La voiture électrique de Xiaomi fait paniquer les constructeurs européens
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Tesla est au cœur d’une controverse qui dépasse largement les réseaux sociaux. Des documents obtenus par Reuters via des demandes d’accès aux archives publiques révèlent que le constructeur américain a présenté ses propres statistiques sur la sécurité du système Full Self-Driving (FSD) directement à des autorités de régulation européennes, dans le cadre d’une démarche d’homologation officielle. Ces chiffres, qualifiés de trompeurs par dix chercheurs indépendants sur onze, soulèvent des questions sérieuses sur la fiabilité du lobbying de Tesla auprès des instances gouvernementales.
En novembre 2024, Tesla a adressé un courrier à la RDW, l’autorité routière néerlandaise, en y joignant un lien vers son propre rapport de sécurité et en affirmant que l’utilisation accrue du FSD “conduit à des routes plus sûres“. Après plus d’un an d’échanges et de tests, la RDW a approuvé l’utilisation du FSD aux Pays-Bas en avril 2025, et cherche désormais à obtenir une homologation à l’échelle européenne pour le compte de Tesla. La Lituanie, la Belgique et le Danemark ont également accordé leur approbation nationale.
La RDW a précisé à Reuters qu’elle ne s’appuie pas sur des “affirmations marketing ou des statistiques externes” et qu’elle réalise ses propres “tests, analyses et vérifications” sur route ouverte et sur circuit. Reste que l’autorité n’a pas confirmé avoir évalué la validité des données américaines de Tesla. Ce flou laisse planer un doute légitime sur la rigueur du processus d’approbation, même si la RDW insiste sur son indépendance.
Peu après l’approbation néerlandaise du 10 avril 2025, Ivan Komusanac, responsable des affaires réglementaires chez Tesla, a contacté les régulateurs suédois pour demander une homologation similaire. Il a joint une présentation affirmant que les Tesla équipées du FSD peuvent parcourir plus de sept fois la distance entre deux accidents par rapport à un conducteur humain américain moyen. La présentation incluait également la désormais célèbre affirmation : le FSD aurait pu “sauver 32 000 vies” et éviter 1,9 million de blessés.
Cette statistique repose sur un scénario que les chercheurs qualifient d’absurde : remplacer l’intégralité du parc automobile américain — camions, motos, tout type de véhicule — par des Tesla dotées du FSD. Par ailleurs, Tesla compare son taux d’accidents déclenchant un déploiement d’airbags à la moyenne nationale américaine qui intègre des incidents bien moins graves. C’est une comparaison entre pommes et oranges qui gonfle artificiellement le différentiel de sécurité d’un facteur trois. La marque compare également ses véhicules récents à un parc américain moyen vieux de 12 ans en moyenne — un biais évident, car n’importe quelle voiture neuve affiche de meilleures statistiques de sécurité qu’un véhicule d’une décennie.
Les réactions des autorités européennes révèlent des niveaux de vigilance très inégaux. Anders Eriksson, enquêteur à l’Agence suédoise des transports, a indiqué que les régulateurs “regardent au-delà des chiffres bruts” et que leur évaluation ne serait pas fondée “uniquement sur des affirmations de sécurité agrégées”. Sans pour autant préciser quelles autres preuves Tesla avait réellement fournies. La Norvège s’est montrée plus directe : Stein-Helge Mundal, de l’Administration publique des routes norvégiennes, a répondu à des partisans de Tesla qui réclamaient l’approbation du FSD en soulignant que les chiffres de Tesla sont “auto-produits“, rendant difficile toute corrélation avec les statistiques officielles d’accidents.
En Grèce, en revanche, un régulateur a cité des données “venant de l’autre côté de l’Atlantique” indiquant que le FSD provoque “une baisse très significative des accidents”, sans préciser si ces données provenaient du rapport interne de Tesla. Cette disparité de traitement entre États membres pose une vraie question de cohérence, surtout quand on sait que pour obtenir une homologation à l’échelle de l’UE, des représentants de 55 % des États membres représentant 65 % de la population du bloc doivent voter favorablement.
Le Conseil européen pour la sécurité des transports (ETSC) a exprimé ses inquiétudes de façon claire. Dudley Curtis, porte-parole de l’organisation, a déclaré que si Tesla souhaite formuler des affirmations sur la sécurité, la démarche devrait être simple : “transmettre les données à une université, les faire vérifier indépendamment par un chercheur qualifié, et ensuite on en reparle.” Tesla n’a pas donné suite aux demandes de commentaire de Reuters.
C’est précisément ce refus de soumettre ses données à une vérification indépendante qui nourrit la méfiance. Présenter des statistiques internes lors d’un lobbying informel est une chose ; les soumettre dans le cadre d’une procédure officielle d’homologation en est une autre. La frontière entre argument commercial et preuve réglementaire est ici franchie, et les autorités européennes doivent en être pleinement conscientes.
Tesla a publiquement reconnu que l’homologation du FSD en Europe est stratégique pour regagner des parts de marché dans une région où ses ventes se sont effondrées l’an dernier. Le contexte est connu : le positionnement politique d’Elon Musk, notamment son rapprochement avec des partis d’extrême droite européens, a entraîné un net recul de l’image de marque. BYD a désormais dépassé Tesla en volume de ventes en Europe sur plusieurs mois consécutifs, et les constructeurs chinois continuent de grappiller des parts de marché.
Dans ce contexte, la pression pour accélérer l’approbation du FSD est compréhensible d’un point de vue commercial. Mais elle ne justifie pas de présenter à des régulateurs des données dont la méthodologie a été publiquement et sévèrement critiquée par la communauté scientifique. Les autorités qui ont déjà approuvé le FSD ont indiqué avoir conduit leurs propres évaluations, ce qui est rassurant. Reste que le fait même que Tesla ait tenté d’appuyer ses demandes avec ces statistiques controversées auprès de plusieurs États membres mérite d’être suivi de près, à mesure que le dossier avance vers une éventuelle décision européenne commune.
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