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Deux anciens cadres Tesla contredisent les promesses d’Elon Musk sur la conduite autonome

Albert Lecoq

Depuis une semaine, deux anciens responsables des programmes de conduite autonome et Autopilot de Tesla ont pris la parole pour livrer leur vision sur l’état de cette technologie. Leur discours contraste singulièrement avec celui d’Elon Musk, leur ancien patron. Ces témoignages apportent un éclairage technique précieux sur les défis réels de l’autonomie complète des véhicules.

Elon Musk s’est illustré par des prédictions systématiquement erronées concernant l’arrivée de la conduite entièrement autonome chez Tesla. Depuis 2019, le PDG annonce chaque année que cette fonctionnalité sera disponible avant la fin de l’année en cours. En 2025, il réitère ses promesses en affirmant que Tesla supprimera bientôt la surveillance humaine de son service de robotaxi à Austin.

La théorie des “neuf” selon Andrej Karpathy

Andrej Karpathy, ancien directeur de l’intelligence artificielle chez Tesla et responsable des programmes Autopilot de 2017 à 2022, apporte une perspective technique particulièrement éclairante. Dans un récent podcast, cet expert en IA explique pourquoi l’autonomie reste un problème non résolu malgré les apparences.

Selon Karpathy, le développement de la conduite autonome suit ce qu’il appelle une “marche des neuf” : chaque amélioration de fiabilité de 90% à 99%, puis de 99% à 99,9%, représente un volume de travail équivalent. “Quand vous obtenez une démonstration qui fonctionne à 90%, ce n’est que le premier neuf. Ensuite, vous devez obtenir le deuxième, le troisième, le quatrième neuf”, détaille-t-il. Durant ses cinq années chez Tesla, l’équipe a progressé de seulement deux ou trois “neuf”, laissant encore plusieurs étapes cruciales à franchir.

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Cette analyse technique explique pourquoi les premières améliorations du logiciel FSD Beta sous sa direction ont montré des réductions significatives des interventions du conducteur, tandis que les progrès récents semblent moins évidents. Les premiers “neuf” offrent un impact statistique plus visible, même si les suivants restent tout aussi complexes à atteindre.

Sterling Anderson privilégie la sécurité chez General Motors

Sterling Anderson, reconnu comme le premier responsable du programme Autopilot chez Tesla entre 2015 et 2016, dirige aujourd’hui les produits globaux chez General Motors. Lors de l’annonce du calendrier de conduite autonome de niveau 3 pour 2028, il n’a pas hésité à critiquer son ancien employeur.

“Nos clients ont parcouru plus de 700 millions de miles sans les mains avec Super Cruise sans un seul accident attribué à la technologie. J’ai dirigé Autopilot, et vous ne pouvez pas en dire autant d’Autopilot”, déclare Anderson. Cette comparaison prend tout son sens quand on observe les nombreuses poursuites judiciaires actuellement intentées contre Tesla concernant des accidents impliquant ses fonctionnalités Autopilot ou “Full Self-Driving”.

L’approche de GM privilégie délibérément la prudence. Anderson défend cette stratégie : “Nous construisons la confiance avec nos clients en livrant des produits sûrs.” Cette philosophie contraste avec les annonces répétées de Tesla sur des capacités non encore maîtrisées.

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Un fossé entre communication et réalité technique

Les témoignages de ces deux anciens cadres révèlent un décalage persistant entre les déclarations publiques d’Elon Musk et la réalité du développement technologique. Chez Tesla même, les ingénieurs découvrent parfois les engagements de leur entreprise au moment des annonces publiques de leur PDG, créant une discordance entre objectifs et capacités réelles.

Les marchés de prédiction reflètent cette méfiance du public. Sur Polymarket, les parieurs qui ont misé contre la livraison de la conduite autonome non supervisée par Tesla cette année ont largement gagné. Même après les récentes déclarations de Musk réaffirmant ses objectifs, les cotes continuent de favoriser les sceptiques.

Les propres avocats de Tesla illustrent cette situation paradoxale. Ils qualifient les déclarations de leur PDG de “simple gonflette d’entreprise” et conseillent aux actionnaires de ne pas s’y fier. Cette position juridique contraste fortement avec les promesses commerciales répétées concernant la conduite autonome de niveau 4 et 5.

Aspect Vision Musk Réalité technique
Délai de livraison Fin 2025 Plusieurs années selon Karpathy
Niveau de fiabilité Prêt pour déploiement Plusieurs “neuf” manquants
Sécurité Supérieure à un humain Nombreux litiges en cours

L’analyse technique de Karpathy suggère qu’atteindre le niveau de fiabilité de 99,9999999% nécessaire pour l’autonomie complète demande encore plusieurs années de développement intensif. Chaque “neuf” supplémentaire représente un défi technique majeur, loin des promesses commerciales répétées depuis 2019. Les témoignages de ces anciens responsables offrent une vision plus réaliste des enjeux techniques réels de la mobilité autonome.

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