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Toyota n’a jamais été du genre à mettre tous ses œufs dans le même panier. La stratégie dite “multi-voies” du constructeur japonais — qui englobe les hybrides classiques, les plug-in hybrides, les véhicules électriques à batterie et même l’hydrogène — en est la meilleure illustration. Et voilà qu’une nouvelle technologie vient s’ajouter à cet arsenal : les véhicules électriques à autonomie prolongée, connus sous l’acronyme EREV (Extended-Range Electric Vehicle). Selon une information relayée par le journal économique japonais Nikkei Asia, Toyota s’apprêterait à lancer une production significative de ce type de véhicule en Chine. Un choix stratégique qui mérite qu’on s’y attarde.
Un EREV, c’est avant tout une voiture propulsée uniquement par des moteurs électriques. Jusque-là, rien de très différent d’une voiture électrique classique. La distinction majeure réside dans la présence d’un moteur thermique embarqué, qui ne sert pas à entraîner les roues directement, mais à alimenter un générateur capable de recharger la batterie en roulant. En clair, vous roulez en électrique à 100 %, mais vous disposez d’un filet de sécurité thermique qui repousse les limites de l’autonomie réelle.
Ce principe n’est pas totalement nouveau — la Chevrolet Volt en avait posé les bases il y a plus d’une décennie — mais il connaît un regain d’intérêt massif, notamment en Chine où les constructeurs locaux l’ont perfectionné et démocratisé. Ce format séduit particulièrement pour les SUV et les pick-up de grande taille, des véhicules difficiles à électrifier de façon économiquement viable avec une batterie seule. La promesse : une consommation réduite sur longue distance et l’élimination presque totale de l’anxiété liée à l’autonomie, sans les contraintes d’un accès systématique à une borne de recharge rapide.
D’après les informations de Nikkei Asia, Toyota envisage de démarrer la production de quelques centaines d’EREV par mois dans un premier temps, avant de monter en puissance pour atteindre 200 000 unités en 2027, puis 400 000 unités dès 2028. Pour mesurer l’ampleur de ces objectifs, rappelons que Toyota a commercialisé environ 380 000 véhicules électrifiés en Chine l’année dernière, dont 200 000 voitures électriques à batterie et 180 000 plug-in hybrides. Doubler ce volume en deux ans, c’est un pari ambitieux.
Le choix de la Chine comme terrain d’expérimentation n’est pas anodin. Le pays représente le plus grand marché mondial de véhicules électrifiés, et les EREV y progressent à une vitesse remarquable. Des acteurs locaux comme Xiaomi, qui vient tout juste d’élargir sa gamme avec les SUV de la série SkyNomad dotés de cette technologie, témoignent de l’appétit croissant des consommateurs chinois pour ce type de motorisation. Par ailleurs, la Chine a décidé d’exclure les hybrides classiques des incitations fiscales réservées aux véhicules électrifiés, ce qui oriente naturellement les constructeurs vers des solutions comme les EREV, éligibles à ces avantages.
Un cadre dirigeant de Toyota, cité par Nikkei, résume la situation sans détour : « La concurrence en Chine s’intensifie à mesure que le marché se focalise sur les véhicules électriques à batterie, provoquant des guerres de prix entre constructeurs. Nous devons agir pour ne pas être entraînés dans cette spirale. » Une déclaration qui en dit long sur la pression que subissent les marques étrangères sur le sol chinois.
Toyota ne serait pas le premier constructeur à miser sur cette technologie. Plusieurs grands noms de l’industrie automobile ont déjà annoncé ou sont en train de déployer des EREV sur différents marchés :
Ce mouvement global illustre un constat partagé par l’industrie : pour les véhicules de grande taille ou destinés à un usage intensif, la batterie seule ne suffit pas toujours à convaincre les acheteurs, que ce soit pour des raisons d’autonomie, de coût ou d’infrastructure de recharge. L’EREV se positionne alors comme une réponse pragmatique, à mi-chemin entre la voiture thermique et la voiture 100 % électrique.
La question mérite d’être posée. Si Toyota venait à confirmer le succès de cette stratégie en Chine, il serait logique d’envisager une extension vers d’autres marchés. En Europe, le Toyota Land Cruiser serait un candidat naturel pour ce type de motorisation : un 4×4 emblématique, lourd, gourmand et difficile à électrifier pleinement sans sacrifier le volume utile au profit d’une batterie imposante.
Rien n’est officiel à ce stade, et la technologie EREV reste encore à faire ses preuves auprès du grand public occidental, où elle est pour l’heure quasiment inédite. Mais si les volumes prévus en Chine se concrétisent, Toyota disposera d’une base industrielle et technologique solide pour envisager un déploiement plus large. Avec son savoir-faire historique en matière d’hybridation — rappelons que le constructeur a lancé la Prius en 1997 — le groupe est sans doute mieux armé que la plupart pour maîtriser cette transition vers une nouvelle génération de groupes motopropulseurs électrifiés.
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