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Tesla admet être en retard sur la conduite autonome face à son concurrent

Albert Lecoq

Le vice-président de Tesla en charge de l’intelligence artificielle et de la conduite autonome, Ashok Elluswamy, a récemment reconnu que le constructeur américain accusait un retard de “quelques années” sur son concurrent Waymo. Une déclaration surprenante qui mérite d’être analysée dans un contexte où la course à la voiture 100% autonome s’intensifie.

Un retard assumé mais une stratégie différente

Dans une interview peu commune, le responsable de la conduite autonome chez Tesla a fait preuve d’une franchise inhabituelle. Il a clairement admis que l’entreprise d’Elon Musk se trouvait technologiquement derrière Waymo, la filiale d’Alphabet (maison-mère de Google). Cette confession contraste fortement avec le discours habituellement tenu par Elon Musk, qui a régulièrement minimisé les avancées de la concurrence.

Le point crucial de cette différence réside dans les niveaux d’autonomie atteints. Alors que Waymo propose déjà des trajets de niveau 4 (autonomie complète dans des zones définies) à ses clients depuis plusieurs années, Tesla n’a jusqu’à présent proposé qu’un système d’assistance à la conduite de niveau 2, nécessitant une supervision constante du conducteur. Tesla prévoit de lancer son premier service de transport autonome de niveau 4 à Austin seulement le mois prochain, avec une flotte initiale limitée à 10-12 véhicules.

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La question économique au cœur de la stratégie Tesla

Si Tesla reconnaît son retard technologique, l’entreprise met en avant un avantage considérable : le coût. Elluswamy affirme que l’approche de Tesla est beaucoup moins onéreuse, tout en visant une qualité équivalente à terme. Cette différence de coût s’explique par plusieurs facteurs :

  • L’absence de capteurs LiDAR sur les Tesla, remplacés par un système basé uniquement sur des caméras
  • Des économies d’échelle importantes avec plus d’un million de véhicules produits par an
  • L’utilisation de véhicules grand public pour le futur service de robotaxis

Le modèle économique se distingue fondamentalement : Waymo achète des véhicules à d’autres constructeurs et y intègre ses capteurs et son matériel, avec une production limitée à quelques centaines d’unités actuellement. Tesla, de son côté, prévoit d’utiliser pour son service pilote à Austin les mêmes véhicules que ceux livrés aux clients, avec un logiciel optimisé pour fonctionner dans une zone géographiquement limitée.

Les défis techniques et opérationnels

Le coût des véhicules n’est qu’une partie de l’équation. Pour opérer un service de taxis autonomes, d’autres facteurs entrent en jeu :

FacteurImpactSituation actuelle
Télé-opérationCrucial pour la sécuritéTesla prévoit un “niveau élevé” de télé-opération
Formation spécifiqueNécessaire par régionWaymo opère déjà dans 5 marchés
Approbations réglementairesLimitant l’expansionProcessus complexe et variable selon les juridictions

Le ratio téléopérateur/véhicule représente un facteur économique déterminant. Si Waymo utilise déjà un certain niveau de télé-opération, Tesla a annoncé vouloir s’appuyer fortement sur cette technologie. Un ratio de 1:10 (un téléopérateur pour dix voitures) serait beaucoup plus rentable qu’un ratio de 1:1, mais la question de la sécurité entre alors en jeu.

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La bataille des chiffres : le déploiement à grande échelle

Waymo dispose d’une avance considérable en termes de déploiement opérationnel. L’entreprise réalise actuellement plus de 250 000 courses payantes par semaine et étend progressivement ses zones d’opération dans cinq marchés différents. Tesla, quant à elle, débute tout juste son aventure dans la conduite autonome de niveau 4.

L’avantage principal de Tesla pourrait résider dans sa capacité à déployer rapidement une flotte importante. Avec des centaines de milliers de véhicules équipés de huit caméras et d’un ordinateur dédié à l’IA déjà sur les routes, le potentiel théorique est énorme. Mais transformer ces voitures en véritables taxis autonomes nécessite des avancées logicielles majeures que Tesla n’a pas encore démontrées à grande échelle.

La promesse initiale de Tesla d’activer la conduite autonome complète sur les véhicules de ses clients semble s’éloigner. Pour déployer son service à Austin, l’entreprise devra probablement s’appuyer sur des techniques similaires à celles de Waymo : cartographie précise, géofencing (limitation géographique) et supervision à distance, potentiellement avec un ratio proche de 1:1 entre téléopérateurs et véhicules.

L’importance de la démonstration réelle

La course à l’autonomie se joue désormais sur le terrain de la preuve par l’exemple. Waymo a déjà démontré sa capacité à opérer en conditions réelles, avec des passagers payants, sans conducteur de sécurité. Tesla doit maintenant prouver que son approche différente peut atteindre des résultats similaires.

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Les prochains mois seront décisifs pour évaluer la pertinence de la stratégie de Tesla. Le lancement du service à Austin représente une étape cruciale qui permettra de mesurer l’écart réel entre les deux approches technologiques. Le pari d’Elon Musk sur la vision par ordinateur et l’apprentissage par l’expérience pourra-t-il rattraper l’approche multi-capteurs et la cartographie haute définition privilégiées par Waymo?

La bataille pour la conduite 100% autonome ne fait que commencer, et si Tesla accuse un retard avoué, sa capacité à mobiliser d’importantes ressources et à déployer rapidement ses technologies à grande échelle pourrait encore rebattre les cartes de cette compétition technologique majeure.

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