Une nouvelle industrie est née autour des batteries de voitures électriques
Vous le savez probablement, les batteries de véhicules électriques ne perdent pas toute leur utilité une fois retirées d’une voiture. […]
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La startup finlandaise Donut Lab continue de faire parler d’elle avec la publication de son second test indépendant sur sa batterie à état solide. Après avoir fait des vagues en début d’année avec l’annonce d’une technologie prétendument révolutionnaire et prête pour la production, l’entreprise basée à Helsinki dévoile désormais des résultats qui, s’ils impressionnent à première vue, laissent les experts plutôt perplexes. Vous vous demandez si cette technologie tient vraiment ses promesses ? Analysons ce que révèlent réellement ces données.
Le dernier test effectué par le centre de recherche technique VTT de Finlande a soumis la cellule de batterie à des températures particulièrement élevées : 80°C et 100°C. Pour vous donner une idée, ces valeurs représentent environ le double de la température maximale de fonctionnement des batteries lithium-ion classiques que vous retrouvez dans la plupart des voitures électriques actuelles. Les études montrent que ces dernières fonctionnent de manière optimale entre 25°C et 40°C, au-delà desquelles elles perdent en efficacité et risquent des dommages permanents.
Les résultats publiés affichent des chiffres intrigants. À 80°C, la cellule aurait délivré 110,5% de sa capacité normale, suggérant que la chimie interne fonctionnerait plus efficacement à température élevée. Poussée jusqu’à 100°C, soit le point d’ébullition de l’eau, elle aurait maintenu 107% de sa capacité. La batterie s’est ensuite rechargée sans signe visible de détérioration, ce qui contraste fortement avec le comportement des batteries lithium-ion traditionnelles qui deviennent instables dans ces conditions.

Si ces performances semblent prometteuses sur le papier, Eric Wachsman, professeur spécialisé dans les batteries à état solide à l’université du Maryland, apporte un éclairage plus nuancé. Il a relevé un détail préoccupant : après le test à 100°C, l’enveloppe extérieure de la batterie a perdu son vide d’air. Ce phénomène pourrait indiquer la perte du joint hermétique qui protège la chimie interne sensible de l’air extérieur.
Les cellules en format poche ont tendance à gonfler en raison de la pression interne, car elles peuvent dégager des gaz pendant les cycles de charge. Wachsman note qu’en comparant les images du test de charge rapide de la semaine précédente avec celles du test à haute température, un gonflement excessif apparaît après seulement quelques cycles. Reste à déterminer si ce problème constitue un risque majeur pour la sécurité ou s’il s’agit d’un comportement attendu pour ce type de technologie.
Au-delà de ces observations, le consensus parmi les experts reste clair : les données fournies sont beaucoup trop limitées pour évaluer les performances réelles dans des applications automobiles. Wachsman affirme que ces tests ne représentent pas l’usage en conditions réelles. “Les cellules ne violent aucune loi de la thermodynamique, mais les données présentées laissent beaucoup à désirer”, explique-t-il.
Pour qu’une batterie soit commercialement viable, elle doit maintenir sa stabilité avec une dégradation de capacité inférieure à 10-20% sur des milliers de cycles. Sans ces informations cruciales, les tests actuels restent essentiellement peu significatifs selon lui. Vous comprenez l’enjeu : quelques cycles à température élevée ne permettent pas de prédire comment la batterie se comportera après des années d’utilisation quotidienne dans votre véhicule.
Rappelons que Donut Lab a fait des annonces particulièrement audacieuses en début d’année. La startup prétend avoir développé une batterie prête pour la production avec des spécifications impressionnantes :
Ces affirmations ont été accueillies avec un scepticisme profond par les experts du secteur, notamment parce que l’entreprise n’a fourni aucune preuve concrète, divulgation de brevet ou démonstration en direct. Les batteries à état solide sont considérées comme le Saint Graal de l’industrie automobile, capables théoriquement d’offrir une autonomie supérieure, des temps de recharge considérablement réduits et un risque d’incendie minimal. Le problème ? La fabrication en série sans défauts reste un défi non résolu, comme l’ont confirmé plusieurs PDG de startups spécialisées interrogés par la presse automobile.
Donut Lab annonce la publication de résultats indépendants supplémentaires dans les semaines à venir. Deux éléments seront particulièrement scrutés par les observateurs : les chiffres concernant la densité énergétique et la divulgation de la chimie exacte de la batterie. Ces informations sont cruciales pour évaluer la crédibilité des affirmations de la startup.
La société affirme que ses batteries équiperont les motos électriques Verge dès ce trimestre 2025. Si cette mise en production se concrétise effectivement, ce sera un test grandeur nature qui permettra enfin de vérifier les performances annoncées. En attendant, les données actuelles, bien qu’intéressantes, ne permettent pas de tirer des conclusions définitives sur la viabilité de cette technologie pour une utilisation automobile à grande échelle. Le verdict reste donc en suspens, et vous devrez patienter avant de savoir si Donut Lab a réellement percé le secret des batteries à état solide ou s’il s’agit d’une nouvelle promesse qui rejoindra la longue liste des annonces prématurées dans ce domaine.
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