Actu voiture électrique

BMW refuse la fin du moteur thermique et va à contre courant

Philippe Moureau

BMW vient de dévoiler sa stratégie à long terme qui surprend par sa dualité : des milliards d’euros investis dans de nouvelles plateformes électriques d’un côté, et de l’autre, une affirmation claire que les moteurs à combustion ne disparaîtront jamais. Cette position tranche avec les discours ambiants sur la transition électrique totale et révèle une approche pragmatique face aux réalités du marché mondial.

Jochen Goller, membre du conseil d’administration de BMW AG en charge de la clientèle, des marques et des ventes, l’a déclaré sans ambages lors d’un entretien avec Autocar India : “Les moteurs thermiques et la combustion ne disparaîtront jamais. Jamais.” Cette déclaration peut paraître paradoxale pour un constructeur qui développe actuellement la plateforme Neue Klasse, un projet électrique de plusieurs milliards d’euros.

Une stratégie multi-plateformes pour répondre aux disparités mondiales

BMW a fait le choix de la diversification avec une approche à trois plateformes distinctes. La première, la fameuse Neue Klasse, sera exclusivement dédiée aux véhicules électriques et servira de base aux futurs modèles zéro émission de la marque bavaroise. Cette plateforme bénéficie d’investissements considérables et témoigne de l’engagement réel de BMW dans l’électromobilité.

A lire également :  Ford tourne la page de la voiture électrique pour mieux miser sur les batteries

La seconde plateforme sera uniquement thermique et se concentrera sur les véhicules d’entrée de gamme. Cette décision s’explique par les réalités économiques de certains marchés où l’électrique reste encore inaccessible financièrement pour une large partie de la population. Enfin, une troisième architecture hybride permettra de proposer le même modèle avec différentes motorisations selon les régions : 100% électrique, hybride rechargeable ou thermique traditionnel.

Des marchés aux vitesses de transition très différentes

L’adoption des véhicules électriques varie énormément selon les zones géographiques, et BMW l’a bien compris. Tandis que l’Europe et les États-Unis montrent des signes encourageants avec des ventes électriques en progression, d’autres régions accusent un retard considérable. L’Inde, le Moyen-Orient et certaines parties de l’Europe de l’Est présentent des taux d’adoption électrique qui restent très faibles par rapport aux attentes.

Cette réalité pousse BMW à maintenir une offre thermique dans ces marchés, non par nostalgie technologique, mais par nécessité commerciale. La rentabilité reste un facteur déterminant, et proposer uniquement de l’électrique dans des régions non préparées équivaudrait à se priver de parts de marché importantes.

RégionNiveau d’adoption électriqueStratégie BMW privilégiée
Europe occidentaleÉlevéÉlectrique et hybride
États-UnisModéré à élevéMix énergétique
IndeTrès faiblePrincipalement thermique
Moyen-OrientFaibleThermique et hybride

L’objectif 2030 : un équilibre entre ambition et réalisme

BMW s’est fixé pour objectif que 50% de ses ventes annuelles proviennent de véhicules électriques d’ici 2030. Cet engagement témoigne d’une ambition électrique réelle, tout en laissant une place importante aux autres motorisations. Cette approche équilibrée contraste avec les promesses parfois irréalistes d’autres constructeurs qui ont dû revoir leurs objectifs à la baisse face aux difficultés du marché.

A lire également :  Adieu lithium : CATL lance enfin ses premières batteries sodium-ion

La stratégie bavaroise prend également en compte les contraintes réglementaires européennes, notamment l’interdiction de vente de véhicules émetteurs prévue pour 2035. Néanmoins, des discussions sont en cours au niveau européen pour autoriser les véhicules hybrides rechargeables et les électriques à prolongateur d’autonomie au-delà de cette date butoir, ce qui donnerait plus de flexibilité aux constructeurs.

Infrastructure de recharge : le talon d’Achille de la transition

La position de BMW reflète aussi les limites actuelles de l’infrastructure de recharge mondiale. Si l’Europe progresse rapidement avec des réseaux de bornes rapides en expansion, de nombreuses régions accusent un retard considérable. Cette réalité infrastructure constitue un frein majeur à l’adoption massive des véhicules électriques et justifie le maintien de motorisations alternatives.

La stratégie multi-plateformes de BMW permet d’adapter l’offre aux spécificités locales tout en préparant l’avenir électrique. Cette flexibilité industrielle représente un avantage concurrentiel non négligeable dans un contexte de transition énergétique aux rythmes variables. Les consommateurs bénéficient ainsi d’un choix élargi, adapté à leurs besoins et contraintes régionales, sans pour autant freiner le développement des technologies électriques là où les conditions sont réunies.

Réagissez à l'article
guest

7 Commentaires
Le plus ancien
Le plus récent Le plus populaire
Commentaires en ligne
Afficher tous les commentaires