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Chine : l’industrie auto électrique passe en mode “maturité”

Philippe Moureau

L’industrie automobile électrique chinoise entre dans une nouvelle phase. Après des années d’innovation frénétique et de croissance explosive, les constructeurs chinois adoptent désormais une approche plus réfléchie, axée sur l’amélioration continue plutôt que sur la révolution permanente. Le récent Salon de l’automobile de Shanghai en témoigne.

Un salon de Shanghai révélateur d’une nouvelle stratégie

Le Salon de Shanghai 2024 a été qualifié de “plus calme” que celui de Pékin l’année précédente. Plusieurs marques importantes étaient absentes : aucun constructeur coréen ou français, pas de Tesla. D’autres entreprises qui avaient fait sensation à Pékin avec des voitures autonomes et des annonces ambitieuses ont disparu avant 2025. Le constructeur Ji Yue a totalement cessé ses activités, tandis que Neta se trouve au bord du gouffre.

Même Xiaomi, qui avait dominé le salon précédent avec sa berline SU7, n’a pas présenté son SUV tant attendu, malgré des prototypes déjà aperçus en essai dans la région de Shanghai.

Ce ralentissement n’est pas nécessairement le signe d’un essoufflement. Il illustre plutôt une transition vers une approche plus mesurée et durable. Les constructeurs chinois semblent avoir compris que les capitaux-risqueurs et les entités étatiques ne continueront pas indéfiniment à financer des projets sans perspective de rentabilité.

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Évolution plutôt que révolution

L’industrie automobile chinoise, après son explosion durant la période COVID, se concentre maintenant sur l’affinage et les mises à jour méthodiques des produits existants, plutôt que sur le développement frénétique de nouveaux modèles.

Les questions qui se posent désormais sont celles de la viabilité économique : y a-t-il vraiment de la place pour d’énormes investissements dans de nouvelles architectures de véhicules et une saturation de chaque segment par toutes les marques ? Probablement pas.

Cette année marque une période de consolidation. Les grandes marques perfectionnent leurs produits, tandis que d’autres, notamment non-chinoises, tentent de rattraper leur retard. L’industrie automobile chinoise devient plus intelligente, plus stable et plus stratégique dans ses choix. Elle se prépare pour le long terme.

BYD : l’exemple parfait de cette maturité

BYD illustre parfaitement cette évolution. Plutôt que de lancer constamment de nouveaux modèles, la marque a préféré améliorer ses véhicules existants.

En 2022, l’Atto 3 (Yuan Plus) offrait une expérience correcte mais présentait des défauts notables : un logiciel peu intuitif, des fonctionnalités gadgets comme un écran rotatif séduisant mais peu pratique, et quelques faiblesses en termes de finition.

Cette année, BYD a considérablement amélioré ses modèles Dolphin et Seal :

  • Interface logicielle repensée avec une meilleure expérience utilisateur
  • Écran haute résolution plus réactif remplaçant l’écran rotatif du Dolphin
  • Qualité des matériaux intérieurs nettement supérieure
  • Meilleur ajustement des plastiques, commutateurs et sélecteurs de vitesse
  • Nouveau système d’assistance à la conduite “God’s Eye” DiPilot avec IA Deepseek
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BYD a également réalisé une avancée majeure avec sa technologie de recharge rapide en 5 minutes, poussant les autres constructeurs chinois à intensifier leurs efforts dans ce domaine.

Chery : rattrapage qualitatif

Chery, entreprise d’État autrefois connue pour ses véhicules électriques et thermiques de qualité moyenne, fait partie des exceptions à cette tendance de ralentissement avec pas moins de 16 nouveaux modèles présentés. Cette offensive massive s’inscrit parfaitement dans la logique de rattrapage qualitatif.

Son iCar V23, inspiré des Jeep militaires de Pékin, a particulièrement attiré l’attention. Ce SUV électrique charmant, sorte d’équivalent chinois du Ford Bronco avec une touche nostalgique, démontre une nette amélioration en termes de qualité et de design. Les efforts de Chery semblent enfin à la hauteur du reste de l’industrie chinoise.

Les constructeurs étrangers s’adaptent au marché chinois

Les marques non-chinoises commencent également à s’ajuster aux exigences locales. General Motors a dévoilé sa nouvelle plateforme Xiao Yao, sous-jacente au concept Electra, avec une stratégie “EREV ou BEV sous un même toit” mieux adaptée aux demandes du marché chinois.

Cette approche libère GM de sa plateforme Ultium, jugée trop imposante pour la Chine et dont les modèles n’ont pas connu le succès escompté.

Nissan, avec sa berline N7, semble s’inspirer directement de BYD ou Leapmotor en proposant une grande berline électrique bien finie à prix compétitif, rencontrant un succès initial prometteur. Le EZ-60 de Mazda a également attiré de nombreux visiteurs lors du salon.

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ConstructeurModèle phareStratégie
BYDDolphin & Seal rénovésPerfectionnement des modèles existants
CheryiCar V23Rattrapage qualitatif massif
GMConcept ElectraAdaptation au marché avec plateforme Xiao Yao
NissanBerline N7Imitation du modèle BYD

Le marché chinois des voitures électriques évolue vers une compétition plus calculée et réfléchie. Les constructeurs priorisent désormais l’amélioration des modèles existants et l’allocation judicieuse des ressources, adoptant les fondamentaux traditionnels de l’industrie automobile.

Face à une concurrence interne féroce et un marché qui se protège des exportations, cette approche plus méthodique devient essentielle pour la survie des constructeurs chinois. Le temps de l’innovation à tout prix semble céder la place à celui de la perfection progressive et de la rentabilité durable.

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