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Les taxis autonomes débarquent en Europe via l’application Uber

Michael Ptaszek

L’Europe s’apprête à franchir une nouvelle étape dans le domaine de la mobilité autonome. Alors que les États-Unis et la Chine multiplient les déploiements de robotaxis depuis plusieurs années, le Vieux Continent accusait un certain retard. Cette situation pourrait bien changer rapidement grâce à un partenariat inattendu entre trois acteurs majeurs : Verne, filiale du groupe croate Rimac Technology, le géant américain du VTC Uber, et l’entreprise chinoise Pony.ai spécialisée dans la conduite autonome. Leur objectif commun ? Lancer le premier service commercial de taxis sans conducteur en Europe, et c’est la Croatie qui servira de terrain d’essai.

Zagreb comme laboratoire européen des robotaxis

La capitale croate n’a pas été choisie par hasard. Zagreb deviendra prochainement la première ville européenne à accueillir des véhicules électriques autonomes accessibles au grand public via l’application Uber. Les trois partenaires ont confirmé que les travaux de développement sont déjà bien avancés, incluant des phases de validation sur routes publiques. Les premiers tests en conditions réelles permettent d’affiner les algorithmes de conduite et de collecter les données nécessaires avant le lancement commercial.

Le véhicule sélectionné pour cette première phase n’est pas le pod futuriste à deux places sans volant présenté par Verne en 2024, mais plutôt l’Arcfox Alpha T5, un crossover électrique chinois. Ce choix pragmatique s’explique par la maturité technologique du véhicule, qui embarque déjà le système de conduite autonome de septième génération développé par Pony.ai. Les passagers pourront commander leur course directement depuis l’application Uber, exactement comme pour un trajet classique.

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Un crossover chinois pour ouvrir le bal

L’Arcfox Alpha T5 n’est peut-être pas le modèle le plus connu en Europe, mais il présente des caractéristiques intéressantes pour un service de taxi. Voici ses principales spécifications techniques :

  • Autonomie WLTP : jusqu’à 440 kilomètres, suffisante pour une journée complète de courses urbaines
  • Architecture électrique adaptée aux capteurs et ordinateurs de bord nécessaires à la conduite autonome
  • Gabarit de SUV compact facilitant les manœuvres en ville
  • Habitabilité confortable pour les passagers arrière

La question de la présence ou non d’un opérateur de sécurité à bord reste floue pour le moment. Les autorités croates devront valider le niveau d’autonomie autorisé avant le lancement commercial. Dans la plupart des déploiements actuels, même aux États-Unis, un superviseur humain reste présent pendant les premières phases d’exploitation. Cette approche progressive rassure les régulateurs et les utilisateurs tout en permettant de collecter davantage de données terrain.

Le rôle de chaque partenaire dans ce projet ambitieux

Cette collaboration tripartite repose sur une répartition claire des responsabilités. Verne, la filiale de Rimac Technology, agira comme propriétaire de la flotte et opérateur du service. L’entreprise croate sera également chargée d’obtenir toutes les autorisations réglementaires nécessaires et de coordonner le déploiement des véhicules sur son propre réseau ainsi que sur celui d’Uber.

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De son côté, Pony.ai apporte son expertise technologique avec son système de conduite autonome éprouvé sur les routes chinoises et américaines. L’entreprise chinoise a déjà accumulé des millions de kilomètres en conditions réelles, ce qui représente un atout considérable pour accélérer le déploiement européen. Quant à Uber, le géant du VTC intègrera ces robotaxis dans son application mondiale, offrant ainsi une visibilité immédiate auprès de millions d’utilisateurs potentiels.

Uber a confirmé qu’il investirait dans Verne et soutiendrait son expansion en tant que partenaire stratégique, bien que le montant exact de cet investissement n’ait pas été divulgué publiquement. Cette démarche s’inscrit dans la stratégie plus large d’Uber, qui a signé plus de 20 accords similaires avec des constructeurs et des entreprises technologiques, incluant Rivian, Volkswagen, Lucid et Zoox.

Une expansion européenne programmée

Si les tests à Zagreb se déroulent comme prévu et que les retours des premiers utilisateurs sont positifs, le trio prévoit d’étendre rapidement le service à d’autres villes européennes. Les prochaines destinations n’ont pas encore été officiellement annoncées, mais on peut imaginer que des capitales comme Vienne, Budapest ou Ljubljana, géographiquement proches, pourraient figurer parmi les priorités.

L’ambition affichée est de déployer plusieurs milliers de robotaxis sur les routes européennes au cours des prochaines années. Ce calendrier dépendra naturellement de l’évolution des réglementations nationales et européennes concernant les véhicules autonomes, un cadre juridique encore en construction dans de nombreux pays du continent.

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La Croatie, un choix stratégique pour Rimac

Le choix de la Croatie comme point de départ n’est pas anodin pour Rimac Technology. L’entreprise fondée par Mate Rimac s’est imposée comme un acteur majeur de l’électrification automobile, notamment grâce à ses supercars électriques et à son expertise dans les systèmes de batteries et de motorisation. Le développement de Verne représente une diversification logique vers les services de mobilité.

Démarrer sur son marché domestique offre plusieurs avantages : une proximité avec les autorités locales, une meilleure maîtrise du contexte réglementaire et une vitrine technologique pour le pays. La Croatie pourrait ainsi se positionner comme un hub européen de l’innovation en matière de transport autonome, attirant potentiellement d’autres acteurs du secteur.

Le pod autonome à deux places sans volant présenté par Verne l’année dernière reste dans les cartons pour le moment, mais il représente la vision à plus long terme de l’entreprise. Ce véhicule spécifiquement conçu pour le transport autonome urbain pourrait rejoindre la flotte une fois que la technologie et la réglementation auront suffisamment progressé. Pour l’instant, l’utilisation d’un véhicule existant comme l’Arcfox Alpha T5 permet d’accélérer le déploiement et de tester le modèle économique en conditions réelles. Les prochains mois seront déterminants pour observer si cette initiative parvient à convaincre les utilisateurs européens et à poser les bases d’une nouvelle forme de mobilité urbaine sur le continent.

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