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Valeo et Mahle finalisent le développement d’un moteur électrique qui pourrait bien redistribuer les cartes dans l’industrie automobile européenne. Débarrassé des terres rares chinoises, ce moteur EESM (Electrically Excited Synchronous Motor) affiche des performances prometteuses avec une empreinte carbone réduite de 60% par rapport aux motorisations conventionnelles de même puissance.
Contrairement aux moteurs électriques traditionnels qui utilisent des aimants permanents contenant des terres rares, cette nouvelle génération mise sur une approche différente. “Nous remplaçons les aimants permanents par du cuivre, toujours dans le souci de créer un champ électromagnétique au niveau du rotor”, explique Claudine Rochette, vice-présidente de Valeo Power. Cette substitution technique n’est pas qu’une simple modification : elle nécessite une refonte complète de l’architecture du moteur.
Le défi principal réside dans la gestion thermique. Le cuivre génère davantage de chaleur que les aimants permanents, ce qui a obligé les ingénieurs à repenser entièrement le système de refroidissement. “Cette technologie a nécessité une optimisation du système de refroidissement, car le cuivre s’échauffe et il faut le garder à une certaine température pour maintenir le pic de puissance souhaité”, précise Claudine Rochette. Cette contrainte technique explique en partie pourquoi si peu de constructeurs ont adopté cette solution jusqu’à présent.
Les tests menés par Valeo et Mahle démontrent que ce moteur sans terres rares atteint des performances équivalentes aux motorisations traditionnelles. La puissance maximale peut atteindre 350 kW (soit environ 476 chevaux), un niveau qui rivalise avec les moteurs électriques les plus performants du marché actuel. L’avantage supplémentaire réside dans l’encombrement : le moteur présente un gabarit plus compact que ses équivalents à aimants permanents.
La répartition des rôles entre les deux partenaires français et allemand est clairement définie. Mahle se concentre sur le développement du rotor EESM et son système d’excitation sans balais, tandis que Valeo apporte son expertise en matière de contrôle électronique avec un onduleur spécifiquement adapté à cette technologie. Cette collaboration transfrontalière illustre la stratégie européenne de reconquête technologique face à la domination asiatique.
Les chiffres parlent d’eux-mêmes : la Chine contrôle 90% des capacités mondiales de raffinage des terres rares, qui représentent environ 30% des composants d’un moteur électrique classique. Cette dépendance s’est révélée problématique en mai 2025, lorsque Pékin a orchestré une pénurie artificielle en réaction aux projets de droits de douane américains. Un rappel brutal de la vulnérabilité européenne face à cette dépendance stratégique.
Le Critical Raw Material Act de la Commission européenne impose désormais aux constructeurs automobiles de réduire leur dépendance aux matières premières critiques d’origine étrangère. Cette réglementation pousse l’industrie à explorer des alternatives technologiques, donnant un avantage concurrentiel aux solutions comme celle développée par Valeo et Mahle.
L’argument écologique constitue un atout majeur de cette technologie. L’extraction et le raffinage des terres rares génèrent une pollution considérable, notamment en Chine où les standards environnementaux restent perfectibles. Selon Valeo, ce nouveau moteur ne représente que 40% de l’empreinte carbone d’un moteur classique de 350 kilowatts, soit une réduction de 60% des émissions sur l’ensemble du cycle de vie.
Cette amélioration environnementale s’explique par plusieurs facteurs :
Valeo annonce une production en série à partir de 2028, un calendrier ambitieux qui témoigne de la maturité du projet. Cette date coïncide avec l’arrivée du moteur E7A que Renault développe également avec Valeo, prévu pour 2027. Bien que les détails techniques restent confidentiels, la puissance maximale de 200 kW annoncée pour le E7A laisse penser qu’il s’agit d’un projet distinct, probablement destiné à des véhicules de gamme intermédiaire.
BMW a déjà franchi le pas avec ses futures “Neue Klasse”, débutant par l’iX3, qui intégreront des moteurs sans aimants permanents. Renault poursuit également cette voie depuis la Zoé, démontrant que cette technologie n’est plus expérimentale mais bien une alternative crédible aux motorisations traditionnelles. L’arrivée de cette solution Valeo-Mahle pourrait accélérer l’adoption de cette technologie chez d’autres constructeurs européens soucieux de réduire leur dépendance aux terres rares chinoises.
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