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Transformer sa voiture en électrique : le flop que tout le monde voyait venir

Philippe Moureau

Vous l’avez peut-être lu sur LinkedIn : TOLV, l’un des acteurs français les plus prometteurs du rétrofit électrique, vient de fermer définitivement ses portes. Après 7 années d’existence, cette startup qui transformait des véhicules thermiques en électriques a annoncé sa cessation d’activité le 9 décembre. Une nouvelle qui résonne douloureusement dans un secteur déjà fragilisé par la chute de Lormauto quelques mois plus tôt.

Cette double faillite soulève des questions légitimes sur la viabilité économique du rétrofit en France. Entre promesses technologiques et réalités du marché, le fossé semble plus grand que prévu pour cette alternative à l’achat de véhicules électriques neufs.

Une chute annoncée malgré des atouts indéniables

Fondée en 2018 par Wadie Maaninou, TOLV s’était positionnée sur le créneau spécifique des véhicules utilitaires légers. Un choix stratégique judicieux, les professionnels étant particulièrement sensibles aux enjeux de décarbonation de leurs flottes, surtout avec l’arrivée des zones à faibles émissions dans les centres-villes français.

L’entreprise avait réussi à décrocher des homologations pour des modèles emblématiques comme les Renault Trafic et Master, deux piliers du transport léger en France. Plus impressionnant encore, TOLV avait installé son atelier au cœur de la ReFactory de Renault à Flins, bénéficiant ainsi d’une légitimité industrielle rare dans ce secteur naissant. Ce partenariat avec le constructeur français semblait ouvrir la voie à une montée en puissance rapide.

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Mais la réalité s’est révélée plus complexe. Placée en redressement judiciaire le 15 octobre 2025, l’entreprise était en cessation de paiement depuis septembre. Une tentative désespérée de financement participatif durant l’été n’aura pas suffi à redresser la barre. Le message de Wadie Maaninou sur LinkedIn résume l’amertume d’un échec : “Bravo et merci aux salariés qui nous ont rejoints dès les premiers temps, mais aussi plus récemment, pour tenter de relever ce défi”.

L’équation économique du rétrofit reste insoluble

La faillite de TOLV illustre les difficultés structurelles du rétrofit électrique en France. Transformer un véhicule thermique en électrique représente un coût considérable, souvent compris entre 15 000 et 25 000 euros selon le modèle et la taille de batterie choisie. Pour un utilitaire d’occasion, cet investissement peut parfois dépasser la valeur du véhicule lui-même.

Les professionnels se retrouvent face à un dilemme : investir dans le rétrofit d’un véhicule vieillissant ou opter directement pour un utilitaire électrique neuf, bénéficiant des dernières technologies et d’une garantie constructeur complète. Les aides publiques au rétrofit, bien que présentes, restent insuffisantes pour inverser cette tendance.

  • Coût élevé : Entre 15 000 et 25 000 euros par véhicule
  • Autonomie limitée : Souvent inférieure aux modèles électriques d’origine
  • Complexité administrative : Homologations et démarches longues
  • Garanties réduites : Couverture moindre qu’un véhicule neuf
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Lormauto et TOLV, un précédent inquiétant

L’histoire de TOLV rappelle étrangement celle de Lormauto, cette entreprise normande qui avait fait sensation au Mondial de Paris 2022 avec sa Renault Twingo I transformée. Vous vous souvenez probablement de cette petite citadine des années 90 métamorphosée en véhicule électrique, symbole d’une seconde vie possible pour nos voitures thermiques.

Lormauto avait tout pour réussir : une technologie maîtrisée, des véhicules homologués et une communication efficace. Pourtant, l’entreprise s’est écroulée en mai dernier, faute d’avoir reçu un financement de 2,5 millions d’euros promis par Bpifrance. Franck Lefèvre, son co-fondateur, avait alors confié sa déception face à un écosystème français peu enclin à soutenir durablement l’innovation dans ce domaine.

Ces deux échecs successifs dessinent un paysage préoccupant pour le rétrofit français. Les acteurs restants, comme Phoenix Mobility ou E-NEO, observent attentivement ces faillites qui questionnent la soutenabilité de leurs propres modèles économiques.

Un marché de niche face aux géants de l’électrique

La concurrence s’intensifie sur le marché des utilitaires électriques. Renault propose désormais ses Master et Trafic en versions 100% électriques d’origine, avec des autonomies dépassant les 300 kilomètres. Stellantis n’est pas en reste avec ses Peugeot e-Expert, Citroën ë-Jumpy et Opel Vivaro-e, tous déclinés de la même plateforme technique.

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Face à cette offensive industrielle, le rétrofit peine à trouver sa place. Les constructeurs proposent des solutions clés en main, des financements attractifs et surtout une tranquillité d’esprit que ne peut offrir la transformation d’un véhicule d’occasion. Les flottes d’entreprises, principales cibles du rétrofit, privilégient désormais l’achat ou la location longue durée de véhicules neufs.

VéhiculePrix neuf électriqueAutonomie WLTPCoût rétrofit estimé
Renault MasterÀ partir de 52 000 €Jusqu’à 460 km20 000 à 25 000 €
Peugeot e-ExpertÀ partir de 38 000 €Jusqu’à 330 km18 000 à 22 000 €

Les leçons d’un échec programmé

La disparition de TOLV et Lormauto révèle les limites d’un secteur qui misait sur une demande hypothétique. Le rétrofit reste une solution de niche, séduisante sur le papier mais confrontée à des obstacles économiques majeurs. Les coûts de transformation, ajoutés aux incertitudes sur la fiabilité à long terme, découragent les professionnels pourtant sensibles aux enjeux environnementaux.

Les constructeurs automobiles, initialement bienveillants envers ces startups innovantes, développent désormais leurs propres solutions d’électrification massive. Renault, Stellantis et les autres préfèrent naturellement vendre leurs nouveaux modèles électriques plutôt que de voir leurs anciens véhicules retrouver une seconde jeunesse grâce au rétrofit.

Cette double faillite sonne peut-être le glas d’une filière qui aura eu le mérite d’explorer une voie alternative vers la mobilité décarbonée. Les quelques acteurs survivants devront repenser leur approche, peut-être en ciblant des niches très spécifiques ou en développant des partenariats plus solides avec les constructeurs. L’avenir du rétrofit français se joue maintenant, et les prochains mois seront déterminants pour cette industrie en quête d’un second souffle.

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