventes mondiales de voitures électriques : l'Europe s'envole

La baisse du coût des batteries n’atterrit pas intégralement dans votre portefeuille

C’est là que réside le cœur du paradoxe. Le prix du kWh de batterie est passé de 165-185 euros en 2020 à 130-140 euros en 2025, soit une baisse nominale déjà significative. Une fois l’inflation intégrée au calcul, la réduction atteint 37 %. Pourquoi les automobilistes n’en ont-ils pas profité directement à la pompe — pardon, à la prise ?

La réponse tient à plusieurs choix stratégiques des constructeurs. Plutôt que de répercuter intégralement les économies réalisées sur les cellules, ils ont préféré réinvestir ces marges dans l’amélioration du produit lui-même. Résultat : l’autonomie moyenne des voitures électriques vendues en Allemagne a progressé d’environ un tiers sur la période, les batteries embarquées sont plus capacitives, et les plateformes techniques ont été largement financées par ces économies d’échelle. Une partie des gains a également servi à amortir les investissements massifs en recherche et développement que nécessitent les nouvelles architectures électriques.

  • Le coût des batteries représentait 22 % du prix total d’un véhicule électrique en 2020
  • Cette part est tombée à moins de 19 % en 2025, malgré des batteries plus grandes
  • L’autonomie moyenne a progressé d’environ un tiers sur la même période
  • Le coût par kWh est désormais estimé entre 130 et 140 euros, contre 165 à 185 euros cinq ans plus tôt
A lire également :  Les hybrides rechargeables polluent jusqu'à 5 fois plus qu'annoncé, une étude le prouve

Ce que cela signifie concrètement, c’est que vous payez aujourd’hui une voiture globalement plus performante pour un prix réel inférieur à celui d’un modèle comparable en 2020. Mais si vous cherchez simplement un véhicule électrique abordable pour vous déplacer au quotidien, la progression n’est pas aussi sensible qu’elle aurait pu l’être si les constructeurs avaient fait le choix inverse.

Une offre qui a explosé, mais pas là où vous en avez le plus besoin

L’autre grande transformation concerne la diversité du catalogue. En 2020, vous n’aviez que 38 modèles électriques à choisir sur le marché allemand. En 2025, ce chiffre atteint 159 références. Dans le même temps, le catalogue thermique s’est réduit, passant de 275 à 194 modèles. Le rééquilibrage est en marche, mais il ne se fait pas de manière uniforme selon les segments.

  • Segments intermédiaires et supérieurs : l’offre électrique est désormais presque aussi large que l’offre thermique
  • Petites voitures abordables : seulement 19 modèles électriques disponibles en 2025, contre 35 thermiques

C’est précisément dans ce segment du véhicule compact et économique que le fossé reste le plus visible. Les constructeurs européens peinent encore à proposer des modèles électriques sous 25 000 euros avec une autonomie satisfaisante, là où la concurrence chinoise commence à s’installer avec des arguments tarifaires difficiles à ignorer. La Dacia Spring ou la Citroën ë-C3 font figure d’exceptions dans un paysage dominé par des berlines et des SUV premium.

A lire également :  Mercedes bientôt interdit de vente aux États-Unis : mais pourquoi ?

Vers de nouvelles baisses de prix sur les voitures électriques ?

Les auteurs de l’étude estiment que la marge de progression reste réelle. À mesure que les technologies de batteries arrivent à maturité — qu’il s’agisse des cellules LFP, des architectures 800 volts ou des futures batteries semi-solides — les coûts de production devraient continuer de reculer. La question est de savoir si les constructeurs choisiront cette fois de répercuter davantage ces économies sur le prix de vente, ou s’ils continueront de les absorber dans des améliorations techniques.

Le contexte concurrentiel jouera probablement un rôle déterminant. Avec l’arrivée accélérée de modèles asiatiques sur le marché européen et des objectifs réglementaires CO₂ qui se durcissent d’ici 2030, la pression pour rendre les véhicules électriques accessibles au plus grand nombre devrait s’intensifier. Pour vous, automobiliste qui hésitez encore à franchir le pas, la trajectoire est clairement à la baisse — mais patience : le meilleur rapport qualité-prix n’est probablement pas encore arrivé en concession.

Réagissez à l'article
guest

1 Commentaire
Le plus ancien
Le plus récent Le plus populaire