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Deux fabricants chinois de poids lourds, SuperPanther et Sinotruk, assemblent désormais leurs camions électriques sur le sol européen, plus précisément dans les ateliers de Steyr Automotive en Autriche. Une démarche qui suit la logique déjà adoptée par des constructeurs automobiles comme Xpeng ou GAC, et qui témoigne d’une stratégie d’implantation de plus en plus structurée de la part des acteurs chinois sur le Vieux Continent.
Le nom SuperPanther ne vous dit peut-être rien, et pour cause : la marque n’a que quatre ans d’existence. Pourtant, cette jeune pousse spécialisée dans les poids lourds électriques a réussi à s’implanter en Europe en s’appuyant sur un réseau de sous-traitants industriels locaux, évitant ainsi les délais et les coûts liés à la construction de ses propres lignes de production. Sinotruk, qui est le plus grand fabricant de camions lourds de Chine, a effectué ce même choix dès mars 2025.
Ce modèle de fabrication dite SKD (semi-knocked-down) consiste à expédier des modules pré-assemblés depuis la Chine jusqu’en Autriche, où ils sont ensuite intégrés et finalisés avant livraison aux clients. C’est exactement la même logique qu’ont adoptée Xpeng et GAC l’an dernier via l’usine Magna Steyr — la même qui avait autrefois assemblé le Fisker Ocean et la Jaguar I-Pace. Steyr Automotive, partenaire de SuperPanther et Sinotruk, est un acteur spécialisé dans la transformation de véhicules, la peinture industrielle et la fabrication sous contrat. Sinotruk envisage d’ailleurs de recourir à la ligne de fabrication de cabines et à la cabine de peinture de Steyr à mesure que les volumes augmenteront.
Le modèle phare de SuperPanther en Europe s’appelle l’eTopas 600 — une référence à peine voilée au Mercedes-Benz eActros 600, son concurrent direct sur le segment des camions électriques longue distance. Et sur le papier, les chiffres sont loin d’être négligeables. Le véhicule embarque une batterie lithium fer phosphate de 621 kWh fournie par CATL, qui alimente deux moteurs électriques intégrés dans un essieu électrique unique.
La consommation moyenne relevée sur la flotte de test tourne autour de 0,95 kWh/km, ce qui placerait l’eTopas 600 légèrement en dessous du Tesla Semi en termes d’efficacité énergétique. Ce dernier est généralement mesuré entre 0,96 et 1,06 kWh/km dans des conditions réelles. Ce n’est pas un écart spectaculaire, mais sur des centaines de milliers de kilomètres parcourus par une flotte professionnelle, il peut représenter une économie substantielle.
Les premiers exemplaires de l’eTopas 600 assemblés en Autriche ont déjà été livrés à des clients comme DHL, Gress, Temmel et Lontex. Ce ne sont pas des acteurs anecdotiques : DHL, en particulier, est l’un des groupes logistiques les plus influents d’Europe, avec des engagements forts en matière de réduction de ses émissions de CO₂. Que ce géant de la livraison se tourne vers un fabricant aussi récent que SuperPanther en dit long sur le niveau de maturité technique que ce dernier doit démontrer pour être référencé.
Pour un transporteur professionnel, les critères de sélection d’un poids lourd électrique sont stricts : autonomie prévisible sur les itinéraires habituels, temps d’immobilisation réduit lors des recharges, disponibilité des pièces et du service après-vente. Sur ce dernier point, assembler localement en Europe est un argument non négligeable : la chaîne logistique est plus courte, les délais de traitement des commandes de pièces sont potentiellement réduits, et la traçabilité du véhicule s’en trouve simplifiée.
Le marché européen des poids lourds à zéro émission est encore en phase de structuration, mais la réglementation européenne — notamment les objectifs contraignants sur les émissions de CO₂ des véhicules utilitaires lourds — pousse les transporteurs à anticiper leur transition. Les acteurs historiques comme Volvo Trucks, Daimler Truck ou Traton avancent sur leurs propres programmes électriques, mais les délais de développement sont longs et les prix élevés.
C’est précisément dans cet espace que des marques chinoises comme SuperPanther ou Sinotruk cherchent à s’insérer, en proposant des produits avec une fiche technique compétitive et une mise sur le marché rapide grâce à des partenariats industriels déjà opérationnels. Le recours à Steyr Automotive leur permet de s’affranchir des années nécessaires à la construction d’une usine propre, tout en répondant aux exigences réglementaires liées à la fabrication locale — un point de plus en plus scruté dans le contexte des discussions européennes sur les droits de douane applicables aux véhicules fabriqués en Chine.
La question qui se pose pour les prochaines années est simple : ces marques parviendront-elles à construire un réseau de service après-vente et une image de fiabilité suffisamment solides pour convaincre les flottes européennes à grande échelle ? Les premiers contrats signés avec des opérateurs de renom constituent un point de départ sérieux, mais la durée de vie d’un poids lourd se compte en millions de kilomètres — et c’est sur ce terrain-là que tout se jouera.
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