Actu voiture électrique

57 % des Français ne veulent pas de voiture électrique : le sondage qui fait polémique

Michael Ptaszek

Le 21 octobre, DiscoverCars a publié une enquête sur l’effet du prix des carburants sur les habitudes des conducteurs. Un chiffre en ressort pour la France : 57 % des répondants français disent ne pas envisager actuellement une hybride ou une électrique. Il circule facilement sous la forme « les Français ne veulent pas de l’électrique ». Si vous réfléchissez à remplacer votre voiture thermique, la bonne réponse est simple : non, ce chiffre ne se généralise pas à tous les automobilistes sur la seule base de ce qui est publié.

Ce que DiscoverCars a réellement mesuré

L’enquête repose sur 1 110 réponses internationales, recueillies en septembre auprès des clients du comparateur de location. Le texte consulté ne donne pas le nombre de répondants français : le 57 % s’appuie donc sur un effectif inconnu, sans marge d’erreur nationale calculable. Le public est aussi particulier : des personnes qui passent par une plateforme de location de voitures, pas un panel construit pour représenter les conducteurs du pays.

La présentation ne décrit ni quotas par âge ou région, ni pondération, ni taux de réponse, ni tirage aléatoire. Ces garanties ne sont pas documentées, ce qui ne prouve pas qu’aucune correction n’a eu lieu. On ne peut simplement pas la vérifier. Le chiffre décrit donc un groupe de clients, à un moment précis, et rien de plus.

A lire également :  Chaînes à neige : savez-vous vraiment quelles roues équiper sur votre voiture électrique ?

Pourquoi plus de réponses ne corrigent pas un recrutement orienté

Pascal Ardilly, expert à l’Insee, rappelle dans un document de méthode sur les sondages empiriques que le recrutement de volontaires peut produire un biais de sélection. Augmenter le nombre de réponses ne le supprime pas : mille personnes recrutées de la même façon reflètent les mêmes angles morts qu’une centaine. Les quotas peuvent limiter le problème sans garantir qu’il disparaisse.

Cela ne rend pas toute enquête de clients inutile. Une étude de Danny Pfeffermann et Michael Sverchkov, publiée en juin 2025 dans Techniques d’enquête, distingue les données non probabilistes des méthodes qui permettent de les généraliser. Cette extrapolation demande des hypothèses solides ou des données auxiliaires appropriées. Dans le cas présent, rien de tel n’est présenté. Le risque de sélection reste une limite possible : on ignore son sens (plus ou moins favorable à l’électrique) comme son ampleur.

Deux motorisations dans une seule réponse, et une comparaison mondiale bancale

Le 57 % regroupe hybrides et électriques. Une personne qui écarte la voiture 100 % électrique mais s’intéresserait à une hybride rechargeable ou non ne se distingue pas de celle qui refuse les deux. Impossible d’en tirer un taux de rejet de l’électrique seule.

La comparaison avec le reste du monde est également fragile. Le chiffre mondial de 52 % correspond à des répondants pour qui changer de voiture n’est pas à l’ordre du jour. La formulation française porte sur le passage à l’hybride ou à l’électrique. Les deux questions ne se superposent pas. La présentation mondiale mélange en outre des changements déjà faits et des changements envisagés : ce n’est pas un indicateur pur d’intentions d’achat futures.

  • Refus durable ? Rien ne l’indique : la question porte sur « actuellement ».
  • Motif individuel ? Prix, recharge, budget ou simple absence de besoin : les éléments publiés ne le tranchent pas.
  • Effet du carburant ? Aucun lien de cause à effet n’est démontré entre prix à la pompe et achat.
A lire également :  Normes CO₂ : ce que les scénarios supposent pour l’emploi automobile en Europe

DiscoverCars suggère que certains conducteurs préféreraient garder leur voiture et l’utiliser moins. C’est une interprétation de l’entreprise, pas un résultat établi par l’enquête.

Comment lire ce chiffre si vous hésitez à changer de voiture

Avant de vous appuyer sur un pourcentage, trois questions suffisent pour juger de sa portée :

  • Qui a répondu ? Des clients d’un service, des volontaires ou un échantillon construit pour représenter la population ?
  • Que demandait exactement la question ? Une intention, une pratique passée, une motorisation précise ou plusieurs regroupées ?
  • Combien de répondants dans votre pays ? Un sous-groupe national dans une enquête internationale peut être très réduit, et son effectif doit être indiqué.

Pour votre propre décision, un sondage compte moins que votre usage : kilométrage annuel, possibilité de recharger à domicile ou au travail, trajets longs. Nous avons d’ailleurs abordé le sujet de la flambée des carburants et de l’électrique sous un autre angle ; comparez les méthodes avant de comparer les chiffres.

Le 57 % de DiscoverCars reste donc un indice sur une population de clients, utile comme point de départ de réflexion. Il ne mesure ni l’opinion nationale, ni votre situation.

Ce 57 % est un bon exemple de chiffre qui voyage plus vite que sa méthode. Le jugement éditorial est simple : une enquête de clients peut éclairer une tendance, à condition de rester présentée comme telle. Ici, l’effectif français absent, la fusion hybride et électrique et la comparaison avec un 52 % mondial formulé autrement empêchent d’en faire un indicateur sur les Français. Pour un automobiliste, mieux vaut partir de son kilométrage et de ses possibilités de recharge que d’un pourcentage dont la base reste floue.

L’avis de Rouleur électrique

Image : Dietmar Rabich — Wikimedia Commons — CC BY-SA 4.0

A lire également :  Vous pensez payer moins cher vos recharges ? Vérifiez ce détail sur votre facture
Réagissez à l'article
guest

3 Commentaires
Le plus ancien
Le plus récent Le plus populaire