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Les États-Unis peuvent s’affranchir de la Chine pour les batteries électriques

Alexandra Dujonc

L’industrie automobile américaine traverse une période charnière concernant la production de batteries pour véhicules électriques. Alors que les ventes de voitures électriques connaissent des fluctuations en 2025, la course à l’indépendance technologique s’intensifie. Panasonic, géant japonais des batteries, affirme que les États-Unis peuvent “absolument” réduire leur dépendance vis-à-vis de la Chine dans ce secteur stratégique.

Allan Swan, président et directeur général de Panasonic Energy Corporation of North America, se montre optimiste quant aux capacités américaines à développer une chaîne d’approvisionnement domestique robuste. Cette déclaration intervient dans un contexte où de nombreux fabricants de batteries cherchent activement à diversifier leurs sources d’approvisionnement, s’éloignant progressivement du modèle sino-centré qui dominait jusqu’alors le marché.

Un investissement de 4 milliards de dollars au Kansas

Panasonic concrétise ses ambitions avec l’ouverture de sa seconde usine américaine à De Soto, dans le Kansas. Cette méga-usine de 4 milliards de dollars représente un pari audacieux sur l’avenir de la production locale. Prévue pour être pleinement opérationnelle d’ici fin 2026, elle sera capable de produire suffisamment de cellules pour alimenter environ 500 000 véhicules électriques par an.

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L’installation utilise la technologie des cellules cylindriques 2170, un format qui s’impose progressivement dans l’industrie. Tesla demeure le principal client de Panasonic, mais le fabricant japonais diversifie sa clientèle. Dès l’année prochaine, Lucid Motors recevra des cellules produites sur le sol américain, abandonnant les cellules NMC fabriquées au Japon qu’elle utilisait précédemment.

Les incitations fiscales, moteur de la relocalisation

Le cadre réglementaire américain joue un rôle déterminant dans cette dynamique de relocalisation. Le crédit de production 45X et les tarifs douaniers créent un environnement favorable au développement de l’industrie domestique. Bien que l’administration Trump ait réduit plusieurs programmes environnementaux, ce crédit manufacturier avancé reste intact et alloue des milliards pour la production nationale de batteries lithium-ion.

Selon les médias locaux du Kansas, Panasonic pourrait bénéficier de 6,8 milliards de dollars grâce à l’Inflation Reduction Act adopté sous l’administration Biden. Swan confirme que l’entreprise est en bonne voie pour obtenir ces financements, précisant que ces crédits manufacturiers permettront de réinvestir dans les batteries et de soutenir les fournisseurs et clients.

L’effet d’entraînement sur la chaîne d’approvisionnement

Ces méga-usines fonctionnent comme des aimants pour l’écosystème industriel environnant. À l’image des usines automobiles traditionnelles qui attirent les équipementiers spécialisés dans les moteurs et transmissions, une usine de batteries de cette envergure encourage les producteurs de matériaux actifs de cathode et d’anode à s’implanter à proximité.

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Cette proximité géographique génère des économies substantielles :

  • Réduction des coûts logistiques
  • Optimisation des processus de production
  • Création d’un écosystème industriel complet
  • Facilitation des plans de localisation

Panasonic profite également des investissements réalisés par d’autres acteurs. Les fournisseurs installés pour servir LG Energy Solution et Samsung SDI peuvent étendre leurs services à d’autres clients, la plupart des accords d’approvisionnement dans l’industrie des batteries n’étant pas exclusifs.

Un calendrier ambitieux de dix ans

Swan estime qu’il faudra “dix années de travail intensif” pour perfectionner la chaîne d’approvisionnement et optimiser les processus afin de se découpler véritablement de la Chine. Cette période permettra de développer les compétences techniques, d’affiner les procédés de fabrication et de créer un réseau de fournisseurs fiable sur le territoire américain.

D’autres constructeurs embrassent cette stratégie de localisation. General Motors prévoit de produire localement des cellules riches en lithium-manganèse (LMR) à partir de 2028 pour ses SUV et camions de grande taille. Ford développe la même chimie et son BlueOval Battery Park Michigan fabriquera des batteries lithium fer phosphate (LFP) à bas coût en utilisant la technologie sous licence du chinois CATL.

Malgré les 22 milliards de dollars de projets d’énergie propre annulés au premier semestre 2025, représentant environ 16 500 emplois supprimés, les fabricants de batteries maintiennent leurs investissements. Cette résilience s’explique par la mise en place progressive des tarifs douaniers de Trump qui rendent la production locale plus attractive. Pour Panasonic, l’enjeu dépasse la simple fabrication de batteries : il s’agit de contribuer à “créer un monde plus propre” en alignant clients et fournisseurs sur cette mission commune.

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