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Les années 60 avaient déjà résolu le problème de l’essence : pourquoi ça n’a pas marché ?

Michael Ptaszek

L’histoire des voitures électriques est marquée par des cycles d’intérêt fluctuant au fil des décennies. Si aujourd’hui elles connaissent un essor sans précédent, peu savent que les années 60 ont été le théâtre d’une véritable renaissance de cette technologie. Plongeons dans cette période fascinante qui a jeté les bases de la révolution électrique actuelle.

Le contexte : quand le pétrole dicte l’innovation

Les années 60 ont vu naître un regain d’intérêt pour les véhicules électriques, principalement motivé par la hausse des prix de l’essence dans plusieurs pays. Bien que les véritables crises pétrolières n’aient éclaté que dans les années 70, les tendances du marché ont poussé de nombreux constructeurs à repenser leur approche.

Cette décennie d’expérimentation a été marquée par deux grandes orientations :

  • La conversion de véhicules à combustion existants en modèles électriques
  • Le développement de concepts radicalement nouveaux, utilisant des matériaux innovants comme le plastique ou la fibre de verre

Ces initiatives ont ouvert la voie à une véritable révolution dans la conception automobile, tant sur le plan du design que de la technologie.

Les pionniers américains : quand l’audace paie

Parmi les précurseurs, la société américaine Henney Motor Company s’est distinguée en lançant la Henney Kilowatt en 1959. Cette voiture, basée sur la Renault Dauphine, a été l’une des premières conversions électriques commercialisées. Dotée initialement d’un moteur de 5,2 kW offrant une vitesse de pointe de 64 km/h et une autonomie de 64 km, elle a bénéficié d’améliorations en 1960, portant ses performances à près de 96 km/h en vitesse maximale et 96 km d’autonomie.

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Malgré son caractère novateur, la production est restée confidentielle avec seulement 47 exemplaires assemblés, dont 15 vendus à des particuliers. La rareté de ce modèle en fait aujourd’hui un véritable objet de collection.

General Motors, géant de l’industrie automobile, s’est également lancé dans l’aventure électrique avec l’Electrovair en 1964, suivie de l’Electrovair II en 1966. Basées sur la Chevrolet Corvair, ces prototypes ont démontré le potentiel des voitures électriques en termes de performances :

  • Puissance : 85 kW, supérieure à la version thermique de base
  • Accélération : 0 à 100 km/h en 17,5 secondes
  • Batterie : 532 volts, capacité de 26,4 kWh
  • Autonomie : entre 64 et 128 km

Bien que prometteuses, ces voitures n’ont jamais été commercialisées en raison des limitations technologiques de l’époque, notamment le poids et le coût élevé des batteries.

Les micro-citadines électriques : l’avenir en miniature

Les années 60 et 70 ont vu fleurir de nombreux concepts de petites voitures électriques urbaines. Ces véhicules compacts, bien qu’ils n’aient pas connu un succès immédiat, ont inspiré les nombreuses micro-voitures électriques que nous connaissons aujourd’hui.

Ford a présenté la Comuta en 1967, un prototype de micro-voiture électrique conçu au Royaume-Uni. Ses caractéristiques étaient modestes mais prometteuses pour l’époque :

  • Batterie : 4 kWh
  • Autonomie : 59 km
  • Vitesse maximale : 40 km/h

General Motors a suivi avec le XP 512 en 1969, un véhicule ultra-compact de seulement 2,19 mètres de long. La version électrique offrait :

  • Autonomie : 93 km
  • Vitesse maximale : 40 km/h
  • Temps de charge : 7 heures sur une prise domestique 115 volts
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Ces concepts, bien que limités en termes de performances, ont posé les jalons des véhicules électriques urbains modernes.

L’Amitron d’AMC : un concentré d’innovation

Parmi les prototypes les plus remarquables de cette époque, l’Amitron d’American Motors Corporation (AMC) se démarque par son design avant-gardiste et ses performances impressionnantes pour l’époque. Présenté en 1967, ce véhicule annonçait déjà le style anguleux du Tesla Cybertruck, plusieurs décennies avant son temps.

Les caractéristiques de l’Amitron étaient révolutionnaires :

  • Autonomie : jusqu’à 240 km à une vitesse de 80 km/h
  • Batterie : capacité de 22,5 kWh
  • Système de double batterie : lithium-nickel-fluorure pour l’autonomie, nickel-cadmium pour les pics de puissance
  • Poids des batteries : seulement 91 kg, une prouesse pour l’époque

Malheureusement, le coût prohibitif des batteries a empêché la production en série de ce véhicule visionnaire. Néanmoins, l’Amitron a démontré le potentiel des voitures électriques en termes d’autonomie et d’efficience énergétique.

L’apport japonais : quand l’Orient s’éveille à l’électrique

Les constructeurs japonais n’étaient pas en reste dans cette course à l’innovation. Toyota a présenté l’EX-II au salon de Tokyo en 1969, un concept futuriste dont les spécifications techniques n’ont jamais été révélées. Nissan a suivi avec le concept 315-a en 1970, une petite voiture électrique propulsion capable d’atteindre 95 km/h.

Ces prototypes, bien que restés au stade de concepts, témoignent de l’intérêt précoce des constructeurs japonais pour la mobilité électrique. Ils ont sans doute contribué à poser les bases de la domination nippone dans le domaine des véhicules hybrides et électriques que nous connaissons aujourd’hui.

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L’héritage des années 60 : les graines du futur

Bien que l’engouement pour les voitures électriques ait connu un déclin à la fin des années 70, les expérimentations menées durant cette décennie ont eu un impact durable sur l’industrie automobile. Les concepts développés à cette époque ont inspiré de nombreuses innovations que l’on retrouve dans les véhicules électriques modernes :

  • L’utilisation de matériaux légers pour compenser le poids des batteries
  • Le développement de batteries plus performantes et plus légères
  • L’intégration des batteries dans le plancher du véhicule pour optimiser l’espace et la répartition des masses
  • La conception de véhicules urbains compacts et efficients

Ces avancées, bien qu’en avance sur leur temps, ont jeté les bases de la révolution électrique que nous vivons aujourd’hui. Les défis rencontrés par les pionniers des années 60 – autonomie limitée, coût élevé des batteries, temps de recharge long – sont toujours d’actualité, mais les progrès technologiques permettent désormais de les surmonter.

L’histoire des voitures électriques dans les années 60 nous rappelle que l’innovation est un processus long et semé d’embûches. Les échecs et les prototypes non commercialisés de cette époque ont néanmoins contribué à façonner l’industrie automobile d’aujourd’hui. Alors que nous assistons à une nouvelle renaissance des véhicules électriques, il est fascinant de constater que de nombreuses idées actuelles trouvent leurs racines dans cette période d’expérimentation audacieuse.

La prochaine fois que vous monterez dans une voiture électrique moderne, rappelez-vous que son ADN remonte à ces pionniers visionnaires des années 60, qui ont osé rêver d’un avenir sans pétrole à une époque où cela semblait impossible.

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