Actu voiture électrique

Pour ce constructeur, la voiture électrique est un non sens

Albert Lecoq

Le patron de Lexus France, Xavier Bartone, a récemment fait des déclarations qui ont agité le secteur automobile. Interrogé par le média spécialisé Auto Infos, il qualifie la stratégie européenne d’électrification de « non-sens économique », estimant que chaque voiture électrique vendue fait perdre entre 1 000 et 3 000 euros à son constructeur. Des propos tranchants, qui méritent d’être pesés avec soin avant d’être pris pour argent comptant.

Le discours de Lexus : une méfiance japonaise bien ancrée

Toyota et ses filiales n’ont jamais vraiment dissimulé leur scepticisme vis-à-vis du tout-électrique. Pendant que la concurrence européenne et américaine accélérait le développement de plateformes dédiées aux véhicules électriques à batterie, le groupe japonais continuait de miser sur l’hybride rechargeable et la pile à hydrogène. Lexus, sa division premium, en est le reflet fidèle : la marque a récemment abandonné son projet de berline zéro émission à l’échappement, et les véhicules électriques ne représentent que 6 % de ses ventes en France, soit environ 7 000 immatriculations prévues sur l’ensemble de l’année 2026. Ce n’est pas un chiffre marginal, mais dans un marché en plein essor, il traduit clairement un positionnement en retrait.

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Pour Xavier Bartone, le problème est structurel : les objectifs réglementaires européens pousseraient les constructeurs à vendre des véhicules électriques que les clients ne demandent pas spontanément, au prix de marges très faibles voire négatives. Il pointe notamment les offres de financement comme les contrats de location longue durée, dont les loyers ne refléteraient pas correctement la valeur réelle des véhicules sur le marché de l’occasion. Un point sensible, car la dépréciation rapide de certains modèles électriques sur le marché secondaire est une réalité documentée, qui complique effectivement le calcul de rentabilité des LOA et LLD.

Des chiffres de vente en hausse, mais une lecture nuancée s’impose

En juillet 2026, les immatriculations de voitures électriques en France ont enregistré une hausse de 127 % sur un an, portant la part de marché de l’électrique à un niveau record de 35 %. Un chiffre impressionnant en apparence, mais qui appelle à la prudence dans son interprétation. Selon L’Argus, cette flambée est en partie liée au lancement du nouveau leasing social le 16 juillet 2026, qui permet à des ménages modestes d’accéder à une voiture électrique pour des mensualités réduites grâce à des aides publiques substantielles. À cela s’ajoute un contexte de prix du pétrole élevés, qui incite mécaniquement une partie des acheteurs à se tourner vers l’électrique pour réduire leurs coûts de carburant.

Autrement dit, cette part de marché record n’est pas le pur reflet d’une demande spontanée des consommateurs. Elle est en partie soutenue par des dispositifs publics et des conditions conjoncturelles favorables. Ce qui ne discrédite pas pour autant la tendance de fond, mais relativise l’enthousiasme affiché par certains observateurs. Et si Xavier Bartone pointe une demande « artificielle », il n’a pas complètement tort sur ce point précis.

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Perte de 3 000 € par voiture : un constat qui ne s’applique pas à tous

L’affirmation selon laquelle les constructeurs perdent entre 1 000 et 3 000 € par véhicule électrique vendu mérite d’être confrontée aux données disponibles. Car la situation varie considérablement d’un acteur à l’autre. Voici ce que disent les chiffres récents :

  • Renault affiche une hausse de 63 % de ses ventes de voitures électriques au premier semestre 2026, avec une marge opérationnelle qui reste positive à 5,2 %, légèrement en recul mais loin d’un gouffre financier.
  • BYD a vu son bénéfice net reculer de 19 % en 2025, mais conserve une marge brute de 17,7 %, l’une des plus élevées du secteur, selon Reuters, ce qui démontre que la rentabilité de l’électrique est atteignable à grande échelle.
  • Lexus, à l’inverse, opère sur un volume trop limité pour amortir correctement les coûts de développement et de production liés à l’électrification, ce qui explique en partie les pertes évoquées par son dirigeant.

La vérité, c’est que le coût de production d’un véhicule électrique est aujourd’hui encore supérieur d’environ 20 % à celui d’un équivalent thermique. Mais cette réalité est en train d’évoluer, notamment grâce à la chute continue du prix du lithium, matériau central dans la fabrication des batteries LFP (lithium-fer-phosphate). Ces batteries, dont le coût représente actuellement environ 40 % du prix total d’une voiture électrique, deviennent progressivement moins chères à produire. Les constructeurs qui auront investi tôt dans leurs propres chaînes d’approvisionnement en matières premières en sortiront gagnants.

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La rentabilité de l’électrique, une question d’échelle et de stratégie

Ce que le discours de Xavier Bartone illustre avant tout, c’est la difficulté spécifique des marques qui abordent l’électrique de manière timorée ou tardive. Produire des véhicules électriques en faibles volumes, sans plateforme dédiée optimisée ni maîtrise de la chaîne de valeur des batteries, est effectivement coûteux. En revanche, les constructeurs qui ont anticipé cette transition et investi massivement dans l’industrialisation — comme Renault avec son alliance Ampere, ou BYD qui fabrique ses propres cellules — disposent d’un avantage de coût structurel significatif.

La question de la valeur résiduelle des voitures électriques sur le marché de l’occasion reste un vrai sujet de préoccupation pour les loueurs et les constructeurs. Mais là encore, la situation s’améliore à mesure que l’offre se stabilise et que la confiance des consommateurs dans ces technologies s’installe. Les propos de Xavier Bartone pointent des réalités économiques réelles, mais elles sont avant tout le reflet de la position particulière de Lexus dans cette transition : un acteur premium, peu engagé dans l’électrique, qui paie le prix de son attentisme plutôt que celui d’un modèle économique intrinsèquement défaillant.

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