Actu voiture électrique

Honda perd 9 milliards sur l’électrique et mise tout sur les hybrides

Michael Ptaszek

Honda traverse une période difficile qu’il aurait lui-même difficilement imaginée il y a seulement cinq ans. Le constructeur japonais, longtemps cité en exemple pour sa gestion rigoureuse et sa capacité à anticiper les tendances du marché, vient d’enregistrer sa première perte annuelle en près de 70 ans. En cause : un pari raté sur l’électrique, qui lui a coûté très cher, au sens propre comme au sens figuré. Voici ce que cela signifie concrètement pour la marque, pour ses futurs modèles, et pour vous en tant qu’acheteur potentiel.

Un virage électrique avorté qui coûte 9 milliards d’euros à Honda

Pour l’exercice fiscal clos en mars 2026, Honda a affiché une perte nette historique, plombée par plus de 9 milliards de dollars de coûts de restructuration directement liés à ses ambitions électriques. Le constructeur avait pourtant misé gros : une plateforme dédiée baptisée 0 Series, conçue pour accueillir plusieurs modèles 100 % électriques, dont un SUV Honda 0 Series, une berline Honda 0 Series, et un crossover Acura RSX. Aucun de ces trois véhicules n’a finalement atteint la chaîne de production. Tous ont été annulés avant même que le premier exemplaire ne soit assemblé.

A lire également :  Les ventes de voitures électriques explosent en Europe pour une simple et bonne raison

Dans la foulée, Honda a officiellement abandonné ses objectifs de ventes de véhicules électriques à long terme. L’ambition d’atteindre 20 % de ventes électriques d’ici 2030 est rayée des tablettes, tout comme le projet de basculer vers une gamme 100 % électrique ou à pile à combustible à l’horizon 2040. Le PDG Toshihiro Mibe a également confirmé la suspension indéfinie d’un méga-projet canadien à 11 milliards de dollars, qui devait inclure une usine d’assemblage et une gigafactory de batteries. Ce chantier aurait représenté le plus grand investissement jamais réalisé par Honda au Canada.

Les raisons d’un échec industriel et commercial

Le cas Honda illustre une réalité que plusieurs constructeurs ont sous-estimée : le marché des voitures électriques ne suit pas une courbe d’adoption linéaire. La demande a ralenti dans plusieurs régions clés, notamment aux États-Unis, où la clientèle hésite encore entre l’électrique pur et les motorisations alternatives. Honda a investi massivement dans une infrastructure technologique et industrielle au moment précis où le marché marquait le pas. Résultat : des dépenses colossales pour un retour sur investissement inexistant.

La concurrence a également joué un rôle. Face à des acteurs comme Tesla, BYD ou Hyundai-Kia, solidement implantés sur le segment électrique, Honda partait avec un retard structurel. La plateforme 0 Series, bien que prometteuse sur le papier, n’a jamais convaincu suffisamment en interne pour franchir le cap de la production de série. Un choix douloureux, mais assumé.

A lire également :  Cette voiture volante électrique qui a sauté par-dessus une Tesla Cybertruck arrive bientôt

La stratégie hybride : cap sur 15 nouveaux modèles d’ici 2030

Honda ne tourne pas le dos à l’électrification pour autant. La marque réoriente simplement ses priorités vers les motorisations hybrides de nouvelle génération, un territoire qu’elle maîtrise historiquement mieux que quiconque avec son système i-MMD. Les deux premiers modèles de cette nouvelle ère débarqueront en 2028, construits sur une plateforme inédite et équipés d’un groupe motopropulseur hybride que Honda annonce comme le « plus efficace au monde », avec un gain de rendement supérieur à 10 % par rapport à la technologie actuelle introduite en 2023.

Lors d’un récent business briefing, Honda a présenté deux concepts représentatifs de cette nouvelle direction :

  • Une berline quatre portes badgée Honda, dont le design rappelle de très près la défunte 0 Series Saloon.
  • Un SUV crossover arborant le logo Acura, visuellement proche du RSX annulé, avec une orientation clairement tournée vers le marché américain (marqueurs latéraux orange visibles sur les prototypes).

Ces deux modèles ne sont que le début. Honda prévoit de lancer pas moins de 15 modèles hybrides d’ici mars 2030, avec une majorité de SUV à transmission intégrale ciblant en priorité les États-Unis. Pour financer cette offensive, le constructeur va injecter 4 400 milliards de yens, soit près de 28 milliards de dollars, dans le développement de nouveaux modèles thermiques et hybrides sur les trois prochaines années. Par comparaison, le budget alloué aux futurs véhicules électriques — destinés principalement aux marchés étrangers — se limite à 5 milliards de dollars.

A lire également :  La France a-t-elle vraiment besoin du nucléaire pour ses voitures électriques ?

Ce que cela change pour les acheteurs et pour le marché

Si vous envisagiez un Honda électrique dans les prochaines années, il faudra clairement revoir vos attentes. La marque ne proposera pas de véhicule électrique grand public dans un avenir proche sur les marchés occidentaux. En revanche, si vous êtes sensible à la consommation de carburant réduite et à la fiabilité éprouvée des hybrides Honda, les années à venir pourraient vous réserver des surprises intéressantes. Les nouvelles architectures hybrides promises pour 2028 devraient offrir des niveaux d’efficacité que peu de concurrents seront en mesure d’égaler à court terme.

Du côté positif pour Honda, la division moto continue de performer solidement, ce qui amortit en partie les pertes de l’automobile. Combinée aux mesures d’économies drastiques déployées en interne, la marque anticipe un retour aux bénéfices dès la fin de l’année 2026. Ce repositionnement stratégique, aussi brutal soit-il, témoigne d’une capacité d’adaptation que peu de groupes automobiles de cette taille peuvent se permettre d’afficher aussi rapidement. La question reste ouverte : Honda a-t-il simplement reculé pour mieux sauter sur l’électrique, ou a-t-il définitivement tourné la page ?

Réagissez à l'article
guest

1 Commentaire
Le plus ancien
Le plus récent Le plus populaire