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Les débats autour des normes CO2 en Europe ne semblent jamais vraiment s’apaiser. Après avoir obtenu des concessions de la part de Bruxelles au début de l’année 2025, les constructeurs automobiles européens remettent le sujet sur la table. Cette fois, c’est Ola Källenius, président de l’Association des constructeurs européens d’automobiles (ACEA) et patron de Mercedes, qui monte au créneau dans une tribune publiée par The Economist. Selon lui, les règles actuelles constituent un frein à la croissance économique et nécessitent une révision avant la fin de l’année.
Cette nouvelle offensive intervient dans un contexte politique européen moins favorable aux mesures environnementales strictes. Les constructeurs multiplient les arguments pour justifier leurs demandes, invoquant tantôt des difficultés économiques, tantôt des problèmes d’adaptation technologique. Mais que cache réellement cette insistance ? Et quelles sont les implications pour l’avenir de la mobilité électrique en Europe ?
La Commission européenne avait pourtant déjà fait un geste significatif en mars 2025 en accordant des flexibilités sur les normes CO2. Le principal changement concerne le mode de calcul : au lieu d’évaluer les émissions année par année, les objectifs sont désormais lissés sur la période 2025-2027. Cette moyenne triennale permet aux constructeurs de compenser une mauvaise année par de meilleurs résultats les années suivantes.
Cette mesure visait à donner plus de temps aux marques pour ajuster leur stratégie et développer leurs gammes de véhicules électriques. Les constructeurs peuvent ainsi mieux planifier leurs lancements de modèles et éviter les amendes qui peuvent atteindre 95 euros par gramme de CO2 dépassant l’objectif, multiplié par le nombre de véhicules vendus. Pour un constructeur vendant un million de véhicules avec un dépassement de 5 g/km, l’amende peut atteindre 475 millions d’euros.
Ola Källenius ne remet pas directement en question l’interdiction des moteurs thermiques en 2035, mais plaide pour une approche plus pragmatique. Il souhaite que les futures normes intègrent plusieurs technologies de transition :
Cette diversification technologique permettrait selon lui d’éviter une dépendance excessive aux batteries lithium-ion et aux chaînes d’approvisionnement chinoises. Les constructeurs allemands, en particulier, misent sur les carburants synthétiques pour maintenir en vie leurs moteurs thermiques haute performance, notamment dans le segment des véhicules de luxe et de sport.
L’argument le plus frappant avancé par le patron de Mercedes concerne le risque d’un “scénario à la cubaine”. Cette métaphore fait référence à la situation de Cuba, où l’embargo américain a contraint les habitants à maintenir en état de marche des véhicules des années 1950-1960. Källenius craint que des normes trop strictes poussent les consommateurs européens à conserver leurs anciens véhicules polluants plutôt que d’investir dans des modèles plus récents et moins émissifs.
Cette crainte n’est pas totalement infondée. Les prix des véhicules électriques restent élevés malgré les aides gouvernementales, et l’infrastructure de recharge demeure insuffisante dans certaines régions. Un véhicule électrique d’entrée de gamme coûte encore entre 25 000 et 30 000 euros, soit 5 000 à 10 000 euros de plus qu’un équivalent thermique. Cette différence de prix peut effectivement inciter certains consommateurs à repousser leur achat automobile.
La pression exercée par les constructeurs s’inscrit dans un contexte politique européen moins favorable aux mesures environnementales strictes. Depuis les élections européennes de 2024, plusieurs partis eurosceptiques et pro-industrie ont gagné en influence. Le Pacte vert européen (Green Deal) fait l’objet de critiques croissantes, particulièrement dans les pays où l’industrie automobile représente un poids économique important.
L’Allemagne, l’Italie et la France concentrent à elles trois plus de 60% de la production automobile européenne. Ces pays exercent une pression considérable sur les institutions européennes pour préserver leurs champions industriels. La récente crise de l’industrie automobile allemande, avec les difficultés de Volkswagen et les restructurations annoncées, renforce cette pression politique.
| Pays | Production annuelle (millions de véhicules) | Emplois dans l’automobile |
|---|---|---|
| Allemagne | 4,1 | 800 000 |
| Espagne | 2,8 | 300 000 |
| France | 2,2 | 400 000 |
| Italie | 1,5 | 250 000 |
Au-delà des considérations environnementales, les négociations autour des normes CO2 révèlent des enjeux économiques majeurs. Les constructeurs européens font face à une concurrence chinoise de plus en plus agressive sur le marché des véhicules électriques. BYD, CATL et d’autres géants chinois proposent des technologies de batterie à des prix très compétitifs, menaçant l’avantage technologique traditionnel des marques européennes.
Les investissements nécessaires pour la transition électrique représentent des sommes considérables. Volkswagen prévoit d’investir 180 milliards d’euros d’ici 2030 dans l’électrification, Mercedes 40 milliards d’euros et BMW 30 milliards d’euros. Ces montants astronomiques expliquent en partie la pression exercée sur les régulateurs pour obtenir plus de flexibilité et de temps pour amortir ces investissements.
La question du timing s’avère donc cruciale. Les constructeurs européens jugent que l’échéance de 2035 pour l’interdiction des moteurs thermiques arrive trop rapidement, alors que leurs concurrents chinois ont pris plusieurs années d’avance dans le développement des technologies électriques. Cette situation explique pourquoi les demandes d’assouplissement se multiplient, malgré les concessions déjà accordées par Bruxelles.
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