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Il y a cinq ans, Rivian et Lucid étaient presque systématiquement citées ensemble dans la même phrase. Les deux constructeurs incarnaient la promesse d’une alternative américaine crédible à Tesla, chacun avec ses ambitions propres, ses investisseurs aux poches profondes et ses premiers modèles acclamés par la presse spécialisée. Toutes deux ont fait leurs débuts en bourse en 2021, ont commencé leurs livraisons à quelques semaines d’intervalle, et ont rapidement brûlé des milliards de dollars dans la course à la viabilité industrielle. En 2026, les deux entreprises sont toujours debout — ce qui n’était pas gagné d’avance — mais leurs situations respectives n’ont jamais été aussi différentes.
Lors de la publication de ses résultats du deuxième trimestre 2026, Lucid a annoncé ce qu’il faut bien appeler une restructuration massive, baptisée en interne “operational reset”. L’objectif affiché : économiser 1,4 milliard de dollars sur l’année en cours, via des suppressions de postes, une réduction des dépenses d’investissement et une baisse volontaire de la production dans son usine d’Arizona pour mieux écouler les stocks existants. Le chiffre d’affaires du trimestre a progressé pour atteindre 405 millions de dollars, mais la perte nette s’est creusée à plus d’un milliard de dollars sur la même période. La société indique disposer de 3 milliards de dollars de liquidités, ce qui lui donne de l’air jusqu’en 2027.
Le PDG Silvio Napoli, à l’occasion de son premier appel aux investisseurs en tant que dirigeant, n’a pas mâché ses mots : “Nous n’avons pas exécuté de manière cohérente, nous avons manqué des engagements, lancé des produits avant qu’ils soient prêts, sous-investi dans le service client, et réagi trop lentement aux problèmes de qualité.” Un mea culpa rare dans l’industrie automobile, et qui dit beaucoup sur l’ampleur des difficultés. Le lancement du SUV Gravity fin 2024 a notamment été entaché de bugs logiciels significatifs, une expérience que Lucid ne souhaite visiblement pas répéter. Ce qui explique pourquoi le lancement du Cosmos — le crossover à 50 000 dollars censé enfin ouvrir le marché de masse pour la marque — a été repoussé de fin 2026 à 2027. Un choix assumé, mais qui retarde encore l’accès à un segment bien plus porteur que celui des berlines et SUV premium.
Le problème de Lucid n’est pas d’ordre technologique. La berline Air reste l’une des voitures électriques les plus avancées du marché sur le plan de l’efficience énergétique et de l’autonomie. Le Gravity SUV trois rangées apporte enfin une réponse aux familles américaines. Pourtant, Lucid n’a livré que 16 000 véhicules l’an dernier, un chiffre qui illustre bien les limites d’un positionnement ultra-premium dans un marché où la demande se concentre de plus en plus sur des modèles accessibles. Miser sur une berline quatre portes haut de gamme pour ses débuts, aussi impressionnante soit-elle, c’est choisir un segment intrinsèquement étroit.
La bouée de sauvetage reste le fonds souverain saoudien (PIF), actionnaire majoritaire, qui a injecté plusieurs milliards ces dernières années. Le mois dernier, un prince saoudien a encore acquis 5 % du capital de Lucid dans un geste interprété comme un signal de confiance. Par ailleurs, le partenariat robotaxi avec Nuro et Uber figure parmi les “projets prioritaires” identifiés par la direction, avec l’espoir que cette diversification technologique apporte des revenus complémentaires à moyen terme.
De l’autre côté du ring, Rivian aborde 2026 avec une posture nettement différente. Le constructeur du Colorado a réalisé 1,66 milliard de dollars de chiffre d’affaires au deuxième trimestre, avec une perte nette de 837 millions de dollars — en amélioration par rapport à la même période en 2025. Surtout, Rivian a commencé les livraisons client du R2, son crossover plus compact et moins cher, dès juin 2026. Ce modèle représente pour Rivian ce que le Model 3 a été pour Tesla : une tentative de descendre en gamme pour toucher un public plus large.
La société a relevé ses prévisions de livraisons à 65 000 à 70 000 véhicules pour l’année, contre environ 42 000 en 2025. Un bond significatif, qui repose largement sur la montée en cadence du R2. Rivian bénéficie également d’un atout stratégique peu visible mais décisif : son partenariat technologique avec le groupe Volkswagen, qui a généré quelque 300 millions de dollars de revenus au seul deuxième trimestre. Au-delà des revenus immédiats, cet accord — qui prévoit des achats d’actions et des apports en dette de la part de VW — offre à Rivian une visibilité financière précieuse pendant sa phase de montée en volume.
Le choix initial de Rivian de lancer un pickup premium (le R1T) et un SUV (le R1S) s’est avéré bien plus aligné avec les préférences des acheteurs américains que la berline de Lucid. Les Américains achètent des trucks et des SUV, et Rivian l’a compris dès le départ. La marque a également su diversifier rapidement son offre, avec une camionnette de livraison pour Amazon lancée peu après le R1T, avant d’ajouter le R2.
Voici les principaux enseignements que l’on peut tirer de la situation actuelle des deux constructeurs :
Aucune de ces deux entreprises n’est à l’abri. Rivian doit encore prouver que le R2 trouve preneur en quantité suffisante dans un marché électrique américain qui reste en deçà des attentes initiales. Lucid, elle, doit tenir jusqu’au lancement du Cosmos sans consumer ses réserves de trésorerie. Ce qui est certain, c’est que les deux trajectoires, autrefois quasi identiques, ont divergé de façon spectaculaire. Rivian cherche à accélérer, Lucid cherche à se stabiliser — et les prochains trimestres diront laquelle de ces deux stratégies s’avère la bonne.
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