Actu voiture électrique

Lucid et Bolt veulent déployer 25 000 véhicules autonomes électriques en Europe

Michael Ptaszek

Lucid Motors et Bolt ont officialisé le 17 septembre 2026 un partenariat ambitieux visant à déployer 25 000 véhicules électriques autonomes sur le réseau de la plateforme européenne de mobilité partagée. C’est le genre d’annonce qui fait du bruit dans le secteur, mais qui mérite qu’on la lise attentivement avant de s’emballer, surtout quand on sait ce que traverse Lucid en ce moment.

Un accord qui positionne Bolt comme opérateur à grande échelle

Bolt n’est pas un inconnu dans l’univers de la mobilité partagée. Avec plus de 200 millions de clients, 4,5 millions de chauffeurs et coursiers, et une présence dans plus de 50 pays et 850 villes, c’est la plus grande plateforme de mobilité partagée d’Europe. La société ne part donc pas de zéro : elle dispose déjà d’une infrastructure opérationnelle considérable et d’une connaissance fine des réglementations locales, ce qui est précisément ce dont un opérateur de véhicules autonomes a besoin pour exister vraiment.

Dans cet accord, Bolt endosse le rôle d’opérateur à travers sa division dédiée, Bolt Autonomous Driving Solutions. C’est elle qui définira les exigences du véhicule, les standards logiciels et les protocoles de sécurité, tout en construisant l’infrastructure de flotte et les partenariats avec les villes. L’objectif affiché est clair : posséder et exploiter elle-même la flotte. Les 25 000 véhicules constituent, selon Bolt, “une étape majeure” vers un objectif plus large de 100 000 véhicules autonomes sur son réseau d’ici 2035. Markus Villig, fondateur et PDG de Bolt, résume sa vision ainsi : conduire autonome en Europe “nécessite que les données, le logiciel, les véhicules et les opérations fonctionnent comme un seul système, pensé pour les routes et les réglementations européennes.”

A lire également :  Range Rover électrique : mieux que l'essence, mais à quel prix ?

Ce que Lucid apporte concrètement à ce partenariat

Du côté de Lucid, c’est la toute nouvelle entité Lucid Technologies — regroupant les efforts en matière d’IA, d’aide à la conduite et d’autonomie — qui pilote le dossier. Les véhicules seront construits sur la future plateforme Midsize de Lucid et conçus pour répondre au niveau 4 d’autonomie SAE, ce qui signifie un véhicule capable de se conduire seul dans des conditions et zones définies, sans intervention humaine. Les deux partenaires prévoient de co-développer un véhicule dit “ADS-ready” dès la phase de conception, et le système embarqué devrait s’appuyer sur NVIDIA Hyperion, une architecture de référence prête pour la production intégrant calcul haute performance et suite de capteurs standardisée.

Mais il faut être précis sur ce que Lucid fournit réellement dans cet accord : le véhicule. Pas le logiciel de conduite autonome. NVIDIA Hyperion, c’est du calcul et des capteurs, pas un système de conduite autonome en soi. Le communiqué précise que les partenaires devront encore “travailler avec des partenaires technologiques spécialisés” pour atteindre le niveau 4 opérationnel. Autrement dit, la brique la plus complexe — celle qui transforme une Lucid en véritable robotaxi — reste à construire.

Le deuxième pari autonome de Lucid en moins d’un an

Ce n’est pas la première fois que Lucid s’associe à une grande plateforme de mobilité. En juillet 2025, Uber s’était engagé à déployer 20 000 Lucid Gravity en robotaxis aux États-Unis, via le système de conduite autonome de Nuro, assorti d’un investissement de 300 millions de dollars. Depuis, Uber a porté sa participation dans Lucid à environ 11,5 %. L’accord avec Bolt est structurellement différent : c’est l’Europe et non les États-Unis, la plateforme Midsize et non le SUV Gravity, et NVIDIA Hyperion plutôt que Nuro. Sur le papier, Lucid cumule désormais des engagements pour 45 000 véhicules autonomes sur deux continents.

  • Accord Uber (2025) : 20 000 Lucid Gravity, marché américain, système Nuro, investissement de 300 M$
  • Accord Bolt (2026) : 25 000 véhicules sur plateforme Midsize, marché européen, architecture NVIDIA Hyperion
  • Total des engagements annoncés : 45 000 véhicules autonomes sur deux continents
  • Objectif Bolt à horizon 2035 : 100 000 véhicules autonomes sur son réseau
A lire également :  Que se passe-t-il vraiment quand on atteint 0% en voiture électrique ? Le cas de la nouvelle Twingo

Une plateforme Midsize qui n’existe pas encore — et qui a déjà pris du retard

C’est là que le tableau se complique. Les 25 000 véhicules de cet accord reposent sur la plateforme Midsize de Lucid, qui n’est pas encore construite. Et Lucid vient précisément de la repousser. Le 4 août 2026, lors d’une remise à plat opérationnelle annoncée avec les résultats du deuxième trimestre, la société a décalé le programme Midsize sans préciser de nouvelle date. Ce n’est pas un incident isolé : Silvio Napoli est devenu PDG permanent le 1er juin, la société a supprimé 18 % de ses effectifs — soit environ 1 500 postes — courant juin, retiré ses prévisions de production pour 2026, et n’a livré que 3 953 véhicules au deuxième trimestre.

Ni Lucid ni Bolt n’ont communiqué de calendrier de déploiement pour cette flotte. L’objectif des 100 000 véhicules est fixé à 2035, soit dans neuf ans. Le temps ne presse peut-être pas, mais la situation actuelle de Lucid invite à la prudence : annoncer des flottes de dizaines de milliers de véhicules autonomes alors que la plateforme censée les accueillir accuse du retard et que la production trimestrielle reste sous les 4 000 unités, c’est un écart qui mérite d’être souligné.

Ce que cela signifie vraiment pour le marché européen de la mobilité autonome

Bolt est une plateforme sérieuse, avec une présence réelle dans 850 villes et un volume de données opérationnelles que peu d’acteurs peuvent revendiquer en Europe. Ce n’est pas une annonce de startup sans passé. Mais la réalité du calendrier et des capacités industrielles actuelles de Lucid invite à relativiser l’impact immédiat de cet accord. L’autonomie de niveau 4 à grande échelle n’a encore été déployée commercialement que de façon très limitée dans le monde, et chaque marché européen impose ses propres cadres réglementaires, souvent plus contraignants qu’aux États-Unis.

A lire également :  Les ventes de voitures électriques d'occasion explosent, la Zoé en tête

Ce partenariat dit quelque chose d’intéressant sur la stratégie de Lucid : se positionner comme fournisseur de véhicules haut de gamme pour les flottes autonomes, en laissant la couche logicielle à des tiers spécialisés. C’est un choix cohérent avec ses compétences, notamment en matière d’efficience énergétique et de qualité de fabrication. Mais cela signifie aussi que la valeur ajoutée de Lucid dans l’équation autonome reste celle d’un constructeur, et que les 45 000 véhicules annoncés ne se matérialiseront que si les partenaires logiciels, les régulateurs et la chaîne de production suivent — simultanément.

Réagissez à l'article
guest

0 Commentaires
Le plus ancien
Le plus récent Le plus populaire