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L’échéance de 2035 pour l’arrêt de la vente des véhicules thermiques et hybrides en Europe divise profondément les États membres. Alors que l’Allemagne et l’Italie multiplient les pressions pour assouplir cette réglementation, la France et l’Espagne viennent de réaffirmer leur engagement dans une note commune. Cette prise de position dessine les contours d’une bataille européenne qui dépasse les seuls enjeux environnementaux.
La note franco-espagnole, rédigée en amont de la réunion des ministres européens de l’environnement du 21 octobre à Luxembourg, ne laisse place à aucune ambiguïté. L’objectif de 2035 “ne doit pas être remis en cause”, précisent les deux gouvernements. Cette fermeté s’explique par les investissements colossaux déjà engagés dans la filière électrique.
La France mise notamment sur ses gigafactories en cours de développement. L’usine ACC à Billy-Berclau dans le Nord, fruit d’une joint-venture entre Stellantis, Mercedes-Benz et TotalEnergies, représente un investissement de 7,4 milliards d’euros. Le site de Verkor à Dunkerque, prévu pour produire 16 GWh de batteries par an dès 2025, complète ce dispositif industriel. L’Espagne n’est pas en reste avec la future usine CATL, le géant chinois des batteries, qui s’implantera près de Valence avec une capacité de production de 100 GWh annuels.
La position des deux pays se durcit particulièrement sur les véhicules hybrides rechargeables. Favoriser cette technologie serait “inacceptable” selon Paris et Madrid, qui pointent du doigt le bilan écologique contestable de ces motorisations. Les études récentes confirment leurs inquiétudes : en usage réel, ces véhicules consomment souvent deux à trois fois plus que les valeurs annoncées en cycle d’homologation.
Les deux gouvernements acceptent néanmoins certaines “flexibilités” sur les objectifs intermédiaires, mais uniquement si elles encouragent la production européenne. Ils proposent d’attribuer des “super crédits” aux constructeurs qui fabriquent leurs modèles électriques en Europe, sur le modèle de la surprime française de 1 000 euros pour les véhicules équipés de batteries européennes.
Face à cette alliance franco-espagnole, l’Allemagne et l’Italie affichent une opposition de plus en plus marquée. Le chancelier allemand Friedrich Merz a récemment qualifié l’échéance de 2035 de “date butoir irréaliste”, promettant de faire “tout son possible” pour la repousser. Cette résistance allemande s’explique par la situation délicate de son industrie automobile, particulièrement Volkswagen qui traverse une crise majeure avec la fermeture annoncée de plusieurs sites de production.
L’Italie suit la même trajectoire. Stellantis, né de la fusion entre PSA et Fiat Chrysler, peine à maintenir sa production sur le territoire italien. La Fiat 500e, initialement conçue comme un modèle 100% électrique, a récemment été déclinée en version hybride face aux ventes décevantes de sa version électrique.
L’opposition ne vient pas seulement des gouvernements et des constructeurs. Les organisations syndicales montent au créneau, alertant sur les conséquences sociales de cette transition accélérée. La CFE-CGC de Stellantis évoque la disparition potentielle de 100 000 emplois en France, tandis que Force ouvrière dénonce une “décision idéologique déconnectée du réel”.
Ces craintes s’appuient sur des réalités industrielles tangibles. La fabrication d’un moteur électrique nécessite environ trois fois moins de main-d’œuvre qu’un moteur thermique. Les équipementiers spécialisés dans les systèmes d’échappement, les transmissions ou l’injection se trouvent particulièrement exposés.
Au-delà des considérations environnementales, cette bataille révèle les nouveaux rapports de force économiques en Europe. La France et l’Espagne parient sur leur capacité à devenir des acteurs majeurs de la filière batterie, secteur stratégique de la mobilité électrique. Leur position ferme vise aussi à sécuriser les subventions publiques massives déjà accordées à ces projets industriels.
La Commission européenne se retrouve dans une position délicate. Elle doit arbitrer entre des intérêts nationaux divergents tout en maintenant la crédibilité de ses engagements climatiques. La clause de revoyure, initialement prévue en 2026, pourrait être avancée face à la pression croissante des États membres récalcitrants.
Cette fracture européenne intervient à un moment critique pour l’industrie automobile. Les constructeurs chinois, menés par BYD, grignotent des parts de marché avec des véhicules électriques compétitifs, tandis que Tesla maintient sa domination technologique. L’Europe risque de voir sa position s’affaiblir si elle ne parvient pas à présenter un front uni face à ces défis industriels et géopolitiques majeurs.
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