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Tesla Roadster : nouveaux logos déposés, la supercar électrique bientôt dévoilée ?

Albert Lecoq

Neuf ans. C’est le temps qui s’est écoulé depuis que Tesla a présenté son Roadster au monde entier, en novembre 2017, avec des promesses de livraison pour 2020. En mai 2026, la voiture n’existe toujours qu’à l’état de prototype, et les réservations patientent toujours dans les comptes de la marque californienne. Pourtant, deux nouveaux dépôts de marques viennent d’apporter les signaux les plus concrets observés depuis longtemps — même si, sur ce dossier précis, “concret” reste un terme à manier avec précaution.

Deux dépôts de marques qui révèlent une identité visuelle inédite pour la supercar

Le 3 février 2026, Tesla a soumis deux demandes d’enregistrement de marques auprès de l’United States Patent and Trademark Office (USPTO), toutes deux liées au Roadster. La première (numéro de série 99630872) concerne un logotype “ROADSTER” stylisé : lettres en majuscules, étirées, angulaires, avec des formes segmentées qui évoquent clairement une esthétique haute performance. Ce logotype est classifié dans la catégorie IC012, celle des véhicules terrestres électriques.

La seconde demande est franchement plus intéressante. Elle décrit un badge en forme de losange composé de lignes censées évoquer, selon les propres termes du dépôt, “la vitesse, la propulsion, la chaleur ou le vent”. C’est un vrai changement d’approche pour Tesla, qui s’en tient habituellement à un simple logotype plat, identique sur toute sa gamme. À l’exception du Cybertruck et de son logo angulaire en deux parties, Tesla n’a jamais doté un de ses modèles d’un badge exclusif. Le Roadster semble donc bénéficier d’un traitement visuel normalement réservé aux constructeurs de supercars exotiques — ce qui, dans l’univers de la communication automobile, n’est pas anodin.

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Ce que “intent to use” signifie vraiment sur le plan juridique

Les deux dépôts ont été effectués sur une base dite “intent to use”, autrement dit Tesla déclare avoir l’intention commerciale d’utiliser ces marques, sans les avoir encore déployées. Ce statut n’est pas une simple formalité administrative. Aux États-Unis, une entreprise qui dépose une marque sous ce régime est tenue de démontrer une utilisation commerciale effective dans un délai généralement fixé à trois ans, avec possibilité d’extensions. Sans quoi, l’enregistrement tombe.

Le calendrier de ces dépôts — en février 2026, période à laquelle Tesla annonçait s’approcher d’une fenêtre de présentation — laisse penser qu’il s’agit d’une démarche cohérente avec une préparation sérieuse au lancement. Les mêmes dépôts comprenaient par ailleurs ce qui ressemblait à une silhouette actualisée du véhicule, plus élancée et avec un pavillon plus carré que le concept de 2017. Pour autant, Tesla a déjà abandonné des marques déposées sans jamais commercialiser les produits correspondants. Ce précédent mérite d’être gardé en tête.

Un historique de retards qui dépasse l’entendement

Si vous avez réservé un Tesla Roadster, vous avez déboursé entre 50 000 et 250 000 dollars de dépôt selon les formules — dont un package “Founders Series” à 250 000 dollars intégralement versés d’avance. En échange, voici ce que vous avez obtenu jusqu’ici :

  • Novembre 2017 : présentation du prototype, livraisons annoncées pour 2020
  • 2021, 2022, 2023, 2024 : dates successives avancées puis abandonnées par Elon Musk
  • Novembre 2025 : report officiel de la présentation à avril 2026, production repoussée à 2027-2028
  • Mars 2026 : Musk promet un dévoilement avant fin avril — qui n’a pas eu lieu
  • Q1 2026 (appel aux investisseurs) : nouveau report à “peut-être dans un mois”, soit fin mai ou début juin 2026
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C’est au moins le huitième report depuis 2017. Si les premières livraisons interviennent 12 à 18 mois après la présentation officielle — scénario évoqué par Musk lui-même — les premiers clients attendraient leurs voitures quelque part entre mi-2027 et fin 2028, soit une décennie complète après avoir posé leur dépôt.

Le Roadster peut-il encore justifier l’attente face à la concurrence électrique actuelle ?

En 2017, les caractéristiques annoncées pour le Roadster faisaient l’effet d’une bombe : 0 à 100 km/h en moins de 2 secondes, une autonomie revendiquée à plus de 960 km, et des accélérations dignes des hypercars thermiques les plus exclusives. À l’époque, ces chiffres n’avaient tout simplement pas d’équivalent.

En 2026, le paysage a profondément changé. Voici ce à quoi le Roadster devra faire face s’il arrive sur le marché :

  • Rimac Nevera : 1 914 ch, 0 à 100 km/h en 1,9 seconde, livrée depuis plusieurs années à ses clients
  • Porsche Taycan Turbo GT : itérations régulières, disponible à la commande, avec des performances de haut niveau dans un package raffiné
  • Constructeurs chinois : plusieurs marques proposent des performances extrêmes à des tarifs bien inférieurs à ce que Tesla a jusqu’ici envisagé pour son Roadster

Tesla devra donc livrer un produit qui justifie neuf ans d’attente, des dépôts immobilisés, et un prix qui s’annonce élevé. Les spécifications d’origine — si elles sont maintenues ou dépassées — restent impressionnantes sur le papier. Mais le marché des supercars électriques haute performance n’est plus un terrain vierge. La barre s’est considérablement relevée, et les acheteurs potentiels ont désormais d’autres options concrètes, disponibles immédiatement.

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Les dépôts de marques de février 2026 sont, à ce jour, le signe le plus tangible que le Roadster se prépare à exister vraiment. Mais sur un dossier où chaque annonce a été suivie d’un nouveau délai, la prudence reste de mise. La date de présentation repoussée à plusieurs reprises, désormais attendue pour fin mai ou début juin 2026, sera le vrai test : soit Tesla monte enfin sa supercar sur une scène, soit ce projet entre dans une nouvelle phase de doutes. Les réservations, elles, attendent toujours.

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