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Quand Ferrari dévoile sa première voiture électrique, le monde entier a un avis. Et cette fois, l’avis général n’a pas été tendre. Pourtant, à Maranello, on ne semble pas vraiment s’en inquiéter. Le PDG Benedetto Vigna a confirmé que la Ferrari Luce, berline électrique à 640 000 dollars, enregistre déjà des commandes fermes qui s’étendent jusqu’à fin 2027. Un carnet de commandes bien rempli, donc, même si l’accueil du public sur les réseaux sociaux a été, pour le dire poliment, très partagé.
La présentation de la Luce à Rome a déclenché une réaction en chaîne assez spectaculaire. En quelques jours, l’action Ferrari (cotée sous le symbole RACE) a chuté jusqu’à 8 %, effaçant plusieurs milliards d’euros de capitalisation boursière. Sur les réseaux sociaux, les comparaisons ont fusé : Honda Accord, grille-pain de luxe, voiture de location premium… Luca di Montezemolo, ancien patron de la Scuderia et figure historique de la marque, n’a pas mâché ses mots dans la presse italienne, suggérant d’« au moins retirer le cheval cabré » du capot. Le vice-Premier ministre italien Matteo Salvini, lui, a qualifié le prix de « scandaleusement élevé ».
Depuis, le titre a récupéré plus de 3 %, ce qui relativise un peu l’ampleur de la réaction boursière initiale. Ce type de scénario n’est d’ailleurs pas sans précédent : le Ford Mustang Mach-E avait provoqué une fronde similaire lors de sa révélation en 2019, avant de finir par dépasser les ventes du Mustang thermique. L’indignation en ligne est un très mauvais indicateur des intentions d’achat réelles, et l’histoire récente de l’industrie le prouve assez clairement.
Les premières livraisons sont prévues pour octobre 2026, et les commandes s’étendent déjà vers la fin de l’année 2027. Sur le papier, c’est un signal fort. Mais il convient de comprendre le fonctionnement particulier de l’écosystème Ferrari avant de crier victoire. La marque dispose d’un système d’allocation très sélectif pour ses modèles exclusifs : les clients les mieux servis sont ceux qui ont un historique d’achats conséquent, avec des configurations haut de gamme et des relations suivies avec leur concessionnaire. Dans cet univers, refuser un nouveau modèle, même controversé, peut signifier perdre sa place dans la file d’attente pour la prochaine hypercar en édition limitée.
Autrement dit, une partie des commandes de la Luce reflète peut-être moins un enthousiasme sincère pour la voiture qu’une stratégie de positionnement dans les bonnes grâces de Maranello. Il faut noter, néanmoins, qu’un commentaire relayé par plusieurs observateurs proches de Ferrari indique que la marque aurait officiellement précisé que l’achat de la Luce n’aurait pas d’influence sur les allocations futures des clients existants — et qu’elle déconseille même à ses clients « pétrolheads » d’acquérir ce modèle. Si c’est exact, les commandes en cours gagneraient en crédibilité en tant qu’expression d’un intérêt réel.
Au-delà des débats esthétiques, la Luce est techniquement une machine sérieuse. Ferrari revendique cinq années de développement sur cette plateforme électrique, et les chiffres parlent d’eux-mêmes :
C’est sur ce dernier point que Ferrari place visiblement ses espoirs de conviction. La marque a toujours affirmé que la Luce devait être conduite pour être comprise, et non jugée sur photos ou en vidéo. Un argument qui se tient pour une voiture dont l’expérience repose autant sur les sensations dynamiques que sur le visuel.
Pour Benedetto Vigna, ces données de commandes sont une bouffée d’air frais à un moment délicat. Le véritable risque identifié après la chute du titre n’était pas l’échec commercial de la Luce — Ferrari vend pratiquement tout ce qu’elle produit — mais la possibilité que la direction utilise le bad buzz comme prétexte pour ralentir ses ambitions électriques. D’autant que Porsche et Lamborghini ont récemment revu à la baisse leurs propres engagements en matière d’électrification, créant un contexte dans lequel un faux pas de Ferrari aurait pu être instrumentalisé.
Un carnet de commandes qui dépasse 12 mois donne à Vigna les arguments nécessaires pour maintenir le cap et continuer à investir dans cette plateforme. Et si quelques centaines de collectionneurs fortunés et initialement sceptiques prennent le volant d’une berline de 1 050 ch à quatre moteurs sur une route de montagne, il n’est pas exclu que leur perception change radicalement. Ferrari en est conscient, et c’est précisément pourquoi la marque mise autant sur l’essai en conditions réelles plutôt que sur les photos de studio. Le test grandeur nature reste à venir.
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