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Le Bentley Torcal n’est-il qu’un simple Porsche Cayenne déguisé ?

Michael Ptaszek

Le 23 septembre 2026, Bentley a officiellement présenté à Londres le Torcal, son premier véhicule 100 % électrique. Un événement qui aurait pu sembler pressé si l’on ne rappelait pas que la marque en parlait depuis près d’une décennie. Entre promesses accumulées et calendrier décalé, Bentley arrive sur ce segment après Rolls-Royce, Porsche et Mercedes. Le timing prête à sourire : la marque de Crewe sort son premier véhicule électrique précisément au moment où le marché de l’électrique haut de gamme commence à montrer quelques signes d’essoufflement. Pas vraiment un hasard, plutôt une stratégie réfléchie.

Un SUV de 888 chevaux qui rejoindra la gamme Bentley dès l’été 2027

Le Torcal devient la quatrième famille de la gamme Bentley, aux côtés de la Continental GT, de la Flying Spur et du SUV Bentayga. Il s’agit d’un SUV développé, dessiné et assemblé à Crewe, fidèle à la tradition de la marque fondée en 1919. Ses dimensions se situent dans le haut du segment : cinq mètres de long, 460 litres de coffre auxquels s’ajoutent 90 litres de coffre avant, le fameux « frunk ». Ce dernier n’est pas anecdotique pour un SUV de ce gabarit, il représente un vrai argument pratique pour la clientèle visée.

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Deux niveaux de finition sont proposés au lancement. Le Torcal de base développe 821 chevaux, tandis que le Torcal S pousse la puissance à 888 chevaux et annonce un 0 à 100 km/h bouclé en moins de 3,1 secondes. La batterie de 113 kWh fonctionne sous architecture 800 volts, ce qui lui permet d’accepter une puissance de recharge allant jusqu’à 400 kW. Concrètement, Bentley promet de passer de 10 à 80 % en seulement 16 minutes. Sur le papier, c’est convaincant, reste à voir ce que les conditions réelles donneront.

  • Autonomie annoncée jusqu’à 600 km selon le cycle européen WLTP
  • Environ 480 km selon le cycle américain EPA, plus sévère
  • Recharge de 10 à 80 % en 16 minutes sur borne 400 kW
  • Batterie de 113 kWh sous architecture 800 volts
  • Puissance maximale : 888 ch pour la version Torcal S

Un point mérite votre attention si vous lisez des chiffres issus de la presse américaine. Les 375 miles évoqués outre-Atlantique correspondent bien aux 600 km WLTP communiqués en Europe. Sur le cycle EPA, plus contraignant, les estimations tournent plutôt autour de 300 miles, soit environ 480 km. Rien d’anormal, mais une nuance à ne pas négliger si vous comparez des données de sources différentes.

Sous la carrosserie Bentley, une plateforme signée Porsche et Audi

Le Torcal ne part pas d’une page blanche. Il repose sur la plateforme PPE (Premium Platform Electric), développée conjointement par Porsche et Audi au sein du groupe Volkswagen. C’est exactement la même base technique que celle du Porsche Cayenne électrique. Bentley hérite ainsi d’une architecture éprouvée, d’une recharge rapide en 800 volts et d’une gestion thermique de la batterie que Porsche a eu le temps de peaufiner. Ce choix n’est pas forcément une faiblesse : il garantit une fiabilité déjà rodée, ce que les acheteurs de voitures à 200 000 euros apprécieront certainement.

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Ce qui distingue alors le Torcal du Cayenne électrique, c’est tout ce que Bentley superpose à cette base. L’isolation acoustique est travaillée pour atteindre le silence caractéristique de la marque, les finitions intérieures sont réalisées à la main, avec de la laine Merino et du bois recyclé proposés au catalogue. À noter que le Rolls-Royce Spectre, concurrent direct en termes de positionnement, fonctionne lui sur une architecture 400 volts, ce qui le pénalise sensiblement sur les vitesses de recharge. Un avantage technique concret pour le Torcal, même si Bentley préfère ne pas trop s’étendre sur sa nature électrique dans sa communication.

Un positionnement tarifaire calculé entre Porsche Taycan et Rolls-Royce Spectre

Le Torcal de base est annoncé à partir de 173 300 livres sterling, soit environ 200 000 euros. Le Torcal S grimpe quant à lui à près de 199 300 livres, autour de 230 000 euros. Les premières livraisons sont prévues à l’été 2027. Ce positionnement tarifaire n’est pas anodin : il place le Torcal entre le Porsche Taycan Turbo S (environ 190 000 euros) et le Rolls-Royce Spectre (environ 330 000 euros), s’installant sur le créneau précis où les marges sont encore confortables.

La concurrence dans ce segment est désormais bien installée. Le Taycan Turbo S existe depuis 2019, le Mercedes EQS AMG depuis 2022, le Spectre depuis 2023. Sans oublier le Range Rover électrique ou le Volvo EX60. Et dans leur dos, des constructeurs chinois commencent à proposer des berlines de luxe à des tarifs qui donnent le vertige : certains modèles affichent une esthétique directement inspirée des grandes marques européennes pour moins de 27 000 euros. Bentley, avec ses 15 000 unités vendues par an toutes motorisations confondues, vise une clientèle que ces alternatives n’attirent pas encore. Le Torcal joue sur la rareté, le savoir-faire artisanal et une marque centenaire — des arguments que l’argent seul ne suffit pas à reproduire.

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ModèlePuissanceAutonomieArchitecturePrix indicatif
Bentley Torcal S888 ch600 km (WLTP)800 V~230 000 €
Porsche Taycan Turbo S938 ch~560 km (WLTP)800 V~190 000 €
Rolls-Royce Spectre577 ch~520 km (WLTP)400 V~330 000 €
Mercedes EQS 53 AMG761 ch~580 km (WLTP)400 V~160 000 €

Ce retard assumé de Bentley a finalement une logique cohérente. Pendant que le marché de masse de l’électrique cherchait ses repères entre aides à l’achat supprimées et infrastructures de recharge incomplètes, les SUV de luxe à six chiffres conservaient leurs volumes et leurs marges. Bentley a attendu d’avoir une plateforme technique solide, une autonomie crédible et un argument de recharge différenciant pour se lancer. Le Torcal n’est peut-être pas le plus audacieux stylistiquement, et sa parenté avec le Cayenne électrique ne sera un secret pour personne, mais il incarne précisément ce que la clientèle Bentley attend : de la discrétion technique, beaucoup d’artisanat, et un badge qui reste inaccessible au plus grand nombre.

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