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Les batteries européennes pour voitures électriques ne semblent avoir aucun avenir

Alexandra Dujonc

Les gigafactories européennes traversent une période délicate. ACC (Automotive Cell Company), la coentreprise formée par Stellantis, TotalEnergies et Mercedes-Benz, s’apprête à abandonner son projet d’usine de batteries à Termoli, en Italie. Cette décision illustre les difficultés rencontrées par l’industrie européenne face à la concurrence asiatique et révèle certaines erreurs stratégiques majeures.

Selon le quotidien économique italien Milano Finanza, des sources internes confirment que le projet italien ne serait plus viable en raison de difficultés techniques, financières et stratégiques. Cette annonce intervient après l’annulation du financement gouvernemental italien, fragilisant davantage la position d’ACC sur le marché européen des batteries.

Les difficultés de production d’ACC se confirment

L’usine de Billy-Berclau, dans le Pas-de-Calais, peine à atteindre ses objectifs de production. Malgré les déclarations d’un porte-parole d’ACC affirmant que 10 000 véhicules électriques roulent déjà avec leurs batteries, ce chiffre reste largement en-deçà des attentes initiales. Plus préoccupant encore : les coûts de production dépassent de 20 à 25% ceux des concurrents asiatiques.

Les premiers modèles équipés de cellules ACC, comme la DS N°8, rencontrent des problèmes significatifs. Les utilisateurs rapportent des dysfonctionnements lors de la recharge et une capacité réelle inférieure aux spécifications annoncées. Peugeot illustre également ces difficultés en annonçant une livraison en septembre 2026 pour un E-3008 à batterie ACC commandé en novembre 2025, soit un délai de 10 mois qui témoigne des problèmes de cadence de production.

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Le pari technologique sur les batteries NMC questionné

ACC a fait le choix exclusif de la technologie NMC (nickel-manganèse-cobalt) pour ses batteries. Cette chimie offre d’excellentes performances en termes de densité énergétique et d’autonomie, mais présente un inconvénient majeur : son coût élevé. À l’heure où le marché européen réclame des véhicules électriques plus abordables, cette stratégie semble inadaptée.

Les batteries LFP (lithium-fer-phosphate) connaissent une popularité croissante grâce à leur rapport qualité-prix avantageux et leur durabilité supérieure. Bien qu’elles offrent une densité énergétique moindre, elles répondent parfaitement aux besoins des véhicules d’entrée et de milieu de gamme, segments essentiels pour la démocratisation de la mobilité électrique.

  • Batteries NMC : densité énergétique élevée mais coût de production important
  • Batteries LFP : prix compétitif et longévité accrue malgré une densité moindre
  • Demande du marché orientée vers l’accessibilité plutôt que la performance pure

Stellantis mise désormais sur CATL

Face aux difficultés d’ACC, Stellantis diversifie sa stratégie d’approvisionnement. Le groupe automobile a signé un accord avec CATL, leader mondial des batteries, pour construire une usine en Espagne, près de l’usine de Saragosse. Cette installation produira exclusivement des cellules LFP, répondant ainsi à la demande croissante pour des batteries plus économiques.

CATL adopte une approche pragmatique en important directement ses équipes et ses outils de production depuis la Chine. Cette méthode réduit considérablement les risques techniques et garantit une montée en cadence rapide, contrastant avec les difficultés rencontrées par ACC pour développer sa propre expertise.

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CritèresACC (Billy-Berclau)CATL (Saragosse)
TechnologieNMC uniquementLFP principalement
Coûts de production+20-25% vs concurrenceCompétitifs
État du projetProduction difficileEn développement

L’avenir incertain des gigafactories européennes

Antonio Filosa, nouveau PDG de Stellantis, attend une décision définitive d’ACC d’ici la fin de l’année concernant l’usine de Termoli. Cette situation révèle les défis considérables auxquels font face les projets européens de production de batteries. Les investissements initiaux colossaux ne garantissent pas le succès commercial, particulièrement dans un secteur où l’innovation technologique et l’efficacité industrielle évoluent rapidement.

L’usine française de Billy-Berclau représente désormais le dernier espoir pour ACC de démontrer sa viabilité. Les trois sites initialement prévus (France, Allemagne, Italie) se réduisent progressivement, fragilisant l’ambition européenne d’indépendance énergétique. Les erreurs de jeunesse doivent être rapidement corrigées pour éviter que l’Europe ne reste définitivement dépendante des fournisseurs asiatiques pour ses besoins en batteries.

Cette situation illustre parfaitement les défis de l’industrialisation européenne dans le secteur des batteries. Malgré les soutiens financiers publics et l’expertise des partenaires industriels, la réussite n’est jamais acquise face à une concurrence asiatique mature et agressive. L’usine française d’ACC dispose encore de quelques mois pour prouver sa capacité à s’imposer sur ce marché hautement stratégique.

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