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Virage électrique : Mercedes et Stellantis surprennent en mettant les freins, mais pourquoi ?

Albert Lecoq

Imaginez un instant l’Europe en pôle position mondiale dans la fabrication de batteries pour véhicules électriques. Ce rêve, qui aurait pu devenir réalité grâce à Mercedes et Stellantis, semble actuellement sur pause. Les géants de l’automobile ont en effet mis un frein à leurs projets conjoints de construction d’usines de batteries en Europe, une nouvelle qui soulève des inquiétudes et des interrogations.

Le gel des constructions : un avenir en suspens

Les activités de construction des nouvelles installations prévues en Allemagne et en Italie par la compagnie commune Automotive Cells Company (ACC) fondée en 2021 par Mercedes et Stellantis ont été brusquement interrompues. Après avoir injecté environ 4,7 milliards d’euros dans ce projet et prévu un budget total d’environ 7,6 milliards d’euros, cette décision laisse l’avenir de ces sites en suspens.

À Douvrin, en France, un site de production a déjà vu le jour, marquant la première concrétisation de ce partenariat. Cependant, les nouvelles installations en Allemagne et les préparatifs en Italie sont clairement à l’arrêt. L’entreprise affirme désirer maintenir une flexibilité d’investissement face à la volatilité des marchés, une décision sur le devenir des autres sites est prévue à être prise à la fin de l’année.

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Le marché européen en question

Yann Vincent, tête dirigeante d’ACC, a noté un ralentissement dans la demande de véhicules électriques en Europe, malgré une augmentation des ventes de 14,8% en avril comparée à l’année précédente. Ce taux de croissance déjà conséquent concernait essentiellement les segments de marché massifs, où les constructeurs occidentaux ont historiquement eu du mal à concurrencer, notamment face aux nouveaux arrivants chinois.

L’introduction de nouvelles normes et technologies, comme le potentiel passage aux cellules lithium fer phosphate (LFP), moins coûteuses, montre bien une stratégie d’adaptation aux besoins du marché. Les batteries LFP, bien qu’elles possèdent une densité énergétique moindre que les cellules nickel-manganèse-cobalt (NMC) utilisées couramment, offrent des avantages non négligeables :

  • Prix réduit
  • Durabilité améliorée
  • Simplicité d’approvisionnement des minéraux

Ces atouts pourraient non seulement diminuer le prix de production des véhicules électriques, mais également permettre aux constructeurs de réagir efficacement aux menaces de tarifs douaniers en Europe et aux États-Unis, offrant ainsi une compétitivité renforcée face aux importations.

Des décisions stratégiques face aux tendances de marché

Revoir les plans de développement et de production à la lumière des fluctuations du marché est un exercice délicat mais nécessaire. Bien que la construction des usines nécessite du temps, une réactivation trop tardive pourrait signifier manquer des opportunités cruciales dans un marché des véhicules électriques en pleine effervescence. Par contre, ACC semble juger sage de considérer un changement vers les batteries LFP qui, bien que légèrement moins puissantes, pourraient favoriser l’émergence de modèles d’entrée de gamme plus abordables.

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Le choix de LFP plutôt que de NMC pourrait symboliser un ajustement pragmatique aux réalités du marché, principalement si l’on considère que la majorité des LFP sont produites en Chine, pays qui maîtrise déjà une partie importante de la chaîne d’approvisionnement mondial. Cette stratégique alignerait non seulement ACC avec les attentes du marché mais contribuerait également à réduire la dépendance européenne vis-à-vis des producteurs asiatiques.

Un avenir électrique toujours en vue ?

Mercedes a précédemment affirmé son intention de passer à une production entièrement électrique d’ici la fin de cette décennie. Néanmoins, l’annonce récente indiquant la continuation de la production de véhicules à essence jusqu’aux années 2030 semble en contradiction avec leurs engagements environnementaux antérieurs. Ce pivot met en lumière les défis que même les grands noms de l’industrie rencontrent sur la route vers l’électrification.

À mesure que le marché évolue et que de nouvelles technologies et politiques environnementales prennent forme, il apparaît que la compétitivité sur le marché des véhicules moins gourmands en ressources pourrait s’avérer être le grand enjeu des prochaines années. Après tout, ajuster les capacités de production aux réalités du marché tout en visant une réduction des coûts et un approvisionnement plus localisé en composants essentiels pourrait bien être la clé pour accélérer la transition vers un transport durable.

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Ainsi, bien que ce ralentissement puisse sembler être un pas en arrière dans la course vers l’électrification, il pourrait également préfigurer une stratégie plus réfléchie et potentiellement plus fructueuse à long terme, plaçant finalement l’Europe en leader sur le marché des batteries de véhicules électriques. Seul l’avenir nous dira si cette pause sera un simple hic ou un changement de cap salutaire.

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